28 février, 2007

L'Anatolie des Byzantins



En feuilletant les pages de Bernadette Martin-Hisard sur l'Anatolie et l'Orient byzantin dans Le Monde Byzantin de Jean-Claude Cheynet, je ne suis replongé dans mes photos de voyages et les quelques jours que j'ai passé il y a un an et demi en Cappadoce. J'ai déja eu l'occasion d'écrire ici quelques lignes sur cette région qui parle beaucoup à notre imaginaire contemporain familiarisé aux paysages tataouinesques de George Lukas, mais l'Anatolie centrale entre le Lac Tatta, Césarée et Môkissos était pour les populations byzantines des époques isaurienne et comnène était à la fois un don, un asile et donc un espace de liberté alors que les Turcs ne cessaient de progresser au Proche Orient.


L'actuelle Vallée d'Ucisar est en fait une dépression creusée dans un plateau calcaire par l'érosion et dont le fond est tapissé d'une surface alluviale relativement grâce qui permet une agriculture de subsistance, qui certes ne suffit pas à l'enrichissement des paysans qui la cultivent, mais permet aux familles de vivre convenablement.


La "Vallée de l'amour" symbolisée par les cheminées de fées en forme de phallus, scultée par les humeurs de l'érosion symbolise d'une certaine manière cette relative fertilité, associée par les anciens à la déesse de l'amour... la vallée étant un axe majeur de communication à l'époque hellénistique.


Il n'en est pas moins que le tuf fait ici office d'asile pour les populations fuyant les raids turcs et arabes et offre un refuge troglodyte des plus discrets et doté d'un certain rafinement. Les habitations creusées dans les cheminées ou dans le talus du plateau comportent en effet plusieurs pièces et l'on repère assez facilement que chacune de ces pièces a son utilité propre. La roche est sculptée à l'intérieur de telle sorte qu'elle offre à ses habitants un certain confort "mobilier".


Sans doute la vallée du monastère de Göreme offre l'exemple le plus frappant de ce raffinement à l'exemple de la voute de cette basilique totalement scultée dans la roche et dont les ornements préservés de la lumières sont encore, si ce n'est surtout aujourd'hui, stupéfiants.


La "coupole" ornée de ce Christ bleu sitée dans une chapelle un peu plus en hauteur que la précédente nous donne aussi à penser un art byzantin pictural bien différent des mosaïques de Sainte-Sophie ou des scènes dorées de Saint-Sauveur-in-Chôra à Instabul. Ce raffiment est d'autant plus intéressant qu'il se réalise dans une période de conflits politiques religieux entre l'empire chrétien de Byzance et le royaume seldjoukide.


Grégoire Pakourianos ou Kékauménos nous diraient sans doute que s'il y a un monastère c'est qu'il y a possibilité de s'enrichir dans la région... le monastère n'étant finalement qu'un outil de production comme un autre. Certes, c'est là tout le charme de l'histoire byzantine. Il n'en est pas moins que cette table monacale exprime aussi la réalité d'une vie de contemplation et de prière qui n'est tout de même pas absent de l'idéal monastique byzantin.


Les vallées d'Ucisar et de Göreme seraient alors des refuges de la chrétienté comme laisse le suggèrer au loin ce profil virginal? Il me semble que ce sont avant tout des contre-mondes qui émergent dans un contexte et un espace troublé par la guerre, mais aussi des échanges que toute guerre induit. Ces contre-mondes sont donc paradocalement aussi des marges de liberté à l'égard de la lointaine Constantinople qu'elle soit d'abord byzantine puis ottomane, le Grand Seigneur n'ayant jamais porté atteinte à cet asile Chrétien. Mais un Ottoman, c'est encore un peu un Byzantin, alors tant que l'impôt est payé...

9 commentaires:

Anonyme a dit…

aimer la Turquie et voter Bayrou... n'est-ce pas un peu contradictoire?

Papageno a dit…

Non pas du tout, pour moi il est évident que la Turquie soit européene et si je vote Bayrou c'est pour des raisons politiques nationales. Par ailleurs, contrairement à De Villiers, Bayrou n'a aucune detestation pour la Turquie mais il ne l'intègre simplement pas à sa vision de l'Europe. C'est là, à vrai dire le seul point divergeant entre Bayrou et moi, il touche à l'Europe en fait et non à la Turquie en elle-même.

Anonyme a dit…

Evident qu'elle soit européenne ??
Arf... me voilà étranglée.

Néanmoins de bien belles photos pour illustrer une superbe région. Est ce une future destination de voyage ? Ou l'historien se découvre t'il quelque peu un géographe ? ou est ce une envie de partager quelques délices turcs (remarque c'est peut-être un panel ? non ?)

Papageno a dit…

Evident qu'elle est européenne!!!

Ni l'argument historique ni l'argument géographique ne peuvent le contester. L'histoire byzantine et l'histoire ottomane font totalement partie de l'histoire européenne, et pour ce qui est de la géographie, nous savons bien que celle-ci est culturelle et que l'identité d'un espace ne repose que sur la façon dont celui-ci est vécu...

On peut être contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne - et l'Union européenne n'est pas toute l'Europe... - pour de multiples raisons, mais les arguments géographique et historique ne sont pas valides.

En l'occurence, l'historien ne se découvre pas ici géographe puisqu'il est aussi géographe lorsqu'il analyse les relations entre les hommes et leur espace espace, bref leur territoire.

Anonyme a dit…

Enfin, historique tu te bases sur l'antiquité là non ? Parce que si cher monsieur, vous faites référence à l'implication ottomane en Europe, à son oppression sur les terres hongroises, roumaines et balkaniques, l'argument ne tient pas trop. Certes il s'agit de relations entre les hommes...

Côté géographique, puisque tu parles justement de l'anatolie dans ton post, ne serait ce pas les quelques 90 et quelques pourcent qui appartiennent à l'Asie mineure ?

Enfin j'avoue que n'étant ni historienne ni géographe j'ai une vision très certainement moins docte de la question.
Peut-être cher Papageno, allez vous nous livrer le fruit d'un billet supplémentaire sur la question Turc, avec une large explication pour étayer nos connaissances.

Serais tu grognon ?

Papageno a dit…

Moi grognon? non on m'appelle juste "Caliméro"

Quant à l'oppression ottomane en hongrie, c'est à vraie dire une vision des choses des plus partisanes... En quoi le gouvernement ottoman de Bude fut-il pire que celui du roi de France en Picardie? L'idée du despotisme ottoman est un fantasme européen qui participe à la construction de l'Orientalisme.

Faut-il rappeler que ce sont les Autrichiens qui ont chassé les Ottomans de hongrie et non un soulèvement de Hongrois qui se sont toujours satisfaits du gouvernement du Sultan? Le Prince de Transylvanie, qui se voulait vrai représentant de la couronne de Saint Etienne, n'a t'il pas toujours soutenu le Sultan contre l'Empereur? Allons bon! les révoltes nationalistes des Balkans du XIXe siècle ne doivent pas biaiser les relations entre l'Europe centrale et l'empire ottoman de l'époque moderne. La mémoire que les pays des Balkans ont aujourd'hui de la domination ottomane n'est pas la réalité histoirique, toute mémoire est construite et aucune n'a valeur d'histoire.

Quant à l'Anatolie, qui peut croire que le Bosphore soit une frontière alors que c'est l'un des plus importants sites passages du monde! Et pourquoi l'Asie mineure ne serait pas européenne, si ses habitants se vivent comme européens et vivent comme des européens?

Mais je puisque tu me le demandes je vais préparer un billet pour développer tout celà.

Anonyme a dit…

Toujours satisfait quand même j'en doute beaucoup, voyons une hongrie morcelée, une terre déchirée, une occupation durant deux siècles... j'imagine qu'en effet ça du être un véritable bonheur à vivre et a contrario un véritable désastre la vision d'un départ des armées ottomanes.

Bizarement, j'ai toujours lié le destin de la Hongrie à l'image de son grand roi Matthias Corvin et pas vraiment à un sultanat...


Mais bon tout ceci est très éloigné de ton post d'origine.

Papageno a dit…

La Hongrie est-elle une entité éternelle? Est-elle une terre sacrée ou une construction politique? Un règne n'en vaut-il pas un autre? Mathias Corvin a t'il été un roi plus sévère pour la Hongrie que le Sultan? Je n'oppose rien et ne dit pas que l'un vaut mieux que l'autre, je dénonce juste l'a priori et le préjugé national que nous avons aujourd'hui et qui fait considérer comme normal la domination des Jagellon, Corvin ou Habsbourg et comme usurpatrice celle des Ottomans. Au non de quoi? Le nationalisme n'a aucun sens au XVIIe siècle.

Andrea a dit…

Magnifiques photos pour une très belle région :) qui me fait à nouveau regretter de ne pas avoir pu aller plus loin qu'Antalya il y a 5 ans :)