31 janvier, 2007

30 janvier, 2007

"Nul ne peut etre condamné à la peine de mort"

C'est cette phrase, qui sur proposition de Jacques Chirac, l'Assemblée Nationale a accepté d'ajouter à la Constitution. La question de l'abolition de la peine de mort, portée par Robert Badinter, à été l'un des enjeux symboliques de la campagne présidentielle de 1981, marquée par la déclaration ferme et sans ambiguité du candidat Mitterrand en faveur de l'abolition contre l'opinion publique et peut être même contre sa propre opinion. On se souvient peut être de ces images de Badinter, garde des sceaux, à l'assemblée nationale, le ton ému et solennelle prononçant, comme il sait si bien le faire..., les premiers mots de son discours: "j'ai l'honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale, l'abolition de la peine de mort en France". Bien sur, les choses n'ont pas été aussi simples pour Me Badinter. Après avoir convaincu le candidat Miterrand, il lui fallait s'assurer que celui-ci, une fois devenu président, tienne sa promesse contre la doxa. Il fallait ensuite convaincre une gauche plus prolétarienne, chez qui les grandes idées ne vont pas toujours d'elles-même, puis convaincre ses adversaires, notamment Chirac et obtenir le soutien de Schuman, président d'un Sénat terrien loin d'être acquis. Le climat de haine, encore qui suivait la condamnation de Patrick Henry, qu'avait defendu Badinter, ne simplifiait pas une prise de décision sereine sur la chose, comme le montre ce petit reportage.


Reste alors à s'interroger sur la raison de l'initiative de Chirac en pleine campagne électorale. L'abolitionisme du président est ici incontestable, mais cette décision intervient aussi dans un contexte où la question du rétablissement de la peine de mort à été soulévée à plus ou moins demi-mots et à plusieurs reprises par plusieurs candidats à l'élection. Jean-Marie Le Pen et Philippe De Villier ont toujours défendu ce rétablissement, mais quelques déclarations ambigues de Sarko pouvaient laisser peser le doute quant à sa conviction, doute légitime chez tout homme faisant l'éloge du pragmatisme... Cette petite phrase serait alors une sécurité, un mal tué dans l'oeuf, peut être aussi un moyen pour Chirac de soigner la fin de son mandat, ou, qui sait, de préparer une nouvelle quandidature...

28 janvier, 2007

Vallée d'Usiçar, Cappadoce, Turquie, aout, 2005


Les cheminées de fées de la Vallée d'Usiçar, épargnées et dessinées par les caresses de l'érosion, ont été le refuge des populations byzantines en proie aux raides et invasions arabes et turques au Moyen-Âge. Le site présentait alors un double intérêt. Le calcaire était facilement creusable pour que les hommes s'y installent et y développent une vie troglodyte; de son côté, le fond de la vallée permettait par une riche sédimentation le développement d'une agriculture de susbsitance. La vallée d'Usiçar est un site de refuge qui n'a pas été choisi par ses pionniers pour la qualité esthétique qu'on lui attribue aujourd'hui, c'est ici un site de refuge, de fuite de la menace, et donc aussi un autre monde, le cadre d'une contre-société qui se recrée à la fraicheur des chambres de tuf.

La mode, le corps féminin et moi

Alors que la semaine de la mode s'ouvre à Paris, la question de la dictature de la minceur se pose de nouveau dans nos magazines et journaux télévisés. Alors que l'année dernière, le dernier et ultime tome de l'Histoire du corps est sorti sous la direction de Geaorges Vigarello, il importe de poser la question du corps, et plus particulièrement du corps féminin à tavers l'idée de sa perception. Un image est avant tout le produit de la société qui la génère. On peut alors aborder nos sociétés par le biais de ses canons de beauté féminin.

