24 décembre, 2006

JOYEUX NOËL !!!



I heard there was a secret chord
that David played and it pleased the Lord
But you don't really care for music, do you?
Well it goes like this:
The fourth, the fifth, the minor fall and the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah

Well your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty and the moonlight overthrough ya
She tied you to her kitchen chair
She broke your throne and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah

Well, maybe I've been here before
I've seen this room and I've walked this floor
I used to live with Leonard before I knew ya
I've seen your flag on the marble arch
But love is not a victory march
It's a cold and it's a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah

There was a time when you let me know
What's really going on below
But now you never show that to me do ya
But remember when I moved in you
And the holy dove was moving too
And every breath you drew was Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah

And maybe there's a God above
But all I've ever learned from love
Was how to shoot somebody who outdrew ya
Well it's not a cry that you hear at night
It's not somebody who's seen the light
It's a cold and it's a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah, Hallelujah, Halle...
It's not what you're told
It's not her face
It's not his touch
In the room you both share
Where he's gone when he loved
When your time and your memory fills your dreams
When you're honest and together
Together no more
No more
Hallelujah, until you're nothing
Hallelujah, baby, until she's everywhere
Hallelujah, until together you are somewhere I'd lost
Hallelujah, Hallelujah.

22 décembre, 2006

L'homme chocolat: révolte!

SACRILEGE!!! en cette avant avant veille de Noël, Naïma m'interdit de manger du chocolat, sous prétexte que, je cite, "ça fait mal au foie". Saint Epicure priez pour nous pauvres gourmands et pardonnez-la, elle ne sait pas ce qu'elle dit... En éclats, en tablettes, en mousse, en sauce et en rochers, le chocolat, ce bon ami du plaisir, ne peut pas faire de mal. Comme dirait Josiane Balasko dans "Le libertin" (un film ou Vincent Perez se prend pour Diderot, ou Arielle Dombasle se fait culbuter par tout ce qui bouge et ou Audrey Tautou est nue dans un Hammam...): "Mais enfin, on ne peut pas tomber malade en mangeant seulement 8 litres de chocolat!".... un met aussi délicat... Bref, Nini, cette hérétique, pense le contraire. Que l'on me casse une jambe, que l'on me creve les yeux, que l'on me coupe la... - heu non faut pas déconner - si je ne peux plus manger mes pains au chocolat le matin sur le chemin de la Sorbonne... Et me dire ça à peine quelques heures après que Patrick Roger m'ait fait gouter sa dernière bouchée gauffrée et pralinée... bref, j'ai pris avis de mes plus proches conseillers en la matière à savoir moi même, ma grand-mère et Mathieu et définitivement non, le chocolat n'est pas mauvais pour la santé...


Comment cette chose si fine qui fond dans la bouche, ce petit parfum épicé dans son raffinement, cette robe délicate et marbrée pourrait-elle nous faire du mal tout en nous conférant tant de plaisir? Regarder cette fève, cette perfection fendue comme il faut et qui ne demande qu'à être caressée... Ce chocolat qui coule encore tiède et dans lequel on aime plonger son doigt, cest petites truffes à peine amères qui font défaillir nos papilles... Non, non, non et non, je refuse votre hérésie chère Naïma, le chocolat est bon pour la santé, et comme dirait Mathieu, en plus il est aphrodisiaque... Je veux du chocolat, je veux du chocolat, je veux du chocolat....

21 décembre, 2006

Cet age dit moyen...

Musicagenade: luxe, calme et volupté...


Ma rencontre avec l'Invitation au voyage s'est faite dansun cours de français, au college, a cet age ou l'on découvre ce qu'il faut découvrir des Fleurs du Mal, que l'on comprend ce qu'il est bon d'en comprendre et nous laisse pour plus tard les délices de leur relecture... On ne ni pas les Fleurs du mal de la même façon en première, puis en hypokhagne... Alors l'intention dérive sur d'autres choix, d'autres volupté plus explicité, d'autres trangressions parfois sataniques... mais finalement on reviens encore sur l'invitation au voyage et sur bien d'autres choses...

20 décembre, 2006

Les géographettes, l'histoire et moi: le citoyen est-il plus libre que le sujet?

Mardi dernier, le nouvau Starbuck de Saint Michel fut animé par une conversation entre Caroline, Julie, Mathieu et moi sur la validité scientifique de l'histoire que Julie, en bonne géographe refusait de nous accorder... Bref, mon animosité intellectuelle envers les géographes ayant été bien stimulé, il a suffit de souffler sur quelques braises pour que les flames sortent du foyer... Je corrigeais tout à l'heure dans le RER la copie d'histoire, d'une de mes étudiantes, géographe aussi, sur le sujet tout à fait traitable et tout à fait à la portée d'un élève de premiere année de fac sur "Les absolutismes en Europe, XVI-XVIIIe s.". Bref mon corrigé fait 14 pages de word... c'est vous dire que c'était simple pour elle...
Bref, la demoiselle conclu sur le fait que nous sommes bien heureux aujourd'hui de pouvoir exprimer notre opinion par le droit de vote même s'il y a encore de méchants tyrans sur terre... Bref, mon sang n'a fait qu'un tour...
Le vote n'est pas nécessaire à la contestation... l'équilibre des rapports de pouvoir est sans cesse réajusté par les partis et la violence politique est une forme de régulation aussi valide que le vote... Bref, comme l'écrit La Boetie, il n'y a pas de servitude involontaire... Par ailleurs, force est de constater qu'il n'y a rien de plus contraire aux Lumières que la notion d'opinion... Les Lumières défendent la recherche de la Vérité et la Vérité des Lumières est incontestable. Toutes les formes de mise en cause de cette Vérité sont donc relatives à l'ignorance, c'est-a-dire aux préjugés, donc de l'opinion... Le citoyen est-il plus libre que le sujet? Cette question ne regarde par l'historien qui ne peut comparer que ce qui est comparable et surtout n'émet pas de jugements de valeur...
Ah, ces géographettes...

musicagenade: Mathieu saura apprécier



I lost myself on a cool damp night
I Gave myself in that misty light
Was hypnotized by a strange delight
Under a lilac tree
I made wine from the lilac tree
Put my heart in its recipe
It makes me see what I want to see
and be what I want to be
?When? (But) I think more than I want to think
Do things I never should do
I drink much more than I ought to drink
Because (it) brings me back ?you? (in)...

Lilac wine is sweet and heady, like my love
Lilac wine, I feel unsteady, like my love
Listen to me... I cannot see clearly
Isn't that she coming to me nearly here?
Lilac wine is sweet and heady where's my love?
Lilac wine, I feel unsteady, where's my love?
Listen to me, why is everything so hazy?
Isn't that she, or am I just going crazy, dear?
Lilac Wine, I feel unready for my love,
feel unready for my love.

17 décembre, 2006

Venise, l'Orient et moi...


A l'image de la princesse Europe enlevée par Zeus en Syrie puis déposée sur les côtes grecques, Venise trouve son origine et sa légitimité en Orient où furent dérobés les reliques de Saint Marc avant d'êtré déposées au coeur de la lagune dans la Basilique construite à cet effet (cf. photo, fresque, détail). Venise nait donc d'un rapt, d'une transgression, mais cette transgression est aussi un rite de passage et d'initiation. Toutefois, au temps de sa franchise, Venise n'a pas consummé la rupture avec son orient d'origine avec lequel elle continue d'entrenir à l'époque moderne des relations à la fois tendues et complices...
L'expo consacrée en ce moment à l'Institut du monde arabe à Venise est l'Orient remet au gout du jour une réalité des échanges connu depuyis longtemps mais éclairé par un regard necessairement différent. On connait déja les phénomènes de transferts culturelle, de diffusion des idées, des choses et des hommes d'Orient en Europe et d'Europe en Orient par la porte vénitienne, mais il reste encore à creuser certains phénomènes évoquer dans l'expo mais qui mérite un commantaire.
Dans la partie de l'expo consacrée à "Venise et les Mamelouks" nous avons l'exemple de verreriees commandés par Venise à des verriers du Caire, or le commanditaire fournit le modèle du verre à travailler et ses motifs... Le verre réalisé sera donc un verre d'Orient mais confectionné non pas depuis une tradition orientale mais d'apres ce que les Venitiens estimes êtres un motif propre à l'Orient. De leur côté, les verriers cairiotes se plient à la demande des Vénitiens et donnent de l'Orient l'image attendue par les Européens... En effet, les Orientaux ne sont pas ici passifs à l'encontre de leur image, ils joue des préjugés de l'autre, les renforcent et se les approprie pour justement pouvoir discuter avec cet autre selon ces bases communes. Le rôle des Orientaux dans l'élaboration de l'orientalisme européen demande donc encore à être questionné...

