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05 juin, 2007

Le Kebab douce France: une affligeante confusion

Je viens de voir passer à la télé une nouvelle pub pour un sandwich à la façon d'un kebab sous vide de la société Douce France... Une pita pliée en deux et garnie de viande grillée coupée en lamelles et de salade est déjà une certaine forme d'adaptation culturelle. Vous ne trouverez jamais de tels choses à Istanbul. Le kebab est turc, à vrai dire, "kebab" signifie viande et tout plat de viande que celà soit du poulet, du mouton ou du boeuf est nommé kebab, quelque soit la façon dont elle est cuisinée. Mais je n'ai rien contre la réduction du terme à ce sandwich à la française dont je suis assez fan. Alors que dernièrement nous parlions ici des transferts culturels qui ont fait l'identité française, je trouve tout cela plutot amusant, ou plutot j'aurais pu le trouver si la pub ne se terminait pas par l'apparition de trois dromadaires autour des acteurs, assis en plein coeur de la verdoyante campagne française... Ce qui me gène plus c'est cette ridicule assimilation des éléments identitaires que les Européens associent à l'Orient, comme si cet Orient existait ailleurs que dans le regard des Européens, et qu'il n'était pas pluriel. Il n'y a pas de dromadaire en Turquie si ce n'est dans des zoos. La Turquie n'est pas un pays désertique de nomades mais un pays à l'agriculture céréalière riche et à la civilisation urbaine ancienne. Ces clichés sont vraiments afligeants tant ils témoignent de la profondeur de l'ignorance que la doxa à de la Turquie pour laquelle elle se permet pourtant de porter tant de jugements. En 1968, Edouard Saïd dénonçait l'Orientalisme des Européens comme un outils de domination du Proche et du Moyen Orient. Il invitait son lecteur à opérer à une décolonisation culturelle, nécessaire apres la décolonisation politique de cette région. Force est de constater que ce processus est encore inachevée aujourd'hui. L'Orient n'existe pas. Ce que l'on nomme "Orient" est une réalité plurielle et complexe qui n'a rien de folklorique, ce qui nous rend ridicule de le simplifier ainsi.

Pour le plaisir voici le Karisik Isgara servi au Mozaik à Sultanahmet, divin...

15 mai, 2007

Temple de Trajan à Pergame, Turquie, aout 2005


Pergame est un des sites remarquables de l'histoire ancienne. Ville scénographiée d'abord par les rois attalides, puis capitale de la Province romaine et Proconsulaire d'Asie, l'acropole a profité de l'évergétisme impérial et particulièrement sous l'Empereur Trajan qui a repris à son compte la mise en scène de la ville hellenistique. Le temple de Trajan qui domine la vallée anatolienne est l'un des monuments des plus remarquables du site, et l'une des perles greco-romaines que conserve et protège la Turquie, laquelle est quelque part garante de notre culture commune...

13 mai, 2007

Une vitalité politique en Turquie: l'AKP poursuit le rapport de force et Izmir lui répond

Alors que l'élection présidentielle est jouée en France, l'AKP essaie toujours de savoir comment elle va bien pouvoir s'emparer de la présidence de la République turque. Après la manifestation considérable des laïcs d'Istanbul pour refuser la concentration des pouvoirs dans les mains des islamistes modérés au gouvernement et la victoire des partis d'opposition qui ont obtenu de la Cour suprême la convocation d'élections législatives anticipées, jeudi dernier, le Parlement, au sein duquel l'AKP jouit de la majorité, vient de couper l'herbe sous le pied de ses derniers en approuvant l'élection du président au suffrage universel direct et non plus par les parlementaires, ce qui rendrait inutile la convocation des législatives anticipées. Cette réforme peut paraître modernisatrice, hors les islamistes modérés de l'AKP bénéficient de la faveur de la majorité de l'opinion publique turque et s'assurent d'avance, par cette mesure opportune, la victoire à l'élection présidentielle. Pour que la réforme soit effective, il faut qu'elle soit ratifiée par l'actuelle président de la Turquie, Ahmet Necdet Sezer, opposant farouche au gouvernement de son Premier Ministre, Erdogan. Aujourd'hui, un million de personnes manifestaient encore à Izmir pour conserver l'héritage d'Attatuk.

Ce qui se passe en Turquie est d'un point de vue politique passionnant. La constitution fixe les règles du jeu et les partis essaient, dans ce cadre, d'établir un rapport de force entre deux visions de la société. L'armée qui a l'habitude d'intervenir dans de telles situations, a été mise sur la touche par les laïcs, qu'elle avait pourtant l'habitude de soutenir. Ce conflit, qui inquiète beaucoup ceux qui ne voient la Turquie qu'à travers les yeux du préjugé, est, aux miens, le signe d'une grande vitalité politique à la fois institutionnel (le recours à la Cour Suprême) et infrapolitique (manifestations de masse) et un gage évident de démocratie. Bien malin est celui qui sait comment tout cela va finir, si le Président va céder aux pressions de l'AKP et ratifier l'amendement, si les législatifs vont avoir lieu et qui va l'emporté, et de quel bord sera finalement le prochain président. Mais plutot que de craindre la Turquie, l'Europe devrait devant tout cela lui tendre la main et soutenir cette vitalité laïque, démocratique et pacifique qui parfois doit lui sembler bien lointaine dans son histoire.

06 mai, 2007

Victoire de l'infrapolitique en Turquie: un exemple à suivre


Je viens de lire dans le New-York Times la bonne nouvelle d'Ankara: le ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, soutenu par le gouvernement et la majorité islamiste modérée du Parlement vient de retirer sa candidature à la présidence de la République sur la pression des Stanbouliotes et des partis laïcs et démocratiques. Voici donc une nouvelle victoire de l'infrapolitique en Europe. Infrapolitique? Oui, oui, j'assume le barbarisme. On appelle infrajudicaires les pratiques qui permettent de régler un conflit sans avoir besoin de médiation judiciaire, ce qui peut aller de la vendetta au compromis financier. Alors, j'appelle ici infrapolitique, les pratiques qui permettent la régulation d'un conflit sans avoir besoin de passer par le rapport de force électoral ou physique. L'infrapolitique est, me semble t'il, l'une des marques de la modernité politique.

Il y a peu, l'Ukraine et la Géorgie avaient déja renversé des leur président par une simple désobaissance civique. En remontant un peu plus loin la révolution tchécoslovaque du "Printemps de velours" avait marqué les commentateurs et était non sans rappeler le printemps de Prague de 1968, lequel avait toutefois été un échec, comme avant lui la révolte de Budapest en 1956. Il semble alors que nos régimes ont acquis une certaine maturité dans ce domaine, qui implique la prise de conscience d'un peuple qu'il est seul à disposer de sa liberté et des gourvernements d'une certaine responsabilité civique qui fait laisser les chars dans les casernes et les armes dans leurs placards. Pour en revenir à la Turquie, tout a commencé par un boycott de l'élection présidentielle (le président turc est élu par le parlement) par les partis d'opposition à l'AKP, puis la descente dans les rues d'Istanbul d'1,2 million de personnes, la Cour Suprême saisie de l'affaire et l'annulation par elle du procession électoral pour convoquer des législatives anticipées. L'amrée qui s'était "émue" a été renvoyé chez elle par les parti laïcs et aujourd'hui enfin, Erdogan et l'AKP font marche arrière.

Je sais que je ne fais pas l'unanimité sur la Turquie et que ma turquophilie ne me rend pas crédible aux yeux de beaucoup, mais je trouve exemplaire la façon dont les Turcs viennent de gérer leur crise politique depuis deux semaines. Il semble que non seulement nous sommes sorti d'une période ou l'armée devait intervenir pour rétablir la démocratie, mais aussi que nous sommes entré dans une démocratie moderne, dans laquelle l'infrapolitique joue un rôle de premier plan, ce qui donc suppose la politisation des citoyens et la prise de conscience par le gouvernement de sa responsabilité. Alors que l'on craint, en France, des émeutes pour ce soir ou pour les jours à venir, arrêtons d'être orgueilleux et regardons ce que vient de faire la Turquie. Que ceux qui protestent le fassent avec la même intelligence, et que ceux qui gouvernement prennent conscience que, comme le dit avec raison le candidat Sarkozy, "l'élection ne lave pas", c'est à dire qu'elle ne permet pas tout, et en premier lieu de rendre des comptes.

30 avril, 2007

Election présidentielle: les Stanbouliotes sont dans la rue. Et nous?


Dimanche dernier, 1.2 million de personnes ont défilé dans les rues d'Istanbul pour affirmer leur attachement aux valeurs kémalistes du pays, leur attachement à la démocratie et à une laïcité exemplaire. En Turquie aussi, l'élection présidentielle met aujourd'hui en jeu deux visions du monde et deux avenirs possibles pour le pays. Au pouvoir depuis 2003, les islamistes modérés de l'AKP présenteny un bilan ambiguë associant réussite économique et conservatisme social. Après avoir obtenu du Premier Ministre Erdogan de ne pas se présenter à l'élection présidentielle, le 14 avril dernier, l'AKP a décidé de proposer au Parlement d'Ankara le nom de son ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül.

Pour être élu, Abdullah Gül doit btenir les 2/3 des voix au Parlement. Après un premier tour de vote boycotté vendredi au Parlement par l'oppostion, il a refusé de retirer sa candidature, la réaffirmant même après la manifestion d'hier. Un second tour de vote aura lieu mercredi. Si Gül n'ontient pas les 2/3 des voix, un troisième tour aura lieu une semaine après, mais cette fois-ci, le candidat de l'AKP devra obtenir uniquement la moitié des voix parlementaires. Aujourd'hui, Erdogan s'est prononcé pour une union nationale, mais le discours Premier Ministre et son candidat semble déjà plus nuancè qu'aupparavant. De son côté, l'opposition républicaine appelle à une alliance anti-gouvernementale. Il n'en reste pas moins, qu'à travers cette crise, la société turque témoigne de sa vitalité politique et de l'attachement à ses valeurs kémalistes qui fondent la Turquie moderne, laïque et démocratique.

Reste une inconnue à l'affaire, à savoir l'armée, garante des institutions et qui à déjà commit quatre coups d'Etat en cinquante ans, pour préserver le pays d'une dérive despotique ou extrémiste. Or, l'Etat-Major a exprimé samedi son "inquiétude" envers l'idée que le Parlement élise à la présidence de la République un homme issu de l'AKP. Même au non des valeurs laïque et démocratique un nouveau coup d'Etat serait peut être pire que tout pour la Turquie. Cependant, les partis d'opposition se sont opposés à cette prise de parole et défendent un règlement démocratique. Après le coup de force réalisé par les Stanbouliotes, dimanche, tous les partenaires sociaux et l'essentiel des partis réclament des élections législatives anticipées. Après l'Arménie et l'Ukraine, la mobilisation politique turque est en train de donner une leçon de vitalité à l'Europe et à la France en particulier, montrant les voies possibles d'une opposition véritable lorsque le débat est confisqué par un parti dominant à la vision du monde qui est réfuté par les citoyens.

03 mars, 2007

La Hongrie ottomane: une histoire muette?

Vous avez pu lire dans les commentaires de mon avant dernier billet un débat controversé sur la question de la "présence" ottomane en Hongrie et plus généralement dans les Balkans. S'agît-il d'une oppression ou d'un simple système de gouvernement comme un autre? La mémoire nationale hongroisie glorifie aujourd'hui, et à raison, le règne de Mathias Corvin mais disqualifie totalement la période qui suis la bataille de Mohacs et la partition de la Hongrie en trois pendant 150 ans. En effet, en 1520, un certain Soliman devient Grand Seigneur à Constantinople, un an plus tard il prend Belgrade, traverse le Danube et marche vers Buda. Le 29 août 1526, à Mohács, l'armée ottomane met en déroute celle du roi de Hongrie, Louis II Jagellon, lequel trébuche pendant sa fuite et se noie dans un ruisseau. Le 11 septembre de la même année, la capitale du royaume est prise. Soliman qui refuse d'assumer ses conquêtes confie dans un premier temps la couronne de Saint-Etienne au voïvode de Transylvanie, Jean Zápolyai. En 1529, les Ottomans mettent même le siège sur Vienne et font trembler la Chrétienté. En 1541, le Royaume de Hongrie est finalement divisé en trois: le Nord (Haute Hongrie, ou actuelle Slovaquie) et l'Ouest sont donnés à Ferdiand 1er de Habsbourg qui devient roi de Hongrie, la Transylvanie devient autonome et vassale de Constantinople et la plaine de Hongrie dont Buda est annexée à l'Empire ottoman et devient le Pachalik de Bude. Il faut attendre l'échec du second siège de Vienne en 1683 et la conquête de la Hongrie par l'Empereur pour que le vieux royaume soit restauré en 1699.


Si pendant cette période on connait bien l'histoire de la Hongrie dite royale et que depuis les traveaux de Béla Kopëczy celle de la Transylvanie nous est révélée, il reste que l'histoire de la partie ottomane de la Hongrie demeure controversée. Pour beaucoup, cette histoire est celle d'une oppression, soumise au Timâr, c'est à dire à l'impôt levé pour nourir l'armée et ses janissaires. D'autres, y voit un pays conquis par le Djihad et la mainmise de l'Islam sur un part de la Chrétienté sacrée. Ajoutons à ce préjugé religieux le préjugé politique qui frappe le Sultan imanquablement de despotisme et l'on comprend qu'il est bien difficile face au consciences contemporaines de réabiliter l'histoire ottomane de la Hongrie. Je ne veux pas compter les points, ni savoir si la domination ottomane fut plus rude que celle des Jagellon ou des Habsbourg. L'historiographie hongroise a même pendant longtemps disqualifié l'époque moderne sous prétexte qu'après Mathias Corvin le pays n'avait été soumis qu'à des despotes étrangers. C'est là bien mal connaître l'histoire moderne que de la penser à travers le prisme du nationalisme. Celui-ci n'est pas opérant.


Voici donc juste quelques faits qui pourront peut-être faire avancer le débat. Il est d'abord intéressant de remarquer quer François 1er était considéré par le futur Philippe II d'Espagne comme aussi tyranique que le Sultan tellement il oppressait ses sujets d'impôts. Si aux yeux de ce futur grand roi les règnes de François 1er et de Soliman sont comparables, force est de constater que leur mémoire aujourd'hui diffèrent. Il est vrai que l'armée est le premier outil de gouvernement du Sultan dans les Balkans et en Hongrie en raison de sa poistion frontière dans l'Empire. Les janissaires sont rétribués par le timâr, c'est à dire un prélèvement en nature sur les récoltes. A vrai dire, les abus sont rarement commis contre les populations, d qui paient le timâr, mais contre les populations frontalières qui subissent régulièrement les raîds ottomans, dont les Croates de Slavonie. Par ailleurs, Il faut relativiser le poids de ce timâr qui pour la Hongrie ne profite pas à plus de 6000 individus... Par ailleurs, la Hongrie ottomane ne connaît pas un déclin économique alors qu'elle a connu de nombreuses crises avant le partage. Si certains aristocrates abandonnent leurs terres pour se réfugier en Hongrie royale, on sait aussi que des paysans de Haute Hongrie viennent s'installer dans le Pachalik de Bude où ils trouvent des conditions favorables au travail de la terre. D'un point de vue religieux, il n'y eu aucune conversion de force, l'Empire ottoman pratique une politique tolérante à l'égard des communautés chrétiennes et juives. Aussi, catholiques, protestants, orthodoxes et juifs ont pu continuer à pratiquer librement leur culte alors que les guerres de religions éclataient partout en Europe. On perçoit même quelques conversions volontaires à l'Islam comme le montre Bartolomé et Lucie Bennassar et des pratiques syncrétiques culturelles nouvelles émergeant de la rencontre avec le monde ottoman. Les Bains turcs ne sont ils pas aujourd'hui une fierté de Budapest?