Combien d'entre-vous ne s'est pas étonné au Louvre, devant la Venus de Milo, à dire: "ah c'est elle, elle n'est pas un peu grosse, non?". Certes, les anches pleines et les petites rondeurs de cette statue hellenistique retrouvée à Milet déconcerte un peu les observateurs naïfs. Elles nous en disent cependant beaucoup de ce qu'était considéré comme une belle femme à l'époque, et si les charmes de sa très vivante contemporaine Cléopâtre ont été relevés, il y a fort à parier que la dernière des Lagide devait aussi se distinguer par des seins lourds, des anches pleines et de petites poignées d'amour... Qu'en déduire? Venus n'est pas seulement l'expression du désir et de la passoin, elle est aussi celle qui féconde, et son oppulence symbolise cette idée de richesse et de profussion, elle était en cela à l'image d'un socété propère ou de l'horizon d'attente de sa prospérité.

Arrêtons nous maintenant sur un odalisque de Boucher. Beaucoup trouverons sans doute avec Mathieu que ses formes sont disharmonieuses et qu'il y a dans sa lascivité beaucoup de laisser-aller, si ce n'est de décadence... Ah l'Ancien Régime est décidément mal jugé. Et si dans cette chair si généreusement offerte vous y lisiez une exaltation du sensualisme des Lumières, celui que l'on retrouve sous la plume de Diderot, une proclamation du droit de jouir, une réfutation du catholicisme, religion du verbe, pour une philosophie hedonisme du corps? Il est intéressant aussi que nous ne voyons pas cela chez Boucher... ce qui en dit beaucoup de la condamnation que nous faisons implicitement de toutes ces choses.

La beauté contemporaine serait donc une beauté de l'acèse, de la souffrance du corps, par le corps, du sentiment trompeur de sa maîtrise, qui là aussi, implique le postulat que l'âme est détachée du corps et que l'âme doit agir contre le corps. Terriblement chrétien tout cela... Michel Onfray que j'ai cité dans son dernier billet, disait qu'il n'y avait pas d'érotique chrétienne et qu'il ne pouvait pas y en avoir, contrairement au toute une tradition sensualiste musulmane, dans la mesure ou le christianisme est bien cette religion du verbe faite corps... Il y a dans nos canons contemporains quelque chose d'aussi sombre que les tableaux de nos réformateurs du XVIe siècle... Interessant que cette violence du coprs s'impose au moment ou le capitalisme libéral se veut hégémonique. N'y a t'il pas un fond culturel comment derrière tout cela? Max Weber explique l'essor du capitalisme par un christianisme protestant lui étant fondamentalement favorable contrairement au catholicisme. Or avec le modèle économique semble donc aussi s'imposer au monde un modèle esthétique protestant. Bien sur tout n'est pas réductible à celà. Mais dans un monde ou l'évangélisme se développe, je pense que la question mérite au moins d'être posée... et permet un peu de comprendre la petite tempête produite par Emmanuelle Bérat sur une certaine couverture de Elle. Les charmes de la transgression...

Michel Onfray et l'Université populaire

Zappant un peu hier soir je suis tombé sur une repportage de France 3 portant sur "Le plaisir d'exister, ou les universités populaires de Michel Onfray". J'avais déja entendu parler de ces universités populaires gratuites et ouvertes à tous mais sans trop bien savoir de quoi il en retournait vraiment. La démarche du philosophe Michel Onfray est simple. Pour ce démissionnaire de l'éducation nationale, il s'agit d'apporter à ses auditeurs les moyens de pouvoir juger différement la culture communément partagé, montrer d'autre voie empruntée par la pensée, et à l'instar de La Boetie que la servitude est toujours volontaire. Si la philosophie de Michel Onfray est ouvertement hédoniste et libertaire, il n'en trompe pas son auditoire et expose clairement que sa vision des choses n'est que la sienne et qu'il est possible à tous de la prendre à revers. La liberté de penser retrouve alors sa place. Ce n'est pas une vague finalité déclarée par le politique, mais un moyen, celui de vivre heureux en étant lucide sur le monde.

Bien entendu l'Université populaire ne propose pas uniquement des cours de philosophie. Toute matière susceptible d'éclairer différemment le monde et de faire réfléchir sur celