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27 août, 2007

Escapade dalmate

Zadar







Sibenik






Split






Dubrovnik






13 août, 2007

Mostar et son ambigue devoir de mémoire


J’ai recherché sur les sites habituels de vidéos de quoi illustrer mon billet sur Mostar, mais tout ce que j’y ai trouvé ce sont des montages de photos partisans et douteux ou des leçons de mémoire. Même les photos que j’édite ici sont discutables, à la fois produits des restes de la culture télévisuelle d’un adolescent qui entendait parler d’un vieux pont en pierre et d’une guerre là-bas dans les Balkans. Je n'ai finalement vu à Mostar que ce que je voulais trouver. Depuis la Croatie, on entre en Bosnie par la vallée de la Neretva, ou plutôt, on vous y laisse passer, quand on veut bien, une fois que l’on est bien certain de tout un tas de choses qui nous échappent et que l’on met sur le dos de l’après guerre a été vérifié. En Bosnie aussi on découvre que l’après-guerre peut être plus longue que la guerre et qu’il est peut-être plus difficile encore d’en sortir.

La frontière passée, Mostar n’est pas loin, à une quarantaine de kilomètres. La ville est grande, quelque chose comme 112 000 habitants. On traverse d’abord des vignes proprement alignées, aux grappes noires et lourdes. On les gouterait volontiers. Viennent en suite des maisons en construction, toutes au même stade, sans trop savoir si la ville prospère ou si les chantiers sont en train d’en rester là. Moins ambiguës sont les cimetières musulmans qui bordent la route. On finit par se demander quand on va en sortir. Les secondes sont longues quand on traverse un cimetière en bus. Les pierres sont encore toutes blanches, presque neuves, beaucoup portent les mêmes dates : 1991, 1992, 1993… On arrive donc prévenu dans le vieux Mostar.

Les immeubles en ruines attirent le regard, criblés encore d’impacts d’obus et de balles. A coté d’eux se dressent de nouveaux et beaux bâtiments, souvent dans un style oriental. Quelques rues bordent la Neretva, elles sont neuves elles aussi, refaites « comme avant », "alla turca", avec leurs mosquées nombreuses et bien entendu le vieux pont (stari most). Lui aussi est en pierres qui n’ont pas eu le temps de vieillir, blanches, propres et glissantes. L’UNESCO a reconstruit la ville "à l’identique", comme si rien ne s’était passé, alors qu’une pierre et un éclat d’obus nous demandent à la sortie du pont de ne pas oublier. Paradoxe de l'après-guerre où il s'agit de savoir s'il faut construire ou recontruire...


Tout autour du pont on vend beaucoup de choses, on ne vend pas grand chose : des services à café et à thé de tout genre, quelques bougies, des pipes à eau… Au fond d’une caverne s’est installé un petit bar du nom d’Ali Baba, on vous sert la même chose que partout ailleurs en Europe, pas de café turc, l’ambiance "mille est une nuit" est proprement décorative. Plus bas un petit resto le long de la rivière nous attire avec une petite odeur de viande grillée. La terrasse est abritée par des parassols ventant la bière de Sarajevo, sauf qu’ici on ne vend pas d’alchool… Mostar développe aussi une image qu’elle donne à voir aux touristes, consciente encore que l’après-guerre attire au moins autant que l’héritage que l’on dit « culturel ». Pourtant la ville également se fait familière à ses visiteurs, accepte les euros, les clichés orientalistes et les parassols que dans une autre terre d’Islam on brûlerait.

On croise des soldats italiens l'appareil photo à la main, des types en maillot de bain qui sautent du pont, ou alors attendent qu'il y ait suffisament de public féminin pour le faire. Sur les présentoires des boutiques on vend le nouveau vieux pont à toutes les sauces, gravé sur un service à café en cuivre, en miniature de pierre, dans une boule à neige. Il y a même près du pont à dos d'âne un bar lounge en plein air pour acceuillir les touristes bobos venus de Dubrovnik (heu... je venais de Dubrovnik..., pire encore, de Babin Kuk...). Une impression assez indécente me taquine. On dirait que l'après-guerre fait vendre. Je m'en veux un peu de penser ça, mais... Mais dans quelle mesure ne vend-t-on pas à Mostar ce que l'on vend ailleurs, c'est-à-dire ce que les touristes viennent chercher, soit de la guerre et de la repentance, mode du devoir de mémoire oblige...?


On pourrait voir que le site est remarquable, la Neretva limpide, et la promenade agréable, mais on vient voir surtout qu'un mortier peut projeter bien loin ses obus depuis les colines, que le vieux pont est de nouveau au dessus du fleuve et qu'il y a des impacts de balles un peu partout suis les ruines. Ne nous y trompons pas, ce n'est pas seulement ce que l'on voit, c'est aussi ce que l'on est venu voir, ce à quoi nous avons été préparé, à peut près ce à quoi nous nous attendions, ce qu'on nous demande de ne pas oublier. J'ai été à Mostar un touriste d'après-guerre, une après guerre qui durera tant qu'elle sera plus profitable que la "paix", tant que l'on viendra à Mostar pour se souvenir et que les impacts de balles nous impressioneront plus que les charmes Balkans.

16 mars, 2007

Hradcany depuis Vysehrad, Prague, aout 2006


Côme de Prague écrit au XIe siècle une Cronica Boëmorum dans laquelle il nous présente les origines mythiques de Prague et nous fait connaître la légende de Libuše (Livre I, ch. 4-9), troisième fille du duc de Bohême Krok, soeur de la guérisseuse Kazi et de la magicienne Teta. Investi d'un pouvoir prohétique, fut choisi par son père comme héritière, ayant la plus grande clairvoyance pour trouver le meilleur des successeurs. Lors d'une de ses balades elle s'arrêta au village Stadice sur un laboureur en train de cultiver son champ. Přemysl s'imposait alors à Libuše comme épou et successeur de son père. Avec lui elle allait donné à la Bohême une dynastie de prince, mais il fallait encore leur trouver une capitale. Le rocher de Vyšehrad depuis lequel avait règné sur la Bohême le duc Krok était devenu trop étroit pour les grandes ambitions de la prophétesse. Alors du haut de Vyšehrad, prise d'une transe, et comme par évidence, elle se mit un jour à indiquer un endroit de l'autre côté de la Vltava. Elle dit qu'on y trouverait un homme en train de couper du bois pour contruire le palier de sa maison. Elle ordonna alors qu'à cette endroit on édifierait sa ville "dont la gloire confinera avec les étoiles", et que le seuil de la porte de la maison de cet homme serait le seuil de son château et que l'on appellerait enfin cette ville "Praha", ce qui en tchèque signifie "le seuil". Cet endroit, c'est aujourd'hui le quartier de Hradčany.

28 février, 2007

L'Anatolie des Byzantins



En feuilletant les pages de Bernadette Martin-Hisard sur l'Anatolie et l'Orient byzantin dans Le Monde Byzantin de Jean-Claude Cheynet, je ne suis replongé dans mes photos de voyages et les quelques jours que j'ai passé il y a un an et demi en Cappadoce. J'ai déja eu l'occasion d'écrire ici quelques lignes sur cette région qui parle beaucoup à notre imaginaire contemporain familiarisé aux paysages tataouinesques de George Lukas, mais l'Anatolie centrale entre le Lac Tatta, Césarée et Môkissos était pour les populations byzantines des époques isaurienne et comnène était à la fois un don, un asile et donc un espace de liberté alors que les Turcs ne cessaient de progresser au Proche Orient.


L'actuelle Vallée d'Ucisar est en fait une dépression creusée dans un plateau calcaire par l'érosion et dont le fond est tapissé d'une surface alluviale relativement grâce qui permet une agriculture de subsistance, qui certes ne suffit pas à l'enrichissement des paysans qui la cultivent, mais permet aux familles de vivre convenablement.


La "Vallée de l'amour" symbolisée par les cheminées de fées en forme de phallus, scultée par les humeurs de l'érosion symbolise d'une certaine manière cette relative fertilité, associée par les anciens à la déesse de l'amour... la vallée étant un axe majeur de communication à l'époque hellénistique.


Il n'en est pas moins que le tuf fait ici office d'asile pour les populations fuyant les raids turcs et arabes et offre un refuge troglodyte des plus discrets et doté d'un certain rafinement. Les habitations creusées dans les cheminées ou dans le talus du plateau comportent en effet plusieurs pièces et l'on repère assez facilement que chacune de ces pièces a son utilité propre. La roche est sculptée à l'intérieur de telle sorte qu'elle offre à ses habitants un certain confort "mobilier".


Sans doute la vallée du monastère de Göreme offre l'exemple le plus frappant de ce raffinement à l'exemple de la voute de cette basilique totalement scultée dans la roche et dont les ornements préservés de la lumières sont encore, si ce n'est surtout aujourd'hui, stupéfiants.


La "coupole" ornée de ce Christ bleu sitée dans une chapelle un peu plus en hauteur que la précédente nous donne aussi à penser un art byzantin pictural bien différent des mosaïques de Sainte-Sophie ou des scènes dorées de Saint-Sauveur-in-Chôra à Instabul. Ce raffiment est d'autant plus intéressant qu'il se réalise dans une période de conflits politiques religieux entre l'empire chrétien de Byzance et le royaume seldjoukide.


Grégoire Pakourianos ou Kékauménos nous diraient sans doute que s'il y a un monastère c'est qu'il y a possibilité de s'enrichir dans la région... le monastère n'étant finalement qu'un outil de production comme un autre. Certes, c'est là tout le charme de l'histoire byzantine. Il n'en est pas moins que cette table monacale exprime aussi la réalité d'une vie de contemplation et de prière qui n'est tout de même pas absent de l'idéal monastique byzantin.


Les vallées d'Ucisar et de Göreme seraient alors des refuges de la chrétienté comme laisse le suggèrer au loin ce profil virginal? Il me semble que ce sont avant tout des contre-mondes qui émergent dans un contexte et un espace troublé par la guerre, mais aussi des échanges que toute guerre induit. Ces contre-mondes sont donc paradocalement aussi des marges de liberté à l'égard de la lointaine Constantinople qu'elle soit d'abord byzantine puis ottomane, le Grand Seigneur n'ayant jamais porté atteinte à cet asile Chrétien. Mais un Ottoman, c'est encore un peu un Byzantin, alors tant que l'impôt est payé...

28 janvier, 2007

Vallée d'Usiçar, Cappadoce, Turquie, aout, 2005


Les cheminées de fées de la Vallée d'Usiçar, épargnées et dessinées par les caresses de l'érosion, ont été le refuge des populations byzantines en proie aux raides et invasions arabes et turques au Moyen-Âge. Le site présentait alors un double intérêt. Le calcaire était facilement creusable pour que les hommes s'y installent et y développent une vie troglodyte; de son côté, le fond de la vallée permettait par une riche sédimentation le développement d'une agriculture de susbsitance. La vallée d'Usiçar est un site de refuge qui n'a pas été choisi par ses pionniers pour la qualité esthétique qu'on lui attribue aujourd'hui, c'est ici un site de refuge, de fuite de la menace, et donc aussi un autre monde, le cadre d'une contre-société qui se recrée à la fraicheur des chambres de tuf.

17 janvier, 2007

Istanbul, Mosquée bleue, aout 2005


« Vous serez peut être étonné d’apprendre que dans le grand nombre de voyageurs qui abordent en cette ville, il en soit très peu qui puisse en rapporter des idées un peu exactes. Rien cependant n’est plus vrai : les plus observateurs ont épuisé leur curiosité à visiter les monuments de la Grèce et n’envisagent les Turcs que comme les destructeurs des objets de leur culte. Ils arrivent plein de cette idée, se logent dans le quartier des Francs et daignent à peine une fois traverser le port pour aller voir la mosquée de Sainte-Sophie et revenir chez eux.
Nourrie par l’étude de l’histoire et de la littérature des Orientaux, ma curiosité m’a fait suivre une autre marche. »

Le 6 juin, à Constantinople
Jan Potocki, Voyage en Turquie et en Egypte, 1784

Coincidences alla turca

Alors voilà, 23h approche je viens de finir un article sur la société constantinopolitaine - oui Mathieu tu ne rêves pas - dans mon mug Starbucks Istanbul infuse un thé noir de là-bas. Ma lampe en fer forgée et en verre soufflé abrite une bougie inutile mais jolie quand même et mon fond d'écran me présente une vue du Bosphore prise de Topkapi... coïncidence que tout celà? Remarquez qu'il n'avait fallu à Proust qu'une tasse de thé et une madeleine pour écrire toute une oeuvre. Je ne suis pas Proust, il m'en faut un peu plus pour me souvenir d'Istanbul. Alors bien entendu Istanbul c'est le Grand Bazar ou les bijoux précieux cotoient les kilims et les strings, c'est Sainte-Sophie, la mosquée bleue, celle de Soliman ou le petite merveille de Rüsten Pacha... C'est cette vue sur la Corne d'or depuis la Pointe du Sérail, les calanars frais et fris dégustés en mars dernier sur, ou plutot sous, le pont de Galata, l'appel tea, le sis kebab véritable... Mais pour moi Istabul c'est aussi une petite émotion éprouvée en mars dernier ou il y a un an et demi des premiers pas dans le marché aux épices... Une giffle de safran, de cury, de parfum de fruits secs... la dégustation des loukoums d'une boutique à l'autre, la négociation de 300 g. d'infusion à la pomme séchée pour Emilie ou ce thé offert partout par plaisir... Bref, et après on me demande comment de l'étude de l'histoire moderne de l'Europe centrale je finis orientaliste...

14 janvier, 2007

Rome, Via dei fori imperiali, aout 2006


Le dimanche, à Rome, n'est pas seulement le jour où les fidèles du monde entier se pressent le matin vers la place Saint Pierre pour y écouter la bénédiction d'un Père lui aussi dit saint... Rome le dimanche c'est une grande langueur des plus agréables où l'on traine à la terrasse d'un café du Campo dei Fiori, ou l'on papote sur la Piazza de Santa Maria de Trastevere et où Romains et étrangers peuvent se promer sur la Via dei Fori imperiali, laissée hebdomadairement aux déambulations vagabondes. Cet axe est épatant, le Colisée se révèle dans toute sa mise en scène - mais une mise en scène contemporaine et non ancienne - réapproprié qu'il est par la Rome d'aujourd'hui qui continue de construire son image autant pour nous autres transalpins que pour les Romains eux même. De part et d'autre de la voie, un peu en contre-bas, nous passons au milieux des fori anciens du marché de Trajan, de la Curie, des basiliques et entre les pins parassols nous abordons cette perspective stricte mais non moins efficace qui nous présente le Colisée comme horizon, peut être un horizon d'attente... du moins celui d'une scénographie séduisante.

06 janvier, 2007

humeurs italiennes

Ce voyage en Italie est spécial – mais ne le sont-ils pas tous ? – en ce sens que ce n’est pas un premier séjour mais un retour en Italie, c’est donc un privilège, ou peut être tout simplement une habitude, voire un singe extérieur de boboïté. Oui, Marie m’a fait remarquer que j’inventais beaucoup de mots. On ne part pas en Italie sans rien, il y a toujours une émotion, une chose, des rituels qui nous rassurent, limitent le dépaysement, et transforment l’étranger en familier. Je me souviens de Nine million bicycles que je me repassais tous les soirs de l’été dernier dans cet hôtel de Levada di Ponte di Piave. Cette fois-ci ma chambre est juste à côté de la dernière, mais ce n’est plus Katie qui m’accompagne. Il y a des habitudes que l’on prend à l’étranger, c’est-à-dire une vie que l’on s’approprie et un autre chez soi que l’on recrée. Il y a ce restaurant romain de la Sagrestia, à deux pas du Panthéon, il y a Massimo, même si Massimo n’était pas de la partie cette fois-ci. Il y a encore ce sac de cuir hongrois ramené il y a déjà quelques années de Budapest et qui depuis ne me quitte plus. Il n’est pas beau, mais il a de la gueule, il a vécu, je l’ai très ingratement fait souffrir.
Alors que Mathieu se demandait comment me jeter dans les eaux de l’Arno pour récupérer Euterpe - mon ipod… –, Marie se serait bien vue avec mon pauvre petit sac… Ce n’est pas la première fois qu’on me l’envie, qu’on le trouve à son goût… Moi aussi je l’aime bien… Enfin, je me demande tout de même dans quelle mesure j’aime ce sac parce que les autres l’apprécient aussi et donc qu’il me valorise à le porter… Ce sac quelque part me pose et me donne un prix, on me voit avec et peut être qu’on a des a priori plus positifs à mon égard grâce à lui. Une personne portant un tel sac ne peut être que digne de le porter… Evidemment, j’ai acheté ce sac sans avis et les compliments ne sont venu qu’après… mais dans quelle mesure ces compliments n’ont pas transformé mon coup de cœur en affection prolongée ? Dans quelle mesure aussi mon coup de cœur n’est pas le produit d’une culture et qu’inconsciemment je voulais ce sac pour me mettre en valeur et susciter les compliments ? Et ce qui vaut pour ce sac, ne vaut-il pas aussi pour l’Italie ?
L’Italie est pour nous un horizon familier, il parle à nos mémoires d’écoliers, à nos souvenirs cinématographiques, à nos niaiseries amoureuses… L’Italie parle aux historiens, aux artistes, aux épicuriens. L’Italie me parle et parle aux miens. Dans quelle mesure je n’y retourne pas si souvent parce que cela fait bien d’y aller ? Dans quelle mesure je n’y vais pas pour que l’on m’envie d’y aller ? Dans quelle mesure je n’aime pas l’Italie parce qu’il est bon et gratifiant de l’aimer ? Ceci étant écrit, et ces limites étant avouées et assumées, je prêche trop pour le libre arbitre pour m’en tenir à cela. L’homme ne peut-il pas s’extraire de ses considérations temporelles par une certaine transcendance comme le pense V. Havel ? Je le crois, et je crois que mon voyage en Italie n’est pas le simple produit de ma culture et de ma vie en société, mais qu’il y a dans ma démarche, comme dans celle de chacun ou de presque tous, une part de transcendance dans le départ et dans l’étranger et que si l’on apprécie l’Italie pour soi, on peut aussi l’apprécier en soi.
Reste alors à poser une dernière question pour interroger le sens de mon récit. Dans quelle mesure les places que l’on visite ne sont-elles pas elles-aussi des mises en scène et dans quelle mesure ce qui nous est donné à voir ne conforte-t-il pas nos préjugés ? Un barman romain m’a raconté cet été qu’il avait des attitudes totalement différentes selon les étrangers qu’il servait dans son hôtel. La ville et ses habitants se conformeraient donc au regard des étrangers sur eux, avec une plasticité impressionnante. Inversement, cette plasticité conforte l’individu dans ses idées préconçues, qu’il voit reproduites par ceux qui en ont conscience… Tout voyage ne serait alors qu’un jeu de dupes ? Le voyage ne serait alors que des idées et des représentations ? Pourquoi Venise garde-t-elle ses gondoles ? Pourquoi y a-t-il encore des boutiques sur le Ponte Vecchio ? Pourquoi tant de parasols au milieu des ruines de Rome ?



Alors voilà, nous avons quitté Termini avec la ferme attention de profiter au mieux de Rome, de marcher plutôt que de nous laisser transporter, c’est-à-dire d’aller chercher les choses plutôt que de les consommer. Marie prend ses habitudes, elle a mon guide qui finit le séjour dans la poche de sa veste, dans l’autre, mon appareil photo ne tarde pas à le rejoindre. Mathieu prépare notre journée et moi j’essaie de convaincre la Sagrestia que nous préférons dîner alla Carta plutôt qu’al menu… Oui, j’ai le numéro d’un resto romain dans mon téléphone et alors ? Cela fait partie de mon kit de survie. Nous passons Santa Maria Maggiore avant de quitter la via Cavour pour des petites rues plus calmes. Je nous y perds un peu, tout le monde en profite, Marie regarde le ciel et Mathieu voit le Colisée à gauche au détour d’une rue… Voilà le genre de chose qui n’arrive qu’en le cherchant… Il aurait été aussi beaucoup plus simple à Venise de prendre le vaporetto de Tronchetto qui nous emmène directement à San Marco, droit au but de la visite, voyons ce qu’il y a à voir, ou plutôt, voyons ce qui nous est montré. Or, nous sommes descendus à Ferrovia, nous avons pris un petit-déjeuner dans un petit café de la Lista di Spagna, nous avons marché jusqu’au Rialto et puis nous nous sommes perdus. Il aurait été pourtant simple d’aller directement à San Marco… mais nous ne serions jamais arrivés sur la place par une petite galerie opposée, et la lumière, l’impression, le ressenti, bref la place en elle même n’aurait pas été la même.
Il faut croire qu’il y a toujours un endroit d’où l’on part, une route que l’on connaît et que le moment où le se perd devient indispensable pour percevoir différemment ce que tout le monde est venu voir. C’est peut-être un peu un parcours initiatique bien que l’image soit finalement trop simple. Je pense que c’est vraisemblablement une mise en perspective différente des choses, voir San Marco après avoir traversé tout Venise n’est pas la même chose que d’y arriver directement en vaporetto depuis Tronquetto. De même, arriver au Duomo florentin par la vieille ville, là où la cathédrale se fait surprenante, n’est pas identique au fait de la découvrir de face avec son baptistère et son campanile, là où elle se fait imposante. Nous avons eu le temps de l’observer ce Duomo avant d’aborder sa place, de l’apprivoiser, de remarquer sa complexité, ses couleurs originales, la diversité de ses détails. D’une certaine façon nous avons défié le mise-en-scène de la ville et nous nous sommes joués de l’autorité ecclésiale.
Florence est une ville où le pouvoir se scénarise, où le Duomo répond au Palazzo Vecchio, chacun ayant sa place, commandant ses propres représentations et s’autonomisant de l’autre. Florence est donc une ville duale qui n’obtient son unité que par l’enceinte de sa ville. Venise est un petit peu plus complexe encore, toute la vie sociale s’organise autour de ses campi au milieu desquels se situe le puit, commandé par un palais aristocratique, lequel possède sur le campo son église…. Venise devient une ville du privé, de la clientèle… une ville mitée, comme le montre si bien le campo S. Zaccharia, et qui ne réussit son union que le long du grand canal qui fédère les familles et leurs palais, c’est-à-dire leurs représentations d’elles-mêmes. A Rome, c’est le Colisée qui constitue le lieu de la représentation. C’est d’abord la représentation que la ville donne d’elle-même, mais qu’elle se donne aussi à elle-même. Dans l’Antiquité, les autorités romaines rejouaient dans le Colisée les batailles que le peuple ne pouvait pas voir sur le front. Les Romains se faisaient alors une idée de leur grandeur dans un lieu de communion sociale tout autant que de propagande politique. Qui profite aujourd’hui d’un dimanche ou d’un jour férié à Rome pour partir de la Piazza de Venezia et emprunter la via dei fori imperi en direction du Colisée comprend, que dans une certaine mesure, l’outil n’est pas totalement émoussé.



Lorsque l’on connaît une ville, on ne fait peut-être que passer, ce qui importe c’est d’aller d’un point à un autre parce que l’on sait où l’on va. Le point importe plus que la ligne. Lorsqu’on la découvre c’est différent, on sait vaguement où l’on veut aller, mais la démarche d’aller est au moins aussi importante que la destination finale. Le regard de Marie m’a montré en cela que l’on pouvait voir d’autres choses de ces villes que je connais, que l’on pouvait à leur égard développer une autre sensibilité, celle des lieux où l’on ne fait que passer et qui pourtant, parce qu’on y passe, constituent, modifient voire révoquent notre paysage construit. J’ai des images assez convenues de Rome, j'ai toujours beaucoup aimé le Trastevere ou Campo dei Fiori, mais aujourd’hui Rome c’est aussi l’eau d’une fontaine de la villa Borghese qui dans une fin de matinée d’hiver prend l’aspect d’un argent pur et liquide, Venise devient une couleur blanche éclatante de la mi-journée et Florence un ciel étrange en face de Santa Maria Novella…


Ces images ne sont pas des topoï, elles n’existent que parce que la ville est – et quand j’écris « la ville », je veux dire cette ville là particulièrement et pas une autre – et nous font remarqué qu’il n’y a pas de paysage en soit. Le paysage c’est une image que nous nous construisons d’un espace ou d’un lieu lequel rassemble les ingrédients que nous avons choisi d’utiliser pour le composer. Aussi le paysage florentin ce ne peut être que les lumières des boutiques du ponte Vecchio dans la nuit, je dis bien les lumières et seulement les lumières, sans le pont, sans la ville et sans même l’Arno. Cela est et reste Florence. Comme je l’entends, un paysage n’est-il jamais que subjectif ? Alors, est-il vraiment important de s’échiner comme je le fais à essayer de prendre en photo le Duomo dans son entier lorsqu’en arrivant à en saisir un détail unique on évoque l’intégralité de l’œuvre ? C’est cela aussi le regard de Marie.
Il y a finalement quelque chose d’une correspondance beaudelairienne dans ces villes d’Italie.

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans un ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clareté
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il y a des parfums frais comme des chairs d’enfants
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

L’esprit et les sens, tout Baudelaire se comprend en Italie. Tous ces lieux et ces sensations, qui nous touchent sont aussi profondément chargés de la mémoire dont les ont investis les hommes. J’ai toujours trouvé la ville de Florence comme fondamentalement violente et menaçante dans son architecture avec ses tours, ses fortifications, ses sculptures aux scènes sanglantes. Mathieu imagine volontiers dans le Duomo les marchands venus faire leurs affaires, ou sur le forum les conspirations se fomenter. Je devine plus volontiers encore quelques scènes galantes dans les ruelles de Venise dont je n’ai de cesse de répéter qu’elle est avant tout une ville d’amants et d’interdits et non une ville d’amoureux. Ismail répondrait que c’est toujours l’amour… Bien sûr je préfère Casanova à Byron, même si Byron ne serait pas Byron si Casanova n’avait pas été. Bien sûr cela n’est que ma vision des choses, mon ressenti vénitien… Bien sur il y a eu cette seconde journée ou Venise était plongée dans la brune, ce départ pour Burano et les feux des maisons de pêcheurs nous indiquant que l’on abordait le lieu. Mais la brune n’est elle pas un masque supplémentaire pour Venise ? C’est encore celui d’une ville à la fois de la dissimulation et de la permissivité, ou le grimage permet l’hypocrisie de faire sans être poursuivi… Puis-je parler de défoulement ? Marie me pardonnera, peut-être, cette concession à l’anthropologie.
Or s’il y a une ville où je pourrais vivre – et ne nous posons nous pas tous cette question lorsque nous voyageons ? – c’est bien Rome et non les deux autres. Rome est peut-être trop grande pour être réduite à l’état de musée comme le sont Venise et Florence. Aussi la ville échappe en grande partie à ce dialogue de fourbes entre le visiteur et le visité, le visité ne donnant au visiteur ce que celui-ci est venu chercher… La ville a une actualité autre que celle de sa commémoration, un héritage qui, paradoxalement à ce qu’il est, ne l’étouffe pas…, mais à l’égard duquel elle se détache. Combien croise-t-on de Romains sur le Forum? La Rome d’aujourd’hui à ses propres lieux, ses propres vies, ses propres mythes.

Je ne sais pas si Marie et Mathieu seront d’accord avec moi, je sais qu’ils sont peut être moins sévères que moi à l’encontre de Florence. C’est vrai que le Duomo était particulièrement séduisant cette fois-ci. Je sais aussi que Mathieu voit dans Florence tout ce que cette ville porte d’histoire, et sûrement comme toujours en voit-il encore plus que moi. Sans doute que l’on ne réduira pas cette ville à son Duomo, à trois heures de queue pour la Galerie des Offices où à un plat si bon soit-il de gnocchi al pesto. Mais je pense que nous avons su, quoiqu’il arrive, nous octroyer cet espace de liberté et nous affranchir tant bien que mal du recherché et de l’attendu et qu’en se sens ce voyage fut d’une belle réussite, d’autant plus que je crois que les voyageurs se sont aussi mutuellement trouvés…

03 janvier, 2007

Voyage en Italie: je me torture l'esprit


Un récit de voyage est à la fois un exercice littéraire classique et complexe. Il est classique parce qu'il constitue une pratique propre à une certaine culture moderne et romantique, et complexe parce qu'avec lui une série de questions de se pose. Celui qui part ne le fait que pour trouver quelque chose dont la précision est plus au moins consciente, si bien que la trame de son récit est en partie déjà tissée d'avance. Le voyage n'est alors que la découverte du déjà connu: la culture. Et celui qui écrit pour être lu, ou simplement, celui qui publie - la chose est différente mais la démarche est la même - écrit aussi et dans une certaine mesure ce qu'il croit que l'on aimerait lire de lui.
Un voyage en Italie est à la fois investi de ce clacissisme et de cette complexité. Pourquoi l'Italie? Pour ce qu'elle représente? Pour le plaisirs d'y retrouver des habitudes et des douceurs? Simplement parce que l'occasion s'est présentée et que partir au moment où l'on en fait le choix est plus important que là où l'on va? "Reste si tu le peux, pars s'il le faut" écrit Baudelaire. Toutes ces raisons se vallent bien et peuvent s'embrasser, se séparer et se réembrasser comme peuvent le faire les identités des voyageurs: le pélerin, l'étudiant ou le dilétant. Le voyageur peut épouser successivement et simultanément ces identités. Le regard ne s'embrouille alors pas tant qu'il s'enrichit. La chronologie se dissipe au profit d'un libertinage des idées, les émotions rythment un objet et non plus un temps, c'est pour quoi le récit de voyage véritable doit s'affranchir de la linéarité évenementielle du carnet.
Aussi, de Venise, de Florence et de Rome, ma mémoire - et l'écriture du vécu n'est que mémoriel - assume et revendique de donner l'image biaisée, choisie et imparfaite, en un mot malhonnête de l'expérience, mais ce vice est complexe et beau. Une chose est par ailleurs certaine, c'est qu'il n'y à pas une Italie mais des Italies et chaque cité en elle-même est porteuse de cette réalité. J'écris donc qu'il n'y a pas une Venise, une Florence et une Rome, mais des Venises, des Florences et des Romes. Ces villes sont plurielles en elles-mêmes, mais aussi par la pluralité des regards que l'on porte sur elles: ce sont des rencontres de ces pluralités que j'écris ici.

03 décembre, 2006

Caen, Julie et moi

Voilà, le week end se finit et je reviens à peine de Normandie que je suis de nouveau connecté à ce blog. La Normandie me direz-vous, qu'allait-il faire dans cette galère? Ahhhhh la province, vous savez là où il y a des vaches et ou les appart' sont plus grands et moins chers qu'à Paris...?
Certes... Arrivé à Caen vendredi dans la soirée, Julie m'attendait sur le quai de la gare pour rejoindre un groupe de collègues-amies pour un petit repas d'anniversaire tres sympatique. A l'exception d'un éléments hexogène, tous profs... Presque que de charmantes jeunes filles... la soirée débute bien... A peine assis, Aurore se lache, ça y est la mobilisation pour trouver un mec à Julie commence, deux/troix personnes se regardent interloquées... non non Julie et moi ne sommes pas ensemble, soulagement, on se détend autour de la table... Bref, jolie déclinaison de quiches et de quelques normaderies tourtières, et ça papote de salle des prof, d'iufm et de blog d'élèves... Les profs du secondaires seraient-ils pires que leurs élèves? J'espère bien, faut bien tenir la route... Enfin, le temps passe en bonne compagnie... l'heure d'aller prendre un verre est arrivé.
00H30 devant ce que les Caennais appelle un "port"... passons... Une boite et hop c'est parti pour les derniers courageux. Terrible sensation que le sexy vulgaire revient à la mode... mais bon sans Helmut Newton ça manque d'intérêt. Bref près du bar un mec se la joue baroudeur et essaie de séduir une donselle, d'autres paons font la roue et les jeunes filles ne disent pas non... Soudain un autre prof arrive, Nathalie se décompose... c'est un prétendant sans lucidité qui n'a pas tout compris... Bref... la soirée se termine à 2H... et oui, les boites caennaises ferment à deux heure... Pas vu grand chose pour le moment... on verra bien demain.

Alors voilà, après une matinée particulièrement grasse, c'est ça caen... Pas mal en fait, Julie compare la ville à Rome, je n'irais pas jusque là mais ça mérite d'être connu. Un chateau, une église, quelques abbayes... bon je suis dans mon paysage naturel... Soudain des Galeries, un Printemps et un Minelli... ouf nous ne sommes pas sortis de l'oeucumène, la ville gagne mon affection... C'est fou ce sentiment d'être plus parisien hors de paris qu'à Paris même... Enfin pour moi qui peine à traverser la Seine et pour qui la rive droite est un pays étranger, c'est une expédition. Bref, j'ai cru comprendre ne pas être le seul, n'est-ce pas Naïma?
Quelques cafés pris à gauche et à droite entre collegues ou simplement amis et le soir arrive. Rendez-vous prévu dans un petit bar assez sympa, et oui il y a une vie nocturne particulièrement animée le samedi soir à Caen. Je sais, je sais, c'est dur à croire. Bref retrouvaille d'IUFM et pour Julie et de mon coté, autonomisation d'une conversation avec un doctorant de socio. On parle de l'inutilité réciproque de nos travaux, nos modesties naturelles tendent à dévaloriser faussement nos disciplines respectives, peu importe... tient, on se rend compte que nos démarches et nos problématiques sont les mêmes, soudain rien n'est plus indispensable que l'anthropologie, l'histoire et la socio... Je me fais traiter d'interactioniste... voire de marxiste je crois, peu importe, je me défend de l'insulte fatale, j'étaie et finalement s'esquisse un début de conviction, ouf, la dignité est sauvée par le doute. Soudain Florian qui bosse sur "la pratique de la guitare" m'apprend la forte tentation lesbienne des femmes guitaristes. Mon coeur se braque, mes espoirs divaguent... et si Katie? Non je ne veux même pas y penser... Aller Julie, on rentre... la nouvelle est trop dure.

Nouvelle grasse mat' et l'objet officiel de ma visite se profile. Julie se paume à Ouistreham, finalement ouf, la mer et un bon resto. Un foie gras de canard, un filet de cabillaud à la bisque de homard et une mousse au chocolat plus loin... nous sommes repartis, j'attrape un train et me voici, heureux d'avoir constaté les progrès diffus de la civilisation à la province mais content de retrouver ma cave entre le dragon et la sorcière...

19 novembre, 2006

Loretanska, Prague, aout 2006


Ces arcades vous disent peut-être quelques choses... elles sont parmi celles filmées par Milos Forman dans son très contestable mais non moins très beau Amadeus. Et oui, c'est bien Prague qui est filmé par le cinéaste et non Vienne. Situé dans les petites rue qui même au chateau si cher à Kafka, ces arcades protègent les passants comme elles protègeaient les marchands et les aristocrates lors des hivers rigoureux de Bohême quand ses derniers souhaitant se rendre à la Cour ou à la Diète. D'une certaine façon aussi, ces arcades privatisent l'espace publique... la maison du seingeur protège le passant, se subsitue au pouvoir royal, de toute façon absent de la ville depuis Matthias. Mais la Prague de Hradcany est encore aujourd'hui celle de Marie-Thérèse, d'un baroque flanboyant et aristocratique, une ville qui semble figée - à tort bien entendu - son paysage au siècle des Lumières. Bientôt par une porte cochère, entre deux arcades, le passant pénètre dans une cour intérieure, privée elle aussi, dans un aubarge, une taverne ou simplement chez un ami. Les arcade sont ici un espace entre deux mondes, ce qui m'intéresse donc, entre l'espace privé et l'espace publique, un espace publique livrée à lui même et un espace privé se constituant en refuge de chaleur et de conscience, lequel échappe à l'ombre du roi.

13 novembre, 2006

03 novembre, 2006

Katie, Sainte Thérèse et moi


Ce matin là, lors du petit dejeuner je discutais avec René, un collegue de la fac de Dijon, lacanien libidineux fan de Fellini à ses heures perdues, et nous parlions l'oeuvre de Bernini à Santa Maria della Vittoria... Je lui diais que je voulais m'y rendre pour trouver la série de tableaux représentant la bataille de la Montagne blanche citée par Olivier Chaline. Inévitablement il évoquait l'ambiguité de l'extase de Sainte Thérèse qui fait la réputation de l'oeuvre...
Il devait être vers 8h30 du matin, Rome en plein été, et je sortais de l'hotel sur la Piazza della Porta Maggiore... Je chausse mon lecteur MP3, j'enclanche le Piece by Piece de Katie et j'attrape un bus pour Termini. De la gare encore quelques centaines de mètres à faire pour passer Républica et arriver à Sante Maria della Vittoria... Je ralentis le temps de laisser Katie finir son Spider's web et me voilà qui pénètre dans cet antre de la Contre-Réforme...
Dans la sacristie, le curieux découvre la raison pour laquelle l’édifice est consacré à la Vierge victorieuse. Quatre tableaux noircis retracent la bataille de la Montagne blanche de 1620, pendant laquelle les troupes impériales et catholiques ont triomphé des rebelles protestants du royaume de Bohême. L’événement inaugurait un carnage de 30 ans pour l’Europe. Pourtant, l’Eglise n’en retient que la première de ses batailles. Tous les visiteurs admirent l’œuvre baroque et une Contre-Réforme triomphante et édifiante. Peut-être qu’un jour, dans une quelconque mosquée d’Arabie ou du Pakistan, une mosaïque illustrera la glorieuse bataille de Manhattan du 11 septembre 2001, la bête infâme touchée en plein cœur, et l’islam figuré en vraie religion... Tout le monde serait choqué et dénoncerait la provocation mais continuerait de partir de Porta Major, passant Termini et la place de République pour aller délecter son imagination devant l’extase de Sainte-Thérèse ou la voûte exaltant les anges à écraser les démons de l’hérésie.
Mais l’œuvre de Bernini n’est pas non plus exempte de toute ambiguïté. Quelle est la limite entre la figuration d’une extase sacrée et d’un orgasme, entre la métaphore d’une sarisse en foi édifiante et celle d’un pénis ? Elle est identique à celle qui existe entre la sainteté et l’hérésie, entre le fau et le vrai, entre le désir et l’obsession.
" 'cos the line between wrong and right, is the width of a thread from a spiders's web..."

02 novembre, 2006

Ischia, Baie de Naples, aout 2006


Les îles de la baie de Naples ont toujours été considérées comme des asiles. Il y a Capri bien entendu, mais aussi Ischia, ici abordée depuis le Castel dell'Ovo. Un refuge? Une invitation? Un topos? Une humeur félinienne peut-être... un gout de kitsch sans doute... Il n'en est pas moins que faisant face au Pauselipe, l'île d'Ischia invite aux divagations.

Emotions napolitaines




On apprend de naples que 7 personnes en 5 jours auraient été victimes des luttes internes qui divisent la Camora. Cela n'est en rien pour améliorier l'image injustement mauvaise que porte cette ville. Pourtant mes premiers pas Piazza Garibladi n'étaient pas pour le contredire. La foule, les préjugés et une chaleur accablante avaient préparés les paroles de ce Français rencontré devant la gare: "tirez-vous de là!". Nous sommes restés. je voulais voir Santa Chiara, j'ai aimé San Domenico et le Duomo. Le vieux quartier lazron, orthonormé et aux façades décrépites nous offrait un regain de fraicheur. Deux voitures ne peuvent se coirser dans les rues, et le soir, Piazza Bellini, la terrasse d'un restorant confiné, voilà Naples, voilà nos peurs envolées, elles n'étaient là que pour nourir notre excitation.
Et pourtant, depuis la vieille ville, on ne peut manquer San Elmo qui menace, la forteresse aux canons tournés sur la ville, avec ceux du Castello Nuouvo et de celui dell'Ovo. Au "territoire" répond la menace. Naples est une ville violente, cela se lit dans sa réalité urbanistique, la réalité d'un rapport de force. Et pourtant, quatre avenues entoure le "territoire", aucune ne le pénètre, Deux villes se cotoient sans se parler, si ce n'est en invectives... Il en faudra bien plus pour révoquer mon amour pour la cité lazzaronienne

01 novembre, 2006

San Giorgio Maggiore, Venise, Juillet 2006



Le rapport qu'entretient Venise avec les îles de sa lagune reste très complexe. C'est de l'une de ces îles, Torcello, que la ville a émerger avant de s'installer à Rialto. C'est aussi sur ces îles que la ville exclu les groupes sociaux derangeant telle les verrier de Murano... San Giorgio Maggiore fait face au port de San Marco. C'est un paysage familier mais qui reste souvent lointain. Un paysage monacal qui conforte la cosncience chrétienne de Venise mais aussi celle de sa liberté, une liberté tantot conquise par les hommes sur la mer, tantot offerte par Dieu. San Giorgio est en retrait, un compromis entre le monde des marchands, et le monde des puissants, l'idéal trompeur d'une indépendance ecclésiale...