J'espère que ces brefs éléments suffiront à relativiser le préjugé négatif que l'on peut encore porter sur la politique ottomane en Europe, même s'il est vrai que le nationalisme qui règne aujourd'hui dans les Balkans et en Hongrie rend peut être difficile sa révocation...

28 février, 2007

L'Anatolie des Byzantins



En feuilletant les pages de Bernadette Martin-Hisard sur l'Anatolie et l'Orient byzantin dans Le Monde Byzantin de Jean-Claude Cheynet, je ne suis replongé dans mes photos de voyages et les quelques jours que j'ai passé il y a un an et demi en Cappadoce. J'ai déja eu l'occasion d'écrire ici quelques lignes sur cette région qui parle beaucoup à notre imaginaire contemporain familiarisé aux paysages tataouinesques de George Lukas, mais l'Anatolie centrale entre le Lac Tatta, Césarée et Môkissos était pour les populations byzantines des époques isaurienne et comnène était à la fois un don, un asile et donc un espace de liberté alors que les Turcs ne cessaient de progresser au Proche Orient.


L'actuelle Vallée d'Ucisar est en fait une dépression creusée dans un plateau calcaire par l'érosion et dont le fond est tapissé d'une surface alluviale relativement grâce qui permet une agriculture de subsistance, qui certes ne suffit pas à l'enrichissement des paysans qui la cultivent, mais permet aux familles de vivre convenablement.


La "Vallée de l'amour" symbolisée par les cheminées de fées en forme de phallus, scultée par les humeurs de l'érosion symbolise d'une certaine manière cette relative fertilité, associée par les anciens à la déesse de l'amour... la vallée étant un axe majeur de communication à l'époque hellénistique.


Il n'en est pas moins que le tuf fait ici office d'asile pour les populations fuyant les raids turcs et arabes et offre un refuge troglodyte des plus discrets et doté d'un certain rafinement. Les habitations creusées dans les cheminées ou dans le talus du plateau comportent en effet plusieurs pièces et l'on repère assez facilement que chacune de ces pièces a son utilité propre. La roche est sculptée à l'intérieur de telle sorte qu'elle offre à ses habitants un certain confort "mobilier".


Sans doute la vallée du monastère de Göreme offre l'exemple le plus frappant de ce raffinement à l'exemple de la voute de cette basilique totalement scultée dans la roche et dont les ornements préservés de la lumières sont encore, si ce n'est surtout aujourd'hui, stupéfiants.


La "coupole" ornée de ce Christ bleu sitée dans une chapelle un peu plus en hauteur que la précédente nous donne aussi à penser un art byzantin pictural bien différent des mosaïques de Sainte-Sophie ou des scènes dorées de Saint-Sauveur-in-Chôra à Instabul. Ce raffiment est d'autant plus intéressant qu'il se réalise dans une période de conflits politiques religieux entre l'empire chrétien de Byzance et le royaume seldjoukide.


Grégoire Pakourianos ou Kékauménos nous diraient sans doute que s'il y a un monastère c'est qu'il y a possibilité de s'enrichir dans la région... le monastère n'étant finalement qu'un outil de production comme un autre. Certes, c'est là tout le charme de l'histoire byzantine. Il n'en est pas moins que cette table monacale exprime aussi la réalité d'une vie de contemplation et de prière qui n'est tout de même pas absent de l'idéal monastique byzantin.


Les vallées d'Ucisar et de Göreme seraient alors des refuges de la chrétienté comme laisse le suggèrer au loin ce profil virginal? Il me semble que ce sont avant tout des contre-mondes qui émergent dans un contexte et un espace troublé par la guerre, mais aussi des échanges que toute guerre induit. Ces contre-mondes sont donc paradocalement aussi des marges de liberté à l'égard de la lointaine Constantinople qu'elle soit d'abord byzantine puis ottomane, le Grand Seigneur n'ayant jamais porté atteinte à cet asile Chrétien. Mais un Ottoman, c'est encore un peu un Byzantin, alors tant que l'impôt est payé...

28 janvier, 2007

Vallée d'Usiçar, Cappadoce, Turquie, aout, 2005


Les cheminées de fées de la Vallée d'Usiçar, épargnées et dessinées par les caresses de l'érosion, ont été le refuge des populations byzantines en proie aux raides et invasions arabes et turques au Moyen-Âge. Le site présentait alors un double intérêt. Le calcaire était facilement creusable pour que les hommes s'y installent et y développent une vie troglodyte; de son côté, le fond de la vallée permettait par une riche sédimentation le développement d'une agriculture de susbsitance. La vallée d'Usiçar est un site de refuge qui n'a pas été choisi par ses pionniers pour la qualité esthétique qu'on lui attribue aujourd'hui, c'est ici un site de refuge, de fuite de la menace, et donc aussi un autre monde, le cadre d'une contre-société qui se recrée à la fraicheur des chambres de tuf.

17 janvier, 2007

Istanbul, Mosquée bleue, aout 2005


« Vous serez peut être étonné d’apprendre que dans le grand nombre de voyageurs qui abordent en cette ville, il en soit très peu qui puisse en rapporter des idées un peu exactes. Rien cependant n’est plus vrai : les plus observateurs ont épuisé leur curiosité à visiter les monuments de la Grèce et n’envisagent les Turcs que comme les destructeurs des objets de leur culte. Ils arrivent plein de cette idée, se logent dans le quartier des Francs et daignent à peine une fois traverser le port pour aller voir la mosquée de Sainte-Sophie et revenir chez eux.
Nourrie par l’étude de l’histoire et de la littérature des Orientaux, ma curiosité m’a fait suivre une autre marche. »

Le 6 juin, à Constantinople
Jan Potocki, Voyage en Turquie et en Egypte, 1784

Coincidences alla turca

Alors voilà, 23h approche je viens de finir un article sur la société constantinopolitaine - oui Mathieu tu ne rêves pas - dans mon mug Starbucks Istanbul infuse un thé noir de là-bas. Ma lampe en fer forgée et en verre soufflé abrite une bougie inutile mais jolie quand même et mon fond d'écran me présente une vue du Bosphore prise de Topkapi... coïncidence que tout celà? Remarquez qu'il n'avait fallu à Proust qu'une tasse de thé et une madeleine pour écrire toute une oeuvre. Je ne suis pas Proust, il m'en faut un peu plus pour me souvenir d'Istanbul. Alors bien entendu Istanbul c'est le Grand Bazar ou les bijoux précieux cotoient les kilims et les strings, c'est Sainte-Sophie, la mosquée bleue, celle de Soliman ou le petite merveille de Rüsten Pacha... C'est cette vue sur la Corne d'or depuis la Pointe du Sérail, les calanars frais et fris dégustés en mars dernier sur, ou plutot sous, le pont de Galata, l'appel tea, le sis kebab véritable... Mais pour moi Istabul c'est aussi une petite émotion éprouvée en mars dernier ou il y a un an et demi des premiers pas dans le marché aux épices... Une giffle de safran, de cury, de parfum de fruits secs... la dégustation des loukoums d'une boutique à l'autre, la négociation de 300 g. d'infusion à la pomme séchée pour Emilie ou ce thé offert partout par plaisir... Bref, et après on me demande comment de l'étude de l'histoire moderne de l'Europe centrale je finis orientaliste...