Antiségogenade: cheveux longs, idées courtes

Les pendules remises à l'heure: à propos du livre d'Olivier Pétré-Grenouilleau

Au détour d'un rayon de librairie, j'ai vu hier la réédition en format de poche du livre d'Olivier Pétré-Grenouilleau portant sur Les traites négrières. L'auteur montre avec beaucoup de rigueur la coexistence de trois traites négrières simultanées et parfois interconnectées. La première est orientale, héritière de la traite antique, et propre aux empires et principeautés du Proche Orient et s'exerce à l'encontre des populations de de la Corne africaine, puis plus généralement de toute l'Afrique orientale. La seconde nous est plus familière, il s'agit de la traite occidentale reposant sur le système bien connu du commerce triangulère. La dernière est moins politiquement correcte à évoquer et pourtant elle est fondamentale, faisant le lien entre les deux autres et surtout rendant en grande partie possible la traite à l'échelle du monde. Il s'agit de la mise en esclavage de tribus africaines par d'autres tribus africaines. Les populations tombées en servilité sont ensuite vendues aux marchands orienteaux et européens.
L'auteur est aujourd'hui poursuivi en justice pour avoir montré cela, j'y reviendrai sans doute plus tard à l'occasion de son procès. Pour le moment, je reprend ici l'essentiel d'un billet publié dans un blog précédant, suite à la réception de l'auteur dans l'un de nos séminaires d'études:



"Hier, à l'occasion des Jeudis du Centre de Recherche d'Histoire Moderne de l'Université Paris I, Bernard Gainot a proposé une lecture du dernier livre d'Olivier Petré-Grenouilleau, Les Traites négrières, en présence de l'auteur. Refusant la culpabilisation intergénérationnelle, l'auteur aborde la question de la Traite en historien, avec le détachement qui s'impose à l'éxigence de sa rigueur, au risque d'en courrir les critiques peut avisées de ceux plus prompts à juger les choses depuis l'esthétique de leurs préjugés.
L'auteur insiste sur la diversité des traites et leur conjonction historique qui permet de penser l'essor du commerce triangulaire initié par les Portugais. Il ne faut pourtant pas oublier que la traite ne fut pas uniquement occidentale, mais aussi orientale et interne à l'Afique. Or si les sources nous permettent de bien cerner la première, celle de l'Orient manque encore de documentation mais les champs de recherche apparaissent comme prometteur. Plus complexe est la traite des Africains par les africains, et pourtant elle semble avoir été d'égale importance que les deux premières. Mais ici l'historien est dépendant de ses sources, lesquelles rendent aujourd'hui impossible une évéluation précise. Malgré tout, il ne faut pas négliger son importance dans la mesure où elle rend en grande partie possible la traite transatlantique.
Les discours sur les traites négrières sont rarement dénués de passion et il faut saluer l'auteur en ce sens pour sa sobriété rigoureuse. Appartient-il à l'historien de poser la question de la responsabilité? Beaucoup le voudraient mais ce n'est pourtant pas là l'objet de la science historique. Du reste, il ne faut pas confondre histoire et mémoire.
Enfin, la question de la longévité de la traite n'est auourd'hui résolue que par des intuitions qui méritent d'être creusées. Ici un dialogue avec l'anthropologie s'impose. Le système concentrationnaire de l'esclavage est très finement structuré, instaurant un rapport de force entre les esclaves. Les esclaves domestiques (dits "nègres de maison") semblent pouvoir apparaitre comme des médiateurs entre le maître et le reste des esclaves. Celà doit nous amener à nous poser le problème de la contrainte et du consentement au sein du groupe servil. S'il y a évidemment énormément de contrainte dans le consetement, il nous appartient, par souci de vérité, de déterminer la part de consement dans la contrainte, au risque de froisser les esprits bien pensants. Une relecture de La Boetie y trouverait toute sa pertinance."

12 décembre, 2006

Un peu de pédagogie...

Une réunion pas comme les autres...

Une conférence un peu spéciale s'est tenue aujourd'hui à Téhéran sous l'égide du président iranien et qui rassemblait à coté des fantatiques musulmans des membres du KKK et des fondamentalistes juifs refusant l'existence de l'Etat d'Israël. La conférence portait de fait sur la remise en cause de l'existence de "l'holocauste des juifs" pendant la Seconde Guerre mondiale.
J'ai déjà exprimé ici ma position sur l'engagement de l'Etat en matière de sciences, et je refuse tout autant que le président iranien ou l'Assemblée nationale s'en mêlent. C'est une question de principe, d'indépendance scientifique, mais vous savez déja tout ça. Si une réponse doit être donnée sur une question scientifique, c'est aux scientifiques de la donner, voici donc quelques point établis par les historiens:

- tout d'abord le terme d'holocauste venu de l'historiographie anglosaxonne est impropre. Un holocauste est une cérémonie sacrificielle grecque et à moins de trouver une dimension eschatologique de signification identique à la Shoah, le rapport me paraît difficile à établir.

- la Shoah est un génocide, c'est à dire le résultat d'une volonté d'exterminer les individus appartenant à un groupe dit "éthnique" homogène

- la Shoah a eu lieu, nous avons les actes témoignant de son organisation administrative et la réalité des massacres est attestée dans les différents centres d'extermination, mais aussi sur le front par les témoignagnes des membres même des Einsatzgruppen. Je ne peux renvoyer ici qu'aux membres de l'Institut d'histoire du temps présent et à leur colloque sur "cultures et guerres" qui a fait la joie des agrégatifs il y a peu...

- oui la Shoah comme tout événement historique peut être discutée, mis en cause, réévaluée, mais celà doit être fait à partir de sources, et ici aucune sources nouvelles ne nous permet de le faire, rien ne nous permet de critiquer les sources que nous utilisons pour affirmer qu'elles ne sont pas valides.

Voilà quelques points qu'il était pour moi important de préciser. Seule la rigueur scientifique de l'historien peut permettre ce genre de mises en cause, et pour le cas de la Shoah, cette rigeur atteste de l'événement et de son ampleur. Je tiens aussi à ajouter qu'il n'appartient pas à un scientifique d'émettre un jugement moral sur tel ou tel événement ou phénomène, et qu'il faut savoir que lorsqu'un Etat affirme légiférer en matière d'histoire ou s'investir dans l'histoire, il ne fait pas de l'histoire mais il construit une mémoire, ce qui est bien différent.

petite invitation bibliographique




Annette Wieviorka,
− Auschwitz expliqué à ma fille, Paris, Seuil 1999
− Déportation et génocide, Paris, Hachette, 2003
− Le procès de Nuremberg, Paris, Liana Levi, 2006

11 décembre, 2006

Katie et moi: Half-way up the Hindu Kush

Feeling 25, acting 17...




Alors voilà, ça commence comme ça un concert de Katie Mélua: une petite brune qui n'en revient pas d'être là entre sur scène pour rejoindre au plus vite la tête baissée son tabouret, elle attrape sa guitare dans le mouvement, s'assoie, pince ses premières cordes et lève enfin là tête presque génée, pardon ce n'est que moi..., "bonsoir mes amis Français" et c'est parti...
Ouverture sur Faraway voice. Première partie acoustique pour se mettre à l'aise, peremières cofidences aussi, elle n'en revient pas de ce qui lui arrive depuis quatre ans, bref cette fille hallucine et avance sur son nuage... Un peu d'air pur et frai ça ne peut faire que du bien... Elle accompagne d'un arpège une boite à musique posée à coté d'elle. La miss prend confiance, la partie solo se termine et elle se lache.


Considérations féminines: "comment peut-elle danser avec des bottes à talons aiguilles...", passons, la miss est une petite bombe, elle explose et rebondit partout, le rythme jazz blues de Call of the search et de Piece by piece laisse résolument place à une atmosphère pop-rock... Ca y est on ne peut plus l'arreter, elle saute de la guitare accoustique au piano et du piano à la guitare électrique. Feeling 23, acting 17... On the road again, elle trippe sur scéne, elle s'éclate et cette fois ci c'est nous qui hallucinons. Spider's web, on se laisse avoir comme des débutants... It's only pain, la salle est absoute...


Le concert est certes un peu court comme toutes les bonnes choses, on en demanderait encore, mais après tout ce concert unique en France de sa tournée reste une petite chose précieuse, une petite bouffée d'air pour la salle qui l'attendait. Espérons qu'elle ne descende pas de son nuage et qu'elle continue à halluciner de son succès.

Petite perle: Katie Mélua et Queen, Too much love will kill you

10 décembre, 2006

Mitmenschlichkeit



Il y a presque un an jour pour jour Katie Melau était donc reçue chez Naguy à Taratata, j'avais bien entendu Nine million bicycles et Spider's web qulques soirs sur Europe 1, mais cette fois-ci je pouvais mettre un visage sur une artiste que je confondais souvent avec Nora Jones.... Honte à moi... Et puis voilà, il parait qui faut des mythes fondateurs pour éclairer nos actes et nos gouts... On me demande souvent pourquoi j'aime tant Katie Mélua et j'avoue que je ne sais pas trop quoi répondre... Je crois qu'elle me dit ce que j'ai envie d'entendre, elle le dit bien et joliement, elle parle de tristesse en consolant celui qui l'écoute, bref une vraie petite thérapie et quand bien même on en aurait pas besoin c'est aussi, encore et déja un plaisir. J'ai flirté pendant 7 ou 8 mois avec sa musique, jusqu'à ce qu'un voyage en Italie me laisse le temps de me reposer dessus... Et puis voilà, comme je l'ai déja raconté je crois, le plaisir de partir d'un hotel romain le matin en sa compagnie et de se ballader dans la ville est resté comme ces moments où l'on bascule du flirt à autre chose... Il y a bien entendu une femme derrière tout ça, qui m'a accompagné à Venise, qui participait à nos soirées toscanes autour d'une table à la terasse d'une tratoria parfois jusqu'à tres tard la nuit et qui à Rome était encore là... Mais ce qui est plus rare avec Katie Melua, c'est qu'une fois que cette histoire soit passée, sa musique est restée, au-delà de la nostalgie, mais comme une compagne un "Mitmenschlichkeit", enfin vous voyez ce que je veux dire, non?

Sarko, Sego, François, Ma grand mère et moi...


Alors voilà, je me suis fait engueulé parce que ce midi j'ai dit que je ne voterai pas pour "l'autre" (dixit Sego), oui quand je n'aime pas les gens ils perdent le droit que je site leur nom... Bref mais la grande question est, pour qui vais je voter? Pour Sarko? comme dirait ma grand-mère, en fine politicienne, Sarko c'est comme Napoléon et Hitler, il compense en pouvoir politique la frustration de s taille. Bon je vous previens je n'admettrait aucune critique à l'encore de la précieuse analyse grandmaternelle lol.
Peu importe... pour qui voter alors... ben y'a bien... non ma grand mère m'a dit qu'il fallait ê^t^re sérieux... mais y'a quand même... bon ok mais quand même... Bon allé je lache le mot il y a François Bayrou, et interdiction absolue de rire!!! Bon ok entre Frabçois et moi il y a une gros problème qui se situe aux alentours du Bosphore... mais si on en parle pas ça devrait le faire... non?... bon bref en tout cas je ne suis pas le seul à prendre ce chemin là si j'ai bien compris... Et si la démocratie participative envoyait Ségo et le PS droit dans le mur?

05 décembre, 2006

Société, sexualité et conflits au Village: Sileby dans les années 1630

Bon à la demande générale je met en ligne un cours de L3 que j'ai donné à Cergy le 27 octobre dernier...

Suite à des allégations de scandales sexuels, la paroisse de Sileby dans le Leicestershire connaît dans les années 1630 une dispute particulièrement violente entre deux familles de notables. Les soixante dépositions dont nous disposons donnent la parole à des hommes de 20 à 78 ans de catégories sociales différentes allant du gentleman au journalier. La société se met en scène et dévoile sa cohésion autant que ses ruptures, sa hiérarchie et ses solidarités. Cette étude s’inscrit dans une démarche historiographique ancienne, aujourd’hui renouvelée par la micro-histoire. Les sources judiciaires ici en question nous donnent accès à d’autre discours sur la société rurale que celle des élites. Les travaux de l’Ecole des Annales dans la suite de Robert Mandrou avaient initié ce type d’approche. Bartolomé Bennassar pour l’Espagne et Robert Muchembled pour la France l’ont poursuivi, affiné et nuancé. Le cas de Sileby questionne non seulement notre compréhension de la société rurale anglaise mais aussi l’histoire rurale du XVIIe siècle dans son ensemble.
Le biais des sources judiciaires est de mettre en valeur les conflits au détriment des moments de concorde et d’union. Si comme l’énoncent Muchembled et Kamen, le XVIIe siècle est « un siècle de fer » pour le monde rural, la conflictualité de Sileby est-elle tant le reflet d’une dissolution des liens sociaux de la société paysanne que celui d’une remarquable vitalité ?
L’étude du cadre social de Sileby nous conduit à nous arrêter sur les acteurs du conflit, lesquels nous permettent enfin d’envisager une interprétation sociale de la sexualité villageoise au XVIIe siècle.





I - Le cadre social désolé d’une dispute


A/ Une agriculture mixte

Sileby est traversée par la Soar entre Leicester et Loughborough. La ville est située au milieu d’un paysage d’open-field. L’économie est centrée sur l’élevage et l’engraissement des bêtes et est reliée aux marchés de Leicester, Nottingham et Londres. A ce commerce s’ajoute une économie frumentaire de culture des terres arables. Par ailleurs, l’élevage suscite le développement d’une tannerie et d’un petit artisanat.


B/ Une communauté livrée à elle-même

Le village n’accueille aucun représentant de l’Etat ou ministre du culte. Ralph Dumelow est curateur depuis 1619. Il est pauvre et son éducation demeure limitée. L’entretien de l’Eglise est malaisé. Le grand vitrail est brisé depuis 1609 et n’a pas été réparé depuis. Les paroissiens ne bénéficient pas d’un encadrement religieux strict ce qui implique une certaine déviation de leur comportement à l’égard de la doctrine de l’Eglise : grossesses prénuptiales, adultères, sabbats… John Pownoe vit incestueusement avec sa sœur.
Les seigneurs du Manoir, les Shirley of Staunton Harold ne résident pas dans le village. Ils ont vendu la plus grande partie de leurs terres à Sileby depuis la fin des années 1610. Les Babington of Nerby Rothley sont les plus puissants. Le pouvoir local est totalement accaparé par des freeholders (tenanciers libres). A la fin des années 1630, une dispute éclate entre les « meilleures familles » (better sort) de la ville, les Reading et les Church. Thomas Reading est yeoman et sert comme churchwarden (gardien de l’église) en 1637-8 avant d’être remplacé par Thomas Church. Thomas Reading porte des allégations d’immoralité sexuelle contre Bridget, l’épouse de Thomas Church, âgée de 23 ans. Les accusations sont classiques : multiples adultères avec des hommes d’Eglise ou de la gentry, inceste, légèreté…


C/ Une société de la réputation et de la rumeur

Si ces accusations peuvent difficilement être prises au sérieux, elles n’en sont pas moins le reflet des valeurs de la société qui les produit. Elles prennent toutefois dans le cadre d’une paroisse rurale un sens particulier, celui de leur élaboration dans une société ou tout le monde se connaît et de la réintégration de la personne diffamée une fois l’affaire jugée. Le préjudice et sa réparation constituent un enjeu social. De même, l’accusation et le mensonge sont alors des stratégies visant à désocialiser la personne, sur laquelle ils sont portés. Par ailleurs, parmi les témoins, seuls John et Isabel Salter disent avoir vu ce qu’ils prétendent, les autres ne font état que de la réputation de Bridget.
John, le laboureur, et Isabel, son épouse, sont en effet les témoins clé. S’étant rendu chez ses employeurs à Lent en 1637, il dit avoir vu, par une ouverture dans le mur de la chambre, Bridget faisant l’amour avec le jeune Amos Crosley. Isabel l’ayant suivi, dit avoir également constaté la chose quelques minutes après. Isabel affirme encore avoir surpris Bridget peu après avec John Norton, un gentleman. L’accusation d’inceste est plus ambiguë, elle reposerait sur la confession qu’en aurait faite Thomas Church à plusieurs personnes et sur de prétendus aveux de Bridget. Enfin, la dernière accusation d’adultère naît d’un homme qui s’en serait venté dans une taverne de Leton Fair.
Plusieurs questions se posent à la suite de ces témoignages. Les Salter font leur déposition en 1639, deux ans après les faits. Pourquoi ont-ils attendu ? Pourquoi Thomas Reading n’a-t-il pas profiter de sa position de churchwarden pour porter ces accusations à l’époque ? Il s’avère que les tensions entre T. Reading et T. Church s’expriment essentiellement à partir de 1638. La diffamation sexuelle ne serait que le point culminant de la dispute. L’accusation est par ailleurs très facile et courante. Il n’en est pas moins que la position de T. Church le fragilise et il finit par être condamné et excommunié à Leicester en 1640.



II - Les acteurs de la société villageoise de Sileby


A/ Le better sort d’une paroisse du Leicestershire : une puissance sociale précaire

Les Reading et les Church affichent avec fierté leur appartenance au « better sort », mais leur position n’est pas totalement assurée. « Grocer » (épicier), T. Church est une figure atypique du monde rural. Il s’inscrit difficilement dans la hiérarchie usuelle. Par ailleurs, Bridget a reçu une éducation modeste. Elle insiste sur le fait qu’elle vit d’une de « manière civile et simple » avec son mari, mais en amitié avec le « better sort » de la paroisse. Elle est mère de deux enfants encore en vie en 1640. Cependant, le mariage aurait été réalisé contre l’avis de la famille Church. En, effet, il fut clandestin en 1633. Bridget n’avait que 17 ans et était déjà enceinte. La position de Bridget, qui ne fut jamais acceptée par les Church, et donc éminemment vulnérable. A cette stature sociale indécise s’ajoute l’héritage d’un père catholique excommunié en 1617 puis une nouvelle fois en 1637… par T. Reading… Sa maladie lui vaut d’être « réintégré » par l’Eglise d’Angleterre en 1639. Si Reading n’invoque jamais les arguments religieux, le catholicisme du père de Bridget donne à l’affaire une certaine profondeur. Toutefois, la position sociale de Thomas Reading n’est pas non plus inébranlable. Ce newcomer ne possède son élevage que depuis son mariage en 1633. Il a auparavant travaillé dans une ferme et semble d’extraction très modeste.

Il n’en est pas moins que les Church et les Reading appartiennent au « better sort » de Sileby. Les dépositions les envisagent comme insérés dans un réseau de voisinage complexe au sein de la paroisse. Cependant le better sort de Sileby n’est pas uni et harmonieux. Il est déjà divisé bien avant cette affaire témoignant d’anciens griefs entre les Reading et les Norton, ces derniers étant proches des Church. L’opposition entre les deux groupes est largement fonction de rivalités économique et politique mais aussi des affinités spontanées ou construites en réaction à une série de jugements de valeurs portés sur des comportements sociaux.


B/ Le poorer sort : alliances et dynamiques sociales particulières

Si la dispute est au sein du better sort, elle ne touche pas moins l’ensemble du corps social de Sileby. John et Isabel Salter sont peut-être les représentants les plus présents des groupes sociaux subordonnés. Avant leur mariage en 1637, John travaillant comme garçon de ferme et Isabel comme femme de chambre. Elle démissionne au moment des premiers soupçons sur sa grossesse. Le mariage qui s’en suit est jugé « malhonnête » et leur vaut d’être mis au ban de la société villageoise. Ils vivent dans l’indigence et ne bénéficient d’un toit que par la bonne volonté de la maîtresse de maison qui avait embauché Isabel. Cependant, dépourvu de richesse, ils dorment sur le parquet de leur chambre. Ils travaillent en tant que journaliers, quand ils le peuvent, pour pouvoir survivre. Ils sont régulièrement accusés de rapines nocturnes.
Isabel est bien plus âgée que John et a été accusée en 1633 d’être la maîtresse de John Gaste. A la mort de ses jumeaux en 1638, la même nuit, elle est soupçonnée d’infanticide. D’autres la disent atteinte du pox (syphilis). En 1638, Norton les accuse de plusieurs délits et fait fouiller leur foyer. Elle est condamnée à Leicester à avoir la main brûlée. Plaidant une nouvelle grossesse, la sanction est levée. Les Salter sont les témoins clé, mais leur déposition est loin d’être crédible.
D’autres figures de Sileby nous permettent de compléter le tableau du groupe social auquel appartiennent les Salter. Marjorie Addams, 58 ans, aurait donné naissance à un enfant illégitime et se serait mariée le même jour 20 ans plutôt. Elizabeth Gardiner, 40 ans, proche des Salter, vit de la cuisine qu’elle prépare pour ses voisins et peut-être aussi de quelques rapines et de prostitution… Barbara Stafford, 50 ans, glane pendant l’été et dérobe du blé. Catherine Pownoe, 31 ans, est une vagabonde qui donne naissance à un enfant illégitime 10 ans plutôt. Elle finit par loger dans l’étable de William Oswin, sa marginalité symbolise la condition sociale de la communauté. Son frère aîné, John, se marie clandestinement en 1619 avec la nièce de sa dernière épouse, Joyce, avant de la tromper avec sa sœur, Millicent, et d’avoir avec cette dernière plusieurs enfants. Millicent avoue les faits et finit par être ordonnée par l’Eglise en 1630… Or la liaison entre John et Millicent se poursuit après l’ordination.
Les dépositions révèlent, bien entendu, des moments d’unité sociale au sein de la communauté (fêtes, cérémonies religieuses, travaux agricoles…), mais aussi d’autres de plus sévères de désunion. La légalité semble régulièrement mise en cause et la communauté, dans son entier, prend ses distances à l’égard de l’ordre juridique et religieux. Ce jeu facilite les accusations opportunes à l’encontre d’un ennemi. Bridget finit par être lavée des soupçons pesant sur elle, le juge disqualifiant le témoignage des Salter.


C/ Manque d’autorité, divisions et réputation : une société tourmentée

L’absence de condamnation prononcée par la cour ecclésiastique peut passer pour un manque d’autorité de sa part, mais l’un de ses buts premiers est de restaurer l’harmonie dans la paroisse de Sileby. Il n’en est pas moins que le processus usuel de négociation y échoue. Les Reading et les Church sont des individus d’un certain statut social, trop puissant pour se résoudre à un compromis, mais ce statut reste pour eux trop précaire pour ignorer les insultes. Par ailleurs, le cadre de cette petite paroisse rend tous les intermédiaires désignés suspects de trop grande proximité à l’égard d’une ou l’autre des familles aux yeux de son adversaire. Seul un homme plus puissant qu’elles peut s’imposer. Au printemps 1639, Londres envoie à Sileby un vicaire, Anthony Berridge, diplômé de Cambridge et fort de ses relations au sein de la Gentry. Berridge est depuis des décennies l’homme le plus important de la paroisse, laquelle ne connaît qu’un curateur. Son autorité dépasse les familles du better sort local.
La dispute n’est pas alors tant le résultat d’une puissance trop forte des familles que du manque d’autorité de l’Eglise et de l’Etat sur la paroisse. L’exemple de Sileby nous montre que les divisions sociales de l’Angleterre moderne peuvent être tout autant verticales qu’horizontales. Elles opposent certes deux familles du better sort, mais aussi l’une d’elles aux Salter, vivant en marge de la communauté. Plus encore, les divisions du better sort de Sileby scindent la communauté en deux et la ligne de partage traverse aussi le poorer sort. La fidélité des Salter au Reading doit encore être comprise comme une stratégie sociale qui vise à les réintégrer au sein de la communauté et de laquelle doit découler des avantages matériels réels, telle l’obtention d’un terrain pour construire une maison… Cependant, les Salter ne sont pas les simples instruments des Reading, Isabel est aussi animée d’un désir personnel de vengeance à l’égard de Bridget.
La question de la réputation est alors posée. Certains paroissiens de Sileby l’envisagent comme l’opinion de la majorité d’entre eux à l’égard d’une personne ou d’une famille. Mais cette réputation est avant tout un crédit moral résultant d’un statut social et économique. Le concept de « common fame » n’en est pas moins ambiguë par la diversité des définitions que les paroissiens de Sileby lui accordent. La proximité de Bridget à l’égard des tant d’hommes mariés doit aussi être soulevée. Dans une société obsédée par la chasteté féminine cette proximité pose problème. Or, beaucoup de femme témoignant insistent si le fait qu’il n’y a rien d’immoral de danser ou d’embrasser ses amis. Le baiser est alors un acte social ambigu qui peut signifier une marque d’affection anodine ou bien, plus encore, l’euphémisme du désir sexuel.



III - Essai d’interprétation : la sexualité au village comme enjeu social


A/ La famille : une sexualité admise et nécessaire

La famille est en elle-même le produit de la sexualité. Celle-ci est au cœur du mariage qui la régule et assure la descendance, la transmission de la propriété et la continuation des solidarités familiales. En effet, la famille est le premier cadre de la sociabilité au village. C’est celui d’un refuge dans lequel l’individu trouve sa place et par lequel il se définit. Les jeunes filles et les veuves ne sont pas libres de leurs vœux contrairement à la fiction qu’alimente l’Eglise. Elles participent aux stratégies d’alliances familiales. Les autorités garantissent ses solidarités en interdisant les rapts et mariage clandestins.
Aussi le mariage de Thomas Church et de Bridget est au cœur même de la précarité sociale du couple. En épousant une fille de catholique, Thomas rompt avec sa famille, mais il rompt aussi avec son milieu social dans la mesure où Bridget apparaît comme une déclassée. En elle-même, alors, Bridget incarne le trouble à l’ordre social, et sa sexualité ne peut en être que le reflet aux yeux de ses contemporains. Nous ignorons la réaction de Thomas quant à l’infidélité supposée de son épouse, mais il n’en est pas moins que l’adultère fragilise socialement le couple.

En effet, l’adultère suppose une transgression, celle d’une fidélité non seulement à l’égard d’un homme mais aussi de toute une famille, voire d’une parentèle. Or plusieurs nuances doivent être apportées à cela. Tout d’abord, l’adultère de Bridget se commet au sein de cette parentèle avec des personnes avec lesquelles elle « vit en amitié ». Si cela peut faire imploser la parentèle, on peut aussi envisager que cela rende l’adultère, si ce n’est acceptable, du moins pardonnable, dans la mesure où il n’indique pas une infidélité à son égard. Par ailleurs, le mariage entre Thomas et Bridget étant en lui-même une forme de transgression sociale, les conséquences de l’adultères apparaissent moindres pour le couple.


B/ La sexualité : une relation sociale à part entière

La sexualité au village peut être envisagée comme une relation sociale comme une autre, en ce sens qu’elle répond à des normes et des valeurs particulières. Elle est à la fois le témoin, l’enjeu et l’essence de la sociabilité. On peut alors esquisser une typologie des relations sociales au village au XVIIe siècle par le biais de la sexualité. Cette sexualité dit d’abord un rapport de domination. Cette domination sociale est évidente dans les relations entre Bridget et le jeune Amos Crosley. Elle révèle encore une chose évidente, l’utilisation des jeunes hommes par les femmes plus mûres, ou si ce n’est simplement mariée, dans l’assouvissement d’un désir. Amos appartient au même clan que Bridget, par ailleurs, sa vocation ecclésiastique rend cet adultère sans risque pour la parentèle.
D’autre part, la sexualité dit aussi une certaine identité sociale. S’il existe un rapport de force favorable entre Bridget et Amos, Amos n’en est pas moins une personne au statut social respectable. Il sait lire et écrire et sa vocation ecclésiastique le place symboliquement parmi les notables, ou les futurs notables de la société. Tous les amants que l’on prête à Bridget sont par ailleurs des gentlemen où du moins des hommes du « better sort » avec toutes les nuances que l’expression sous-entend à Sileby. La sexualité c’est aussi la reconnaissance de son partenaire comme son égal, il y a une certaine dignité à être la maîtresse d’un gentleman et une indignité à être celle d’un journalier. En ce sens, l’agressivité du couple Salter est en quelque sorte une jalousie sociale dont la sexualité est un des biais.
Enfin, il faut encore relever une sexualité relevant du défoulement. Ce défoulement possède ses acteurs. La figure de la prostituée, si elle est mise en marge de la société, n’a pas moins un rôle social évident. Dans un siècle où la pression démographique s’accroît sans que la terre se multiplie, la prostituée permet aux cadets et aux hommes mariés une sexualité socialement sans risque, les uns n’ayant pas à épouser leur maîtresse et les autres n’ayant pas à reconnaître leurs bâtards et donc à éparpiller leur héritage. C’est en partie parce qu’elles sont socialement marginales, que les prostituées sont socialement importantes. D’une certaine manière, Amos est aussi en marge de la société temporelle et assure à Bridget une sexualité sans risque comme nous l’avons précédemment suggéré.


C/ Les pratiques sexuelles comme pratiques sociales


Robert Muchembled a récemment démontré que le plaisir n’est jamais uniquement charnel. Le plaisir, comme toute émotion, est soumis à l’environnement social et culturel dans lequel il s’inscrit. Aussi, on aurait tort d’envisager sa recherche avant tout masculine, du moins au sein du village. Les études réalisées sur le Somerset, et dont rend compte Robert Muchembled pour le XVIIe siècle, sont des plus révélatrices et montrent le souci de beaucoup de femmes de susciter et de disposer de leur corps. L’utilisation de partenaires marginaux est l’un des biais possible, tout comme le développement de la masturbation qui est autant un phénomène masculin de féminin au XVIIe siècle et émerge avec l’individualisme de 1600 : « My name is Will » écrit Shakespeare. Certaines femmes du Somerset, telle Mary Combe, femme d’un aubergiste, avouent même sans honte dans leur déposition que le premier venu est parfois le bienvenu…
Cette recherche du plaisir obéit néanmoins à des contraintes. La première est, bien entendu, de ne pas mettre en cause son groupe social par des naissances adultérines ou prénuptiales. C’est la grossesse de Bridget qui accélère son mariage et d’une certaine manière engage Thomas à une union socialement réprouvée par sa famille. Les grossesses trop nombreuses sont parfois aussi redoutées que les grossesses illégitimes. La crainte d’avoir trop de bouches à nourrir modifie la sexualité en développant des pratiques alternatives : onanisme réciproque, pratiques orales, sodomie, coït interrompu... Ces pratiques ne sont pas uniquement réservées aux amants, mais s’opèrent au sein même du couple en tant que régulateurs de naissances.
Enfin reste à questionner la réalité de ses pratiques au regard d’un climat moral qui lui aussi se durcit au XVIIe siècle. Les traités de mariage montre que le XVIIe siècle voit le développement de l’idée de Grâce associée à la sexualité du couple, ce qui déculpabilise celle-ci pour mieux la circonscrire. Or, si l’on suit les études faites sur le Somerset, et au regard des diverses transgressions sociales et pénales auxquelles se livre la quasi-totalité de la paroisse de Sileby, il s’avère que le comportement que l’on reproche à Bridget est y passablement répandu. Plus que de mettre en cause les accusations qu’on lui porte, les accepter nous permet alors de réinterpréter l’affaire et une conclusion de Bernard Capp. La relaxe de Bridget serait le signe d’une permissivité à l’égard d’un comportement répandu, lequel, de fait, disqualifie comme hypocrite les accusations morales des Reading. Cela permet aussi de penser la réintégration de Bridget au sein d’une société villageoise qui est loin de la percevoir comme marginale.



Aussi, Sileby est un cadre socialement sinistré, duquel les élites ecclésiastiques, politiques et sociales traditionnelles sont absentes. Le better sort s’avère alors extrêmement précaire, mais réussi néanmoins à tisser des liens sociaux avec un poor sort, que l’on aurait tort de n’envisager que comme passif. Au sein de ce conflit émerge le problème de la sexualité comme question sociale, laquelle doit se comprendre comme un objet de société à part entière.



BIBLIOGRAPHIE :

CAPP Bernard,
− « Life, Love and Litigation : Sileby in the 1630s », Past and Present, a journal of historical studies, Oxford , 182, 2004
FLANDRIN Jean-Louis,
− Le Sexe et l’Occident : évolution des attitudes et des comportements, Paris, 1981
FLETCHER Anthony,
− Gender, Sex and Subordination in England, 1500-1800, New Haven, 1995
FOUCAULT Michel,
− Histoire de la sexualité, 3 tomes, Paris, 1975-1984
MUCHEMBLED Robert,
− « Famille, sociabilité et relations sociales au village (XVe-XVIIIe siècle) », Robert MUCHEMBLED, Gérard SIVERY, Nos ancètres, les paysans. Aspects du monde rural dans le Nord-Pas-de-Calais des origines à nos jours, Lille, 1983
− La Violence au village (XVe-XVIIe siècle). Comportements populaires et mentalités en Artois, Paris, 1989
− Société, cultures et mentalités dans la France moderne, XVe-XVIIIe siècle, Paris, 1991
− Passions de femmes au temps de la reine Margot, 1553-1615, Paris, 2003
− L’orgasme et l’occident. Une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours, Paris, 2005

Les resto, la conscience et moi....


Voilà, c'est fait, les restos entrent dans une nouvelle campagne, toutefois, ces dernières années une question traverse les bénévolent et les artistes... Est-ce à l'initiative privée de prendre en charge des domaines ou l'Etat est défaillant? Et ces restos n'entérinent-ils pas de fait la misère. Nous retrouvons ici la grande question qui divise la gauche française en pragmatiques et et dogmatiques... Saurait-on prendre l'un ou l'autre de ces deux parties sans pour le premier ne pas sentir l'épreuve de se compromettre en parrant au plus urgent et pour le second l'affliction de ne pas intervenir devant une souffrance... La question reste posée.


Si je me souviens bien ce concert à eu lieu le 20 avril 2002, non?...

Musicagenade: charmante ironie...

Je n'avais jamais vraiment fait attention aux paroles de cette chanson avant ce Caen-Paris de dimanche dernier... Décidément, un peu d'ironie ne fait pas de mal à l'optimisme, bien au contraire...
Au fait, Julie pense que je préfère les brunes...
Elle raconte n'importe quoi, non?


Katie Melua
envoyé par mf1989

03 décembre, 2006

Musicagenade: divine, cruelle et universelle vérité...

ma chère Julie, puisque nous en parlions...

Caen, Julie et moi

Voilà, le week end se finit et je reviens à peine de Normandie que je suis de nouveau connecté à ce blog. La Normandie me direz-vous, qu'allait-il faire dans cette galère? Ahhhhh la province, vous savez là où il y a des vaches et ou les appart' sont plus grands et moins chers qu'à Paris...?
Certes... Arrivé à Caen vendredi dans la soirée, Julie m'attendait sur le quai de la gare pour rejoindre un groupe de collègues-amies pour un petit repas d'anniversaire tres sympatique. A l'exception d'un éléments hexogène, tous profs... Presque que de charmantes jeunes filles... la soirée débute bien... A peine assis, Aurore se lache, ça y est la mobilisation pour trouver un mec à Julie commence, deux/troix personnes se regardent interloquées... non non Julie et moi ne sommes pas ensemble, soulagement, on se détend autour de la table... Bref, jolie déclinaison de quiches et de quelques normaderies tourtières, et ça papote de salle des prof, d'iufm et de blog d'élèves... Les profs du secondaires seraient-ils pires que leurs élèves? J'espère bien, faut bien tenir la route... Enfin, le temps passe en bonne compagnie... l'heure d'aller prendre un verre est arrivé.
00H30 devant ce que les Caennais appelle un "port"... passons... Une boite et hop c'est parti pour les derniers courageux. Terrible sensation que le sexy vulgaire revient à la mode... mais bon sans Helmut Newton ça manque d'intérêt. Bref près du bar un mec se la joue baroudeur et essaie de séduir une donselle, d'autres paons font la roue et les jeunes filles ne disent pas non... Soudain un autre prof arrive, Nathalie se décompose... c'est un prétendant sans lucidité qui n'a pas tout compris... Bref... la soirée se termine à 2H... et oui, les boites caennaises ferment à deux heure... Pas vu grand chose pour le moment... on verra bien demain.

Alors voilà, après une matinée particulièrement grasse, c'est ça caen... Pas mal en fait, Julie compare la ville à Rome, je n'irais pas jusque là mais ça mérite d'être connu. Un chateau, une église, quelques abbayes... bon je suis dans mon paysage naturel... Soudain des Galeries, un Printemps et un Minelli... ouf nous ne sommes pas sortis de l'oeucumène, la ville gagne mon affection... C'est fou ce sentiment d'être plus parisien hors de paris qu'à Paris même... Enfin pour moi qui peine à traverser la Seine et pour qui la rive droite est un pays étranger, c'est une expédition. Bref, j'ai cru comprendre ne pas être le seul, n'est-ce pas Naïma?
Quelques cafés pris à gauche et à droite entre collegues ou simplement amis et le soir arrive. Rendez-vous prévu dans un petit bar assez sympa, et oui il y a une vie nocturne particulièrement animée le samedi soir à Caen. Je sais, je sais, c'est dur à croire. Bref retrouvaille d'IUFM et pour Julie et de mon coté, autonomisation d'une conversation avec un doctorant de socio. On parle de l'inutilité réciproque de nos travaux, nos modesties naturelles tendent à dévaloriser faussement nos disciplines respectives, peu importe... tient, on se rend compte que nos démarches et nos problématiques sont les mêmes, soudain rien n'est plus indispensable que l'anthropologie, l'histoire et la socio... Je me fais traiter d'interactioniste... voire de marxiste je crois, peu importe, je me défend de l'insulte fatale, j'étaie et finalement s'esquisse un début de conviction, ouf, la dignité est sauvée par le doute. Soudain Florian qui bosse sur "la pratique de la guitare" m'apprend la forte tentation lesbienne des femmes guitaristes. Mon coeur se braque, mes espoirs divaguent... et si Katie? Non je ne veux même pas y penser... Aller Julie, on rentre... la nouvelle est trop dure.

Nouvelle grasse mat' et l'objet officiel de ma visite se profile. Julie se paume à Ouistreham, finalement ouf, la mer et un bon resto. Un foie gras de canard, un filet de cabillaud à la bisque de homard et une mousse au chocolat plus loin... nous sommes repartis, j'attrape un train et me voici, heureux d'avoir constaté les progrès diffus de la civilisation à la province mais content de retrouver ma cave entre le dragon et la sorcière...

29 novembre, 2006

Musicaguénade: en attendant le 11...

musicaguénade: voi sapete quel che fa

Excellent ce Leporello!

Cet aria a beaucoup torturé les esprits des mozartiens, la légende veut que Da Ponte, ayant été retenu à Vienne alors que Mozart répétait sa première de Don Giovanni au Théâtre Nostic de Prague, ait demandé à son ami un certain Giacomo Casanova de le représenter auprès du compositeur. Aussi, beaucoup on vu dans ce "Catalogo" un avant gout de "L'histoire de ma vie" qui nous laisse aujourd'hui le courtisan vénitien. A vrai dire, il est difficile de trancher, la patte de Da Ponte est évidente lorsque l'on est un peu habitué à ses textes, mais qui sait... ce magnifique aria n'en est il pas en fait plus beau si l'on s'imagine que Casanova l'a retouché? Quoiqu'il en soit, voi sapete quel che fa...

Madamina, il catalogo è questo
Delle belle che amò il padron mio;
un catalogo egli è che ho fatt'io;
Osservate, leggete con me.
In Italia seicento e quaranta;
In Almagna duecento e trentuna;
Cento in Francia, in Turchia novantuna;
Ma in Ispagna son già mille e tre.
V'han fra queste contadine,
Cameriere, cittadine,
V'han contesse, baronesse,
Marchesine, principesse.
E v'han donne d'ogni grado,
D'ogni forma, d'ogni età.
Nella bionda egli ha l'usanza
Di lodar la gentilezza,
Nella bruna la costanza,
Nella bianca la dolcezza.
Vuol d'inverno la grassotta,
Vuol d'estate la magrotta;
È la grande maestosa,
La piccina e ognor vezzosa.
Delle vecchie fa conquista
Pel piacer di porle in lista;
Sua passion predominante
È la giovin principiante.
Non si picca - se sia ricca,
Se sia brutta, se sia bella;
Purché porti la gonnella,
Voi sapete quel che fa.

Jujuguénade

Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne:
"repos, la fuite en avant dans de nouvelles aventures"
Mémoires de Lorenzo Da Ponte, préface

Sans vérifier, quelle heure est-il ?
21h10

Vérifiez.
22h22

Que portez-vous ?
ma légèrete

Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Le blog de Julien

Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
D'abord j'ai un Mac alors il ne fait pas de bruit et ma voisine mais, chuuuuuuuuut... je crois qu'elle a changé de mec

Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Hier soir, Une super soirée à l'auvergnate organisée par Mathieu

Avez-vous rêvé cette nuit ?
A une truffade...

Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Il y à 5 minutes avec Naïma

Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Praha

Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
La Cour de Rohan

Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
Scoop...

Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
Un étudiant ça compte?

Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Pas assez audacieux pour l'heure

Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :
Je me rend compte que finalement ce questionnaire est audacieux

Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
Dans l'absolu vous voulez dire? un trip du genre Sybille ou Arsinoé

Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?
Joseph bien entendu, voyons...

Avez-vous déjà pensé vivre à l'étranger ?
Oh oui

Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
"Ah non pas lui!!!"

Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
La wifi à la Sorbonne

Aimez-vous danser ?
Je suis un pro de Scaterlings of Africa

Georges Bush ?
Cadok?

Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
Kaamelott, quoi d'autre?

Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Tamino, Pamina, Papagena et Sarastro

26 novembre, 2006

Sophie, Diderot, et moi...

Cette lettre de Denis Diderot à Sophie Volland datée du 7 juin 1759 suit la publication de la Lettre à M. d'Alembert de JeanJacques Rousseau... Ce pièce est peut être l'une des plus belles et des plus justes sur l'amour que les Lumières nous ont léguées...

à Anne et à son Aurélie...


" Voilà, ma tendre et solide amie, l'ouvrage du grand sophiste - Rousseau. Je ne l'ai pas lu, je ne m'en sens pas encore l'âme assez tanquille pour en juger sans partialité. Il vaut mieux différer une action que de hâtter de commettre une injustice. Méfiez-vous aussi de votre coeur, et craignez que le mécontentement de la personne n'aille jusqu'à l'hauteur. Ecoutez-le comme si je n'avais pas à me plaindre de lui.
On peut donc ête éloquent et sensible, sans avoir ni principes d'honneur, ni véritable amitié, ni vertu, ni véracité! cela me fâche bien. Si cet homme n'a pas un système de dépravation tout arrangé dans sa tête, que je le plains; et s'il s'est fait des notions de justice et d'injustice qui le reconcilient avec la noirceur de ses procédés, que je le plains encore! Dans l'édifice moral tout est lié. Il est difficile qu'un homme écrive sans cesse des paradoxes, et qu'il soit simple dans ses moeurs.
Regardez en vous-même, ma Sophie; et dites-moi pourquoi vous etes si sincère, si franche, si vrai dans vos discours? C'est que ces mêmes qualités sont la base de votre caractère et la règle de votre conduite. Ce serait un phénomène bien étrange qu'un homme pensant et disant toujours mal, et se conduisant toujours bien. Le dérangement de la tête influe sur le coeur, et le dérangement du coeur sur la tête. Faisons en sorte, mon amie, que votre vie soit sans mensonge. Plus je vous estimerai, plus vous me serez chère. Plus je vous montrerai de vertus, plus vous m'aimerez. Combien je redouterai le vice, quand je n'aurai pour juge que ma Sophie. J'ai élevé dans son coeur une statue que je ne voudrais jamais briser. Quelle douleur pour elle, si je m'en rendais coupable d'une action qui m'avilît à ses yeux! N'est-il pas vrai que vous m'aimerez mieux mort que méchant? Aimez-moi donc toujours, afin que je craigne toujours le vice. Continuez de me soutenir dans le chemin de la bonté. Qu'il est doux d'ouvrir ses bras, quand c'est pour y recevoir et pour y serrer un homme de bien. C'est cette idée qui consacre les caresses; qu'est-ce que les caresses des deux amants, lorsqu'elles ne peuvent être l'expression du cas infini qu'ils font d'eux-mêmes? qu'il y a de petitesse et de misère dans les transports des amants ordinaires! qu'il y a de charme, d'élévation et d'énergie dans nos embrassements! Venez, ma Sophie; venez. Je sens mon coeur échauffé. Cet attendrissement qui nous embellit, va paraître sur ce visage. Il y est; ah que n'etes vous à coté de moi pour en jouir. Si vous me voyiez dans ce moment que vous seriez heureuse! que ces yeux qui se mouillent, que ces regards, que toute cette physionomie serait à votre gré. Et pourquoi s'opiniâtrent-ils à troubler deux êtres, dont le ciel se plaisait à contempler le bonheur? Ils ne savent pas tout le mal qu'ils font, il faut leur pardonner."

Le Tokaji: roi des vins, vin des rois



Connaissez vous le Tokaji, ce vin blanc délicieusement sucré et liquoreux que Louis XIV a cons&cré du titre de "roi des vin, vin des rois"? Le sépage est bien entendu alsacien, mais le terroir est hongrois. Les premier pied ont été planté au bébut du XVIe siècle dans le domaine des Garay sur les bords de la Tisza. Les terres ayant été rachetées par les princes de Transylvanie, le vin constitua au XVIIe et XVIIIe siècle un oibjet de propagande politique pour Bethlem Gabor ou François Rakoczy. En célébrant le délicieux Tokaji, c'est d'une certaine manière la Transylvanie que Louis XIV célèbre contre les Hongrois d'Autriche.



La robe ambrée du Tokaji est déjà un plaisir pour les yeux, un petit bijou posé sur une table un printemps à la terrasse d'un café de Buda, ou sur les bords du Danube à Pest. Ma première expérience remonte à l'été 2001, découverte à vrai dire de toute un gastronomie hongroise, découverte aussi de toute une cuisine centre européenne pas si bourrue qu'on ne le pense et pas si simpliste non plus... A l'intérieur d'un petite cour, un filet de Dinde aux amandes servi avec un riz compoté de pèches... un verre de Tokaji pour commencer...
Alors voilà, pourquoi ce lyrisme soudain pour ce vin là...? parce qu'il me restait une bouteille dans la cave de mon grand-père et que je viens de la lui faire sortir... Parce que c'est vrai que j'avais oublié a quel point ce vin était beau à regarder, parce que Solenne l'avais apprécié avec moi, et parce qu'il ira très bien en apéritif de la Truffade de Mathieu mardi soir.
Alors voilà, si vous tombez un jour sur un Tokaji ne vous posez pas la question essayez le. Je vous recommande surtout le doux "Aszu" dont la qualité est évaluée en étoiles, "puttonyos" allant de une à six. En terme de cuvée préférez celles de 1996 et de 1999, la dernière confinant à l'excellence... Une petite visite sur le site officiel de ce vin vous en dira de toute façon beaucoup plus que je peux le faire et beaucoup mieux aussi.
http://www.tokaji.hu

21 novembre, 2006

Al Pacino: une confession, vraiment?

Confession véritable ou jeu de scène? voilà une belle question pour les élèves de l'Actor's studio... A vous de vous faire votre avis et de le laisser ici...

Banalisation ou domestication de la peur?


L'ironie n'est-elle pas la meilleure arme contre la Terreur?

20 novembre, 2006

Incomparable...

Et dire que j'avais oublié ce petit trésor...

antisegogénage: qui a un problème avec Ségolène?

Divin Diderot: à quelques amies qui l'apprécieront comme tant d'autres j'espère...

Ayant eu ce genre de conversation avec quelques jeunes filles ces derniers jours, je crois que ce petit dialogue du divin DIderot mérite d'être relu...

BORDEU: Pourriez-vous m'apprendre quel profit ou quel plaisir la chasteté et la continence rigoureuse rendent soit à l'individu qui les pratiques, soit à la société?

MLLE L'ESPINASSE: Ma foi, aucun.

BORDEU: Donc, en dépit des magnifiques éloges que le fanatisme leur a prodigué, en dépit des lois civiles qui les protègent, nous les rayerons du catalogue des vertus, et nous conviendrons qu'il n'y a rien de si puéril, de si ridicul, de si absurde, de si nuisible, de si méprisable, rien de pire, à lexception du mal positif, que ces deux rares qualités...

MLLE L'ESPINASSE: On peut accorder cela.

BORDEU: Prenz-y garde, je vous en préviens, tout à l'heure vous reculerez.

MLLE L'ESPINASSE: Nous ne reculons jamais.

BORDEU: Et les actions solitaires?

MLLE L'ESPINASSE: Eh bien?

BORDEU: Eh bien, elles rendent du moins du plaisir à l'individu, et notre principe et faux, ou...

MLLE L'ESPINASSE: Quoi, docteur!...

BORDEU: Oui, mademoiselle, oui, et par la raison qu'elles sont aussi indifférentes, et qu'elles ne sont pas aussi stériles. C'est un besoin, et quand bien on n'y serait pas sollicité par le besoin, c'est toujours une chose douce. Je veux qu'on se porte bien, je le veux absolument, entendez-vous? Je blâme tout excès, mais dans un état de la société tel que le nôtre, il y a cent considérations rraisonnables pour une, sans comter le tempérament et les suites funeste d'une continence rigoureuse, surtout pour les jeunes personnes; le peu de fortune, la criante parmi les hommes d'un repentir cuisant, chez les felles celle du déshonneur, qui réduisent une malheureuse créature qui périt de langueur et d'ennui, un pauvre diable qui ne sait à qui s'adresser, à s'expédier à la façon du cynique. Caton, qui disait à un jeune homme sur le point d'entrer chez un courtisane: "Courage, mon fils..." lui tiendrait-il le même propos aujourd'hui? S'il le surprenait au contraire, seul, en flagrant délit, n'ajouterait-il pas: cela est mieux que de corrompre la femme d'autrui, ou que d'exposer son honneur et sa santé?... Et quoi! parce que les circonstances me privent du plus grand bonheur que l'on puisse imaginer, celui de confondre mon sens avec les sens, mon ivresse avec l'ivresse, mon âme avec l'âme d'une compagne que mon coeur se choisirait, et de me reproduire en elle et avec elle; parce que je ne puis consacrer mon action par le sceau de l'utilité, je m'interdirai un instant nécessaire et délicieux! On se fait saigner dans la pléthore; et qu'importe la nature de l'humeur surabondante, et sa couleur, et la manière de s'en délivrer? Elles sont toutes aussi superflue dans une de ces indispositions que dans l'autre; et si, repompée de ses réservoirs, distribuée dans toute la machine, elle s'évacue par une autre voie plus longue, plus pénible et dangereuse, en sera-t-elle moins perdue? La nature ne souffre rien d'inutile; et comment serais-je coupable de l'aider, lorsqu'elle appelle mon secours par les syndrômes lesmoins équivoques? Ne la provoquons jamais, mais prêtons-lui la main dans l'occasion; je ne vois au refus et à l'oisiveté que de la sottise et du plaisir manqué. Vivez sobre, me dira-t-on, excédez-vous de fatigue. Je vous entends: que je me prive d'un plaisir; que je me donne de la peine pour éloignenr un autre plaisir. Bien imaginé!

MLLE L'ESPINASSE: Voilà une doctrine qui n'est pas bonne à prêcher aux enfants.

BORDEU: Ni aux autres. Cependant me permettez-vous une supposition? Vous avez une fille sage, trop sage, innocente, trop innocente; elle est dans l'âge ou le tempérament se développe. Sa tête s'embarasse, la nature ne la secours point; vous m'appellez. Je m'apperçois tout à coup que tous les symptômes qui vous effrayent naissent de la surabondance et de la rétention du fluide séminal; je vous avertis qu'elle est menacée d'une folie qu'il est facile de prévenir, et qui quelquefois est impossible à guérir; je vous indique le remède. Que ferez-vous?

MLLE DE L'ESPINASSE: A vous parlez vrai, je crois... mais ce cas n'arrive point...

BORDEU: Détrompez-vous; il n'est pas rare; et il serait fréquent, si la licence de nos moeurs n'y obviait... Quoi qu'il en soit, ce serait fouler aux pieds toute décence, attirer sur soi les soupçons les plus odieux, et commettre un crime de lèse-société que de divulguer ces principes. Vous rêvez.

MLLE L'ESPINASSE: Oui, je balançais à vous demander s'il vous était jamais arrivé d'avoir pareille confidence à faire à des mères.

BORDEU: Assurément.

MLLE L'ESPINASSE: Et quel parti ces mères ont-elles pris?

BORDEU: Toutes, sans exception, le bon parti, le parti sensé... Je n'ôterais pas mon chapeau dans la rue à l'homme suspecté de pratiquerma doctrine; il me suffirait quon l'appelât un infâme. Mais nous causons sans témoins et sans conséquence: et je vous dirai de ma philosophie ce que Diogène tout nu disait au jeune et pudique Athénien contre lequel il se préparait à luter: "Mon fils, ne crains rien, je ne suis pas si méchant que celui-là"

MLLE L'ESPINASSE: Doncteur, je vous vois arriver, et je gage...

BORDEU: Je ne gage pas, vous gagneriez. Oui Mademoiselle, c'est mon avis.

MLLE L'ESPINASSE: Comment! soit qu'on se renferme dans l'enceinte de son espèce, soit qu'on en sorte?

BORDEU: Il est vrai.

MLLE L'ESPINASSE: Vous êtes monstrueux.

BORDEU: Ce n'est pas moi, c'est ou la nature ou la société. Ecoutez, mademoiselle, je ne m'en laisse point imposer par des mots, et je m'explique d'autant plus librement que je suis net et que la pureté de mes moeurs ne laisse price d'aucun côté. Je vous demanderai donc, de deux actions également restreintes à la volupté, qui ne peuvent rendre que du plaisir sans utilité, mais dont l'une n'en rend qu'à celui qui la fait et l'autre le partage avec un être semblable mâmle ou femelle, car le sexe ici, ni même l'emploi du sexe n'y fait rien, en faveur de laquelle le sens commun prononcera-t-il?

MLLE L'ESPINASSE: Ces questions-là sont trop sublimes pour moi

BORDEU: Ah! après avoir été un homme pendant quatre minutes, voilà que vous reprenez votre cornette et vos cotillons, et que vous redevenez feme. A la bonne heure: eh bien! il faut vous traiter comme telle... Voilà qui est fait... On ne dit plus mot de Mme du Barry... Vous voyez, tout s'arrange; on croyais que la cour allait être bouleversée. Le maître a fait en homme sensé; Omne tulit punctum; il a gardé la femme qui lui fait plaisir, et le ministre qui lui est utile... Mais vous ne m'écoutez pas... Où en êtes-vous?

MLLE L'ESPINASSE: J'en suis à ces combinaisons qui me semblent toutes contre nature.

BORDEU: Tout ce qui est ne peut être ni contre la nature ni hors de nature, j'en excepte pas même la chasteté et la continence volontaire qui seraient les premiers des crimes contre nature, si l'on pouvait pêcher contre nature, et les premeirs des crimes contre les lois sociales d'un pays où l'on péserait les actions dans une autre balance que celle du fanatisme et du préjugé.

19 novembre, 2006

Musicagenades: Mai 40


avis à mes collègues de contempo: c'est l'objet en puissance d'une étude de document!

Petite leçon de philosophie: la bétise


Comment dire...? Pas mieux...

Musicagenade: Katie trip toute seule

Loretanska, Prague, aout 2006


Ces arcades vous disent peut-être quelques choses... elles sont parmi celles filmées par Milos Forman dans son très contestable mais non moins très beau Amadeus. Et oui, c'est bien Prague qui est filmé par le cinéaste et non Vienne. Situé dans les petites rue qui même au chateau si cher à Kafka, ces arcades protègent les passants comme elles protègeaient les marchands et les aristocrates lors des hivers rigoureux de Bohême quand ses derniers souhaitant se rendre à la Cour ou à la Diète. D'une certaine façon aussi, ces arcades privatisent l'espace publique... la maison du seingeur protège le passant, se subsitue au pouvoir royal, de toute façon absent de la ville depuis Matthias. Mais la Prague de Hradcany est encore aujourd'hui celle de Marie-Thérèse, d'un baroque flanboyant et aristocratique, une ville qui semble figée - à tort bien entendu - son paysage au siècle des Lumières. Bientôt par une porte cochère, entre deux arcades, le passant pénètre dans une cour intérieure, privée elle aussi, dans un aubarge, une taverne ou simplement chez un ami. Les arcade sont ici un espace entre deux mondes, ce qui m'intéresse donc, entre l'espace privé et l'espace publique, un espace publique livrée à lui même et un espace privé se constituant en refuge de chaleur et de conscience, lequel échappe à l'ombre du roi.

12 novembre, 2006

11 novembre, 2006

Le 11 novembre, la paix et moi

Ah, nous sommes le 11 novembre... je viens de m'en rendre compte en publiant ma dernière papagenade. Le 11 novembre, l'Armistice de l'Allemagne, ou plutot du Second Reich, la paix. Mais la paix est une notion ambiguë. La paix c'est la victoire pour les vainqueurs, mais c'est aussi la défaite pour les vaincus. C'est bête à dire mais c'est fondamental. Dans quelle mesure la paix est-elle une notion positive lorsque l'on est vaincu? Mais le 11 novembre ça n'est pas seulement une victoire, c'est aussi une humiliation pour les sociétés allemande ou hongroise, la défaite d'accord, mais la paix doit être juste. Et le 11 novembre - qui d'ailleurs n'est pas la paix en tant que telle mais la fin des combats - n'inaugure pas la construction d'une paix juste. Par cela je ne veux pas justifier la réaction allemande et le nazisme, juste comme l'a fait Goldman expliquer, questionner cette paix, la voir pour ce qu'elle est, c'est à dire une vengeance, un exces, une haine. La question n'en est pas moins d'actualité avec le débat qui tourne autour des Bienveillantes... C'est vrai, la mauvaise paix peut transformer des hommes ordinaires. Et plutot que cette attitude de souffrance que nous avons vis à vis de la mémoire du XXe siècle, ne serait-il pas plus profitable pour tous de révoquer le préjugé mémoriel et d'invoquer l'histoire, de faire l'effort de s'interroger sur des faits de société et d'en finir avec les questions de responsabilité auxquelles nous n'avons rien à voir...
Troublant vertige intellectuel que cette question: Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt?

Les grands manitous, Michel Cymes et moi



Eh mince, mon réveil est resté branché, 9h pas moyen de faire une grasse mat' ce matin. On peste à côté de moi, on a raison, bon, la radio n'est pas trop forte et je file au bout d'une demi-heure me faire un bon double expresso Mocca achété chez mon petit toréfacteur de Cergy. Le café passé, je m'aventure à rejoindre mon lit, dans le noir c'est casse gueule. Voilà, c'est autour de Michel Cymes, emission assez sympa sur la santé, le thème d'aujourd'hui porte sur la place de la religion à l'hopital... Il parait qu'un chef de département de l'Hopital Michel Debrè ce serait fait frappé par le mari d'une femme qu'il voulait soigné, sous prétexte d'indécense... J'entend râler, peu importe mon attention se fixe (vous savez comme ces chiens de chasse à l'arrêt...)
Je pense immédiatement (dans la mesure de l'activité de mon cerveau à ce moment là) à une nouvelle que j'avais trouvé dans la Gazette d'Utrecht au cours de mes recherches. Chrétiens, juifs, musulmans, témoins de grands manitous en tout poil, bref nos brebis auraient un problème avec la médecine. Cependant, il serait faut de penser que ce problème soit nouveau, lié à une quelque crise communautaire ou identitaire. Ce problème c'est déja posé avec notre ami Mohamed Ben Anbdel Malek à l'occasion de son voyage à Vienne, ainsi que nous l'apprend la Gazette d'Utrecht du 4 avril 1783

"Le bon Envoyé de Maroc a eu, ces jours-ci, une sorte de haut-mal, occasionné par la quantité de mets dont il avait rempli son estomac à la Cour & chez divers Grands Officiers de l’Empire qui s’étaient fait un bonheur de l’inviter à leur table. Mr. Stock, Médecin de l’Empereur, est allé le voir par ordre de Sa Majesté ; & il l’a trouvé, étendu parterre, sur un tapis, son Iman ou Prêtre brûlant à ses côtés, dans un réchaud, des petites bandes de papier sur lesquelles il avait écrit quelque passages de l’Alcoran & dont il lui faisait respirer la fumée : seul remède dont il usait, quoiqu’il fut à deux doigts de la mort. Mr. Stock, peu crédule, sur-tout quand il s’agit de l’efficacité salutaire de l’Alcoran, pria l’Iman de discontinuer sa médecine et ordonna un clystère. Il lui fallut expliquer ce que c’était qu’un tel remède, où il s’appliquait & dans quelle position, riche ou pauvre, Beau Frère d’Empereur ou Esclave, devoit se faire très humblement celui qui le recevait, ce qui répugna fort S. Exc. Marocaine ; les Gens de sa Suite se récriaient aussi sur la nouveauté, sur l’indécence de la chose ; & ce ne fut pas un léger effet de l’éloquence de Mr. Stock qu’on parvint enfin à la pharmacopolique intromission. Le reste de l’histoire se devine."

10 novembre, 2006

Musicagenade: humeur papagenéenne

Fablagenade: la sorcière et le génie

Un génie sortait de sa lampe aussi tot qu'on la frottait. Une jour une sorcière déguisée en fée tomba sur cette lampe. Animée de sa curisioté elle décida à son tour de la frotter, sans autre espoir que découvrir le génie, possédant elle même ce que le génie pouvait apporté. Elle se fit passer pour une simple mortelle, le corsage échancré et les yeux amoureux, si bien que lorsque le génie la vue celui-ci fut charmé. Charmer un génie, avouez que c'est bien là le comble de l'affaire. Le génie s'enfermant dans son sortilège perdi ses attribus de génie. La sorcière fut falttée d'avoir obtenu de charmer le charmeur, et se vanta que les sorcières étaient plus fortes que les génies... Or les échancrures et les douceurs ne pouvant rien devant l'orgueil, le charme fut bientot rompu de lui même. Le génie fut décharmé et la sorcière fut bientot affligée de regret alors que le charme s'était retourné contre elle...

09 novembre, 2006

Musicagenade: avant de dormir...

Elle m'avait parlé de cette chanson, de ce concert, de son cd qu'elle se passait le soir, la nuit avant de s'en dormir. Elle m'avait parler de ses yeux qui se ferment, du moment ou elle se sent plonger au chaud, de ce confort, de cet abandon contrôlé et de ces moments ou elle dégustait les émois de la guitare de Paul Rodgers, et la mélodie savante de la voix si particulière de Freddy Mercury...

Musicagenade: petite leçon d'érotisme



Ma première rencontre avec l'érotisme, le vrai, je le dois au Lys dans la vallée, et puis il y a eu Léo, c'est extra, simple, à l'esthétique parisienne, la rhétorique affranchie et cette chanson...

07 novembre, 2006

Fablagenade: La gazelle, le lion et la mouche


Dans la charmante savane, le lion est tapi sous les hautes herbes et regarde la gazelle gambader... la mouche vient parfois le déranger, mais un coup de queue ou l'esquisse d'un rugissement et la mouche comprend qu'elle n'est pas à la hauteur. Alors la mouche vient tourner autour de la gazelle entrain de paître dans la plaine. La mouche lui fait sa danse, agace ses yeux jusqu'à empêcher la gazelle de discerner convenablement le monde. La mouche se croit tout permis et la gazelle, il faut bien l'avouer, semble préférer la présence de la mouche à celle du lion. Mais la mouche est viscieuse, elle inoccule le tzé-tzé, endore la gazelle qui oublie le lion. Mais le lion est la et la mouche n'a jamais empêché à la gazelle d'être mangée par le lion. Et lorsque la gazelle détale, il n'y a plus dans notre fable qu'elle est le lion, disparait l'insignifiante mouche. Qu'on se le dise, la gazelle ne peut pas vivre en ignorant le lion. La mouche est une intrue, elle disparaîtra bientot. Mais une gazelle après l'autre...

03 novembre, 2006

Katie, Sainte Thérèse et moi


Ce matin là, lors du petit dejeuner je discutais avec René, un collegue de la fac de Dijon, lacanien libidineux fan de Fellini à ses heures perdues, et nous parlions l'oeuvre de Bernini à Santa Maria della Vittoria... Je lui diais que je voulais m'y rendre pour trouver la série de tableaux représentant la bataille de la Montagne blanche citée par Olivier Chaline. Inévitablement il évoquait l'ambiguité de l'extase de Sainte Thérèse qui fait la réputation de l'oeuvre...
Il devait être vers 8h30 du matin, Rome en plein été, et je sortais de l'hotel sur la Piazza della Porta Maggiore... Je chausse mon lecteur MP3, j'enclanche le Piece by Piece de Katie et j'attrape un bus pour Termini. De la gare encore quelques centaines de mètres à faire pour passer Républica et arriver à Sante Maria della Vittoria... Je ralentis le temps de laisser Katie finir son Spider's web et me voilà qui pénètre dans cet antre de la Contre-Réforme...
Dans la sacristie, le curieux découvre la raison pour laquelle l’édifice est consacré à la Vierge victorieuse. Quatre tableaux noircis retracent la bataille de la Montagne blanche de 1620, pendant laquelle les troupes impériales et catholiques ont triomphé des rebelles protestants du royaume de Bohême. L’événement inaugurait un carnage de 30 ans pour l’Europe. Pourtant, l’Eglise n’en retient que la première de ses batailles. Tous les visiteurs admirent l’œuvre baroque et une Contre-Réforme triomphante et édifiante. Peut-être qu’un jour, dans une quelconque mosquée d’Arabie ou du Pakistan, une mosaïque illustrera la glorieuse bataille de Manhattan du 11 septembre 2001, la bête infâme touchée en plein cœur, et l’islam figuré en vraie religion... Tout le monde serait choqué et dénoncerait la provocation mais continuerait de partir de Porta Major, passant Termini et la place de République pour aller délecter son imagination devant l’extase de Sainte-Thérèse ou la voûte exaltant les anges à écraser les démons de l’hérésie.
Mais l’œuvre de Bernini n’est pas non plus exempte de toute ambiguïté. Quelle est la limite entre la figuration d’une extase sacrée et d’un orgasme, entre la métaphore d’une sarisse en foi édifiante et celle d’un pénis ? Elle est identique à celle qui existe entre la sainteté et l’hérésie, entre le fau et le vrai, entre le désir et l’obsession.
" 'cos the line between wrong and right, is the width of a thread from a spiders's web..."