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30 avril, 2007

Election présidentielle: les Stanbouliotes sont dans la rue. Et nous?


Dimanche dernier, 1.2 million de personnes ont défilé dans les rues d'Istanbul pour affirmer leur attachement aux valeurs kémalistes du pays, leur attachement à la démocratie et à une laïcité exemplaire. En Turquie aussi, l'élection présidentielle met aujourd'hui en jeu deux visions du monde et deux avenirs possibles pour le pays. Au pouvoir depuis 2003, les islamistes modérés de l'AKP présenteny un bilan ambiguë associant réussite économique et conservatisme social. Après avoir obtenu du Premier Ministre Erdogan de ne pas se présenter à l'élection présidentielle, le 14 avril dernier, l'AKP a décidé de proposer au Parlement d'Ankara le nom de son ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül.

Pour être élu, Abdullah Gül doit btenir les 2/3 des voix au Parlement. Après un premier tour de vote boycotté vendredi au Parlement par l'oppostion, il a refusé de retirer sa candidature, la réaffirmant même après la manifestion d'hier. Un second tour de vote aura lieu mercredi. Si Gül n'ontient pas les 2/3 des voix, un troisième tour aura lieu une semaine après, mais cette fois-ci, le candidat de l'AKP devra obtenir uniquement la moitié des voix parlementaires. Aujourd'hui, Erdogan s'est prononcé pour une union nationale, mais le discours Premier Ministre et son candidat semble déjà plus nuancè qu'aupparavant. De son côté, l'opposition républicaine appelle à une alliance anti-gouvernementale. Il n'en reste pas moins, qu'à travers cette crise, la société turque témoigne de sa vitalité politique et de l'attachement à ses valeurs kémalistes qui fondent la Turquie moderne, laïque et démocratique.

Reste une inconnue à l'affaire, à savoir l'armée, garante des institutions et qui à déjà commit quatre coups d'Etat en cinquante ans, pour préserver le pays d'une dérive despotique ou extrémiste. Or, l'Etat-Major a exprimé samedi son "inquiétude" envers l'idée que le Parlement élise à la présidence de la République un homme issu de l'AKP. Même au non des valeurs laïque et démocratique un nouveau coup d'Etat serait peut être pire que tout pour la Turquie. Cependant, les partis d'opposition se sont opposés à cette prise de parole et défendent un règlement démocratique. Après le coup de force réalisé par les Stanbouliotes, dimanche, tous les partenaires sociaux et l'essentiel des partis réclament des élections législatives anticipées. Après l'Arménie et l'Ukraine, la mobilisation politique turque est en train de donner une leçon de vitalité à l'Europe et à la France en particulier, montrant les voies possibles d'une opposition véritable lorsque le débat est confisqué par un parti dominant à la vision du monde qui est réfuté par les citoyens.

28 février, 2007

L'Anatolie des Byzantins



En feuilletant les pages de Bernadette Martin-Hisard sur l'Anatolie et l'Orient byzantin dans Le Monde Byzantin de Jean-Claude Cheynet, je ne suis replongé dans mes photos de voyages et les quelques jours que j'ai passé il y a un an et demi en Cappadoce. J'ai déja eu l'occasion d'écrire ici quelques lignes sur cette région qui parle beaucoup à notre imaginaire contemporain familiarisé aux paysages tataouinesques de George Lukas, mais l'Anatolie centrale entre le Lac Tatta, Césarée et Môkissos était pour les populations byzantines des époques isaurienne et comnène était à la fois un don, un asile et donc un espace de liberté alors que les Turcs ne cessaient de progresser au Proche Orient.


L'actuelle Vallée d'Ucisar est en fait une dépression creusée dans un plateau calcaire par l'érosion et dont le fond est tapissé d'une surface alluviale relativement grâce qui permet une agriculture de subsistance, qui certes ne suffit pas à l'enrichissement des paysans qui la cultivent, mais permet aux familles de vivre convenablement.


La "Vallée de l'amour" symbolisée par les cheminées de fées en forme de phallus, scultée par les humeurs de l'érosion symbolise d'une certaine manière cette relative fertilité, associée par les anciens à la déesse de l'amour... la vallée étant un axe majeur de communication à l'époque hellénistique.


Il n'en est pas moins que le tuf fait ici office d'asile pour les populations fuyant les raids turcs et arabes et offre un refuge troglodyte des plus discrets et doté d'un certain rafinement. Les habitations creusées dans les cheminées ou dans le talus du plateau comportent en effet plusieurs pièces et l'on repère assez facilement que chacune de ces pièces a son utilité propre. La roche est sculptée à l'intérieur de telle sorte qu'elle offre à ses habitants un certain confort "mobilier".


Sans doute la vallée du monastère de Göreme offre l'exemple le plus frappant de ce raffinement à l'exemple de la voute de cette basilique totalement scultée dans la roche et dont les ornements préservés de la lumières sont encore, si ce n'est surtout aujourd'hui, stupéfiants.


La "coupole" ornée de ce Christ bleu sitée dans une chapelle un peu plus en hauteur que la précédente nous donne aussi à penser un art byzantin pictural bien différent des mosaïques de Sainte-Sophie ou des scènes dorées de Saint-Sauveur-in-Chôra à Instabul. Ce raffiment est d'autant plus intéressant qu'il se réalise dans une période de conflits politiques religieux entre l'empire chrétien de Byzance et le royaume seldjoukide.


Grégoire Pakourianos ou Kékauménos nous diraient sans doute que s'il y a un monastère c'est qu'il y a possibilité de s'enrichir dans la région... le monastère n'étant finalement qu'un outil de production comme un autre. Certes, c'est là tout le charme de l'histoire byzantine. Il n'en est pas moins que cette table monacale exprime aussi la réalité d'une vie de contemplation et de prière qui n'est tout de même pas absent de l'idéal monastique byzantin.


Les vallées d'Ucisar et de Göreme seraient alors des refuges de la chrétienté comme laisse le suggèrer au loin ce profil virginal? Il me semble que ce sont avant tout des contre-mondes qui émergent dans un contexte et un espace troublé par la guerre, mais aussi des échanges que toute guerre induit. Ces contre-mondes sont donc paradocalement aussi des marges de liberté à l'égard de la lointaine Constantinople qu'elle soit d'abord byzantine puis ottomane, le Grand Seigneur n'ayant jamais porté atteinte à cet asile Chrétien. Mais un Ottoman, c'est encore un peu un Byzantin, alors tant que l'impôt est payé...

Le tombeau de Tapliot ou la tentative de déicide de James Cameron...

On apprend de New-York et de James Cameron - réalisateur du Titanic - qu'on aurait retrouvé le tombeau du Christ à Tapliot, soit à deux pas du Saint Sépulcre de Jérusalem. Ce genre de découverte est à vrai dire assez courrant et depuis le Moyen-Âge, le dernier tombeau de Jesus ne cesse d'être redécouvert. Toutefois, cette tombe apparaît pour le réalisateur hollywoodien comme particulière. Si l'on en suit les inscriptions, il n'y aurait pas seulement le corps du Christ mais aussi celui de Mary Madeleine et de leur fils, un certain Judas... L'info est est donc croustillante...

Si l'on retrouve le corps du Christ c'est que celui-ci n'aurait pas commit son petit come-back et donc qu'une partie des Evangiles fourvoirait ses lecteurs. Peut importe, ici il faut rappeler que la Résurrection n'est qu'une interprétation du texte, et que celle-ci peut très bien être métaphorique. Par ailleurs, la Bible n'est pas un livre d'Histoire, elle propose un mythe et un sens au monde et, en ce sens, il est vraiment vain de chercher à discerner la part du réel de l'imaginaire. Certes, le fait que Jesus a pu être marié à Marie Madeleine met en cause l'idée du célibat du prêtre semblable à celui du Christ, cependant ce célibat ne s'est imposé que très tardivement dans l'histoire chrétienne et n'est pas auourd'hui imposé aux pasteurs protestants. L'Eglise s'en remettra. Quand à Judas, là encore, peu importe que celui-ci ait été le traitre , le libérateur ou l'enfant - donc peut être la réincarnation... - dans la mesure où cela questionne que des bricolages dogmatiques et non l'interprétation chrétienne du monde.


Bref, que penser de tout ça? Pas grand chose à vrai dire... C'est Cameron qui médiatise l'affaire et non des archéologues ou des historiens. L'affaire fait parler, elle fera sans doute vendre, mais la Chrétienté en a vu d'autres, et cette petite histoire est plutot amusante. Dan Brown va sans doute en faire un livre... Tenez, au fait, est-ce plus grave que cette affaire ébranle la Bible ou le Da Vinci code? C'est avant tout une affaire à la mode après l'édition l'année dernière de l'Evangile dit de Judas, et la Palestine juléo-claudienne a connu bien des Jesus, des Judas et des Marie Madeleine...

18 février, 2007

Une Saint Valentin égytienne: l'éternel problème de l'arbre et de la foret

On apprend du Caire un événement délicat. Un groupe de musulmans égyptiens auraient mis le feu à des boutiques de coptes d'Egypte sous prétexte que la rumeur portait qu'un qu'un des leurs fréquentait une musulmane. Huit suspect ont été arrêtés à Armant, à 600 km de la capitale.

Il ne faut pas tomber dans une lecture trop simple d'un repli communautaire qu'expliquerait trop bien le tres huntingtonien choc des civilisations. Il faut d'abord poser la question de la relativité de ce genre de fait, qui s'avère foncièrement rares. Par ailleurs, la question du repli communautaire est bien plus complexe puisqu'il est permi à un musulman d'épouser une copte, malgré la condamnation de l'inverse. Ici, la religion s'arrange de la surabandance des humeurs phalliques... Le prisme religieux semble en fait insatisfaisant pour comprendre l'événement.


L'espace dans lequel s'inscrit ce fait divers n'est pas anodin. La Haute-Egypte joue anthropologiquement, depuis l'Antiquité, à la fois le rôle d'un espace d'inversion, si ce n'est de défoulement, et d'un conservatoire de la culture dite "egyptienne". C'est un espace du possible, et parmi ces possible, il y a celui d'une intolérance, moins forte dans le reste du pays. Enfin, les coptes d'Egypte s'inscrivent difficilement dans les espaces territorialisés par les musulmans, dans la mesure ou leur relatif nomadisme permet de les appréhender comme relativement marginal au regard de l'ensemble de la société. Nous sommes ici bien loin d'une simple interprétation religieuse.

Rappelons juste que 10% des 75 millions d'Egyptiens sont coptes. Autrement dit, la part des chrétiens est cinq fois plus importante que celle des musulman en France. Compte tenu de la relative marginalité de ce genre de fait, et au regard de la société française, il ne me semble pas que l'Egypte d'aujourd'hui, tout comme les sociétés de culture - et j'écris bien culture - musulmanes soient fondamentalement intolérantes...

17 février, 2007

Le Coran, le plaisir et moi

Je me souviens de mon année de maîtrise et des conseils de Nicole Lemaître qui nous disait qu'un bon historien de l'époque moderne doit toujours avoir une Bible auprès de lui. Il y en a effectivement une dans la petite étagère posée sur mon bureau. Est-ce à dire que je suis un bon historien? Je me permettrais du moins d'ajouter, qu'un historien de l'Orient moderne doit aussi savoir se plonger de temps en temps dans le Coran. Jade semblait assez surprise de voir le mien posé sur les quelques cartons d'archives qui me servent de table de chevet. Alors voilà, je viens de m'y ploger et de lire le verset suivant:

"Vous est rendu licite, durant une nuit de jeûne, le rapport avec vos femmes. Ne sont-elles pas votre vêture, et vous la leur? Dieu sait bien que vous vous fraudiez vous-mêmes. Il s'est repenti en votre faveur. Il a passé sur votre faute. Donc, désormais, ayez commerce avec elle. Désirez à la mesure de ce que Dieu vous assigne... " (Sourat II, verset 187)

il est assez intéressant de voir comment la "faute" finalement trouve sa place au sein même de la religion et est admise dans la vie des hommes. En effet, il ne semble ici ne pas tant s'agir de l'empêcher que de l'encadrer et donc d'ouvrir un espace et un temps de liberté et de permissivité. La nuit devient l'espace-temps antrhopologique de ce possible. La nuit dissimule, camouffle et permet le plaisir au même titre que le rêve. Tout ce qui s'y produit devient de l'ordre du possible, le plaisir n'en est pas exempt. Par ailleurs, le verset va plus loin, la faute se transforme en commerce et ce commerce se déculpabilise justement parce qu'il s'abstrait du monde révéler et prend sens et légitimité dans le monde dissimulé. Or, ici, Allah est aussi celui qui crée et qui permet autant le monde révélé que lon monde dissimulé, lequel constitue donc un contre-monde nécessaire.

Le remarque de Michel Onfray sur le fait qu'il n'y ait pas d'érotique chrétienne parce que le christianisme est une religion du verbe et non de la matière est intéressant. Inversement, les nombreux traveaux de Malek Chebel révèle une anthropologie du plaisir au sein de l'Islam. Si la démarche de Chebel s'inscrit en faux d'un intégrisme ascète, l'association de l'Islam et du plaisir n'est pas neuve. On connait avec Antoine Galand les Mille et nuits mais j'aimerais relever ici une nouvelle de Vienne publiée dans la Gazette d'Amsterdam du 29 août 1783:

"On mande en Bosnie, que trois Femmes avaient été assez heureuses pour se sauver de la Ville de Busim avec deux Filles & un Fils & de se retirer en Hongrie. A leur arrivée, elles déclarèrent que la crainte d’être envoyées par leurs Maris plus loin & dans le cœur de la Turquie les avait décidé à s’enfuir ; qu’étant descendues de Parens Chrétiens, elles désiraient embrasser cette St-Religion ; enfin qu’elles ne doutaient point, que plusieurs autres Femmes, des Hommes mêmes, ne prissent le même parti, lorsque les Hostilités commenceraient. Ces six Personnes, envoyées d’abord à Kostainicza y ont été instruites et baptisées. C’est un cas fort extraordinaire, car aucune Nation ne garde avec tant de soin les Femmes, que les Turcs, c’est ce qui le Prophète Mahomet leur ordonne expressement dans le Koran, par ces mots : O Vrais Croyans, gardez vos Femmes avec soin."

Bien entendu, il y aurait beaucoup de chose à écrire sur les logiques migratoires qui échappent ici au rédacteur de la gazette. Il n'en est pas moins interessant que la condition féminine soit considérée comme meilleure dans l'Empire ottoman que dans la très chatolique Maison d'Autriche, et celà par un Autrichien...

06 février, 2007

Charlie Hebdo, Mahomet et moi

Demain, Philippe Val comparaîtra en pénal pour Charlie Hebdo, accusé d'insulte envers un groupe d'individus en raison de leur religion pour avoir publié l'année dernière deux des dix caricatures de Mahomet et une une montrant le Prophète se perenant la tête entre ses mains, affligé du comportement des intégristes... La plainte a été déposée par la Mosquée de Paris et les musulmans modérés et par l'uoif et autres instances radicales de l'Islam. S'il y a quelque chose d'inquiétant dans cette affaire ce n'est pas les publications de Charlie qui sont garanties par la liberté d'expression mais biens ses tentatives réccurentes de limiter la libertés des individus pour protéger les susceptibilités particulières. On me répondra, j'en suis sur, qu'il y a la liberté et la responsabilité, et que cette notion de responsabilité doit nous faire nous restreindre dans notre liberté. je dis alors que si cela doit être, il n'y a pas de liberté.



Qui est responsable de trouble? Celui qui jouit de sa liberté ou celui qui n'admet pas que l'autre en jouisse? Nous tendons de plus en plus à sacraliser les identités particulières, qu'elles soient religieuses, mémorielles ou communautaire. J'écris que tout cela peut être attaqué, et même violemment, je pense même que tout ce qui est contraire à l'universel doit l'être. Je suis condorcetien. Celà peut paraître charmant et anodin aujourd'hui. Or je pense comme le dernier des encyclopédistes que la religion est un préjugé et qu'en tant que préjugé, non seulement je ne dois pas le respecter, mais que je dois aussi tout faire pour les détruire. Mais en blâmant le préjugé, Je ne blâme pas celui qui croit, pas plus que je ne porte de jugement sur lui, ou que j'interdirai à qui que soit d'avoir sa chapelle. Je combats les dogmes pas les hommes, et je combats les dogmes avec les idées. Je vous encourage même de vous rendre sur le site de l'UOIF pour que vous jugiez de leurs arguments... Que l'on ne s'y trompe pas, les Saint-Barthélémy ne sont pas les oeuvres de ceux que l'on nomme "athés".

28 janvier, 2007

La mode, le corps féminin et moi

Alors que la semaine de la mode s'ouvre à Paris, la question de la dictature de la minceur se pose de nouveau dans nos magazines et journaux télévisés. Alors que l'année dernière, le dernier et ultime tome de l'Histoire du corps est sorti sous la direction de Geaorges Vigarello, il importe de poser la question du corps, et plus particulièrement du corps féminin à tavers l'idée de sa perception. Un image est avant tout le produit de la société qui la génère. On peut alors aborder nos sociétés par le biais de ses canons de beauté féminin.

Combien d'entre-vous ne s'est pas étonné au Louvre, devant la Venus de Milo, à dire: "ah c'est elle, elle n'est pas un peu grosse, non?". Certes, les anches pleines et les petites rondeurs de cette statue hellenistique retrouvée à Milet déconcerte un peu les observateurs naïfs. Elles nous en disent cependant beaucoup de ce qu'était considéré comme une belle femme à l'époque, et si les charmes de sa très vivante contemporaine Cléopâtre ont été relevés, il y a fort à parier que la dernière des Lagide devait aussi se distinguer par des seins lourds, des anches pleines et de petites poignées d'amour... Qu'en déduire? Venus n'est pas seulement l'expression du désir et de la passoin, elle est aussi celle qui féconde, et son oppulence symbolise cette idée de richesse et de profussion, elle était en cela à l'image d'un socété propère ou de l'horizon d'attente de sa prospérité.

Arrêtons nous maintenant sur un odalisque de Boucher. Beaucoup trouverons sans doute avec Mathieu que ses formes sont disharmonieuses et qu'il y a dans sa lascivité beaucoup de laisser-aller, si ce n'est de décadence... Ah l'Ancien Régime est décidément mal jugé. Et si dans cette chair si généreusement offerte vous y lisiez une exaltation du sensualisme des Lumières, celui que l'on retrouve sous la plume de Diderot, une proclamation du droit de jouir, une réfutation du catholicisme, religion du verbe, pour une philosophie hedonisme du corps? Il est intéressant aussi que nous ne voyons pas cela chez Boucher... ce qui en dit beaucoup de la condamnation que nous faisons implicitement de toutes ces choses.

La beauté contemporaine serait donc une beauté de l'acèse, de la souffrance du corps, par le corps, du sentiment trompeur de sa maîtrise, qui là aussi, implique le postulat que l'âme est détachée du corps et que l'âme doit agir contre le corps. Terriblement chrétien tout cela... Michel Onfray que j'ai cité dans son dernier billet, disait qu'il n'y avait pas d'érotique chrétienne et qu'il ne pouvait pas y en avoir, contrairement au toute une tradition sensualiste musulmane, dans la mesure ou le christianisme est bien cette religion du verbe faite corps... Il y a dans nos canons contemporains quelque chose d'aussi sombre que les tableaux de nos réformateurs du XVIe siècle... Interessant que cette violence du coprs s'impose au moment ou le capitalisme libéral se veut hégémonique. N'y a t'il pas un fond culturel comment derrière tout cela? Max Weber explique l'essor du capitalisme par un christianisme protestant lui étant fondamentalement favorable contrairement au catholicisme. Or avec le modèle économique semble donc aussi s'imposer au monde un modèle esthétique protestant. Bien sur tout n'est pas réductible à celà. Mais dans un monde ou l'évangélisme se développe, je pense que la question mérite au moins d'être posée... et permet un peu de comprendre la petite tempête produite par Emmanuelle Bérat sur une certaine couverture de Elle. Les charmes de la transgression...

14 janvier, 2007

Mehdi Rang Bast: singe savant du chiisme?

Alors je jétais en train de grignoter un petit quelque chose devant L'effet papillon, je suis arrêté dans mon machouillage par un reportage sur une petit singe savant du chiisme iranien, Mehdi Rang Bast. Mehdi a 7 ans et a remporté il y a 2 ans déja un concours national de récitation du Coran. Les quelques extraits de ses prestations stoppent définitivement mon machouillage, le petit type est impressionant, presque en transe, récitant avec tout l'art de la martyrologie chiite les versets du livre sacré... Soit ce garçon est un tres grand comédien soit son sentiment de piété est tel qu'il arrive déjà à ce sentiment de communion divine que les derviches tourneurs de Konya mettent des années à obtenir... J'ai écumé Youtube et Dailymotion pour trouver des extraits de ces "performances" et rien mais je ne désespère pas...

Bien sur vous vous attendez à ce que j'écrive que c'est inadmissible, que je pauvre petit chou est manipulé, qu'on lui prive de son enfance etc etc... Certes, mais écrire cela n'ici n'apporterait pas grand chose... Ce qui m'a étonné c'est l'étonnante répartie de Mehdi devant les journalistes, les Imans ou le président iranien. Son intelligence est certaine, le bonhomme apparaît même très fin et très mature pour son âge. Pourtant, il n'y a rien de neuf à cela. Toutes les religions connaissent ce genre de phénomènes d'enfants prodiges élevés dans la foi et qui ont très vite acquis une ferveur religieuse... Nous savons aussi que cela ne présage rien, et que la rigueur - je n'ose dire le fanatisme, je n'en sais rien - du petit Mehdi ne présage pas du fait qu'il se fera un jour sauter je ne sais où dans je ne sais quel Djihad...

Sentiment partagé donc devant l'intelligence brillante de ce garçon et la mise à disposition qu'il en fait envers une certaine lecture de sa religion... Mehdi, intrument du régime iranien? Pas certain... que ce régime se méfie de ne pas engendrer ceux qui le révoqueront plus tard... et cette révocation ne se fera pas nécessairement pour quelque chose de pire...

03 novembre, 2006

Katie, Sainte Thérèse et moi


Ce matin là, lors du petit dejeuner je discutais avec René, un collegue de la fac de Dijon, lacanien libidineux fan de Fellini à ses heures perdues, et nous parlions l'oeuvre de Bernini à Santa Maria della Vittoria... Je lui diais que je voulais m'y rendre pour trouver la série de tableaux représentant la bataille de la Montagne blanche citée par Olivier Chaline. Inévitablement il évoquait l'ambiguité de l'extase de Sainte Thérèse qui fait la réputation de l'oeuvre...
Il devait être vers 8h30 du matin, Rome en plein été, et je sortais de l'hotel sur la Piazza della Porta Maggiore... Je chausse mon lecteur MP3, j'enclanche le Piece by Piece de Katie et j'attrape un bus pour Termini. De la gare encore quelques centaines de mètres à faire pour passer Républica et arriver à Sante Maria della Vittoria... Je ralentis le temps de laisser Katie finir son Spider's web et me voilà qui pénètre dans cet antre de la Contre-Réforme...
Dans la sacristie, le curieux découvre la raison pour laquelle l’édifice est consacré à la Vierge victorieuse. Quatre tableaux noircis retracent la bataille de la Montagne blanche de 1620, pendant laquelle les troupes impériales et catholiques ont triomphé des rebelles protestants du royaume de Bohême. L’événement inaugurait un carnage de 30 ans pour l’Europe. Pourtant, l’Eglise n’en retient que la première de ses batailles. Tous les visiteurs admirent l’œuvre baroque et une Contre-Réforme triomphante et édifiante. Peut-être qu’un jour, dans une quelconque mosquée d’Arabie ou du Pakistan, une mosaïque illustrera la glorieuse bataille de Manhattan du 11 septembre 2001, la bête infâme touchée en plein cœur, et l’islam figuré en vraie religion... Tout le monde serait choqué et dénoncerait la provocation mais continuerait de partir de Porta Major, passant Termini et la place de République pour aller délecter son imagination devant l’extase de Sainte-Thérèse ou la voûte exaltant les anges à écraser les démons de l’hérésie.
Mais l’œuvre de Bernini n’est pas non plus exempte de toute ambiguïté. Quelle est la limite entre la figuration d’une extase sacrée et d’un orgasme, entre la métaphore d’une sarisse en foi édifiante et celle d’un pénis ? Elle est identique à celle qui existe entre la sainteté et l’hérésie, entre le fau et le vrai, entre le désir et l’obsession.
" 'cos the line between wrong and right, is the width of a thread from a spiders's web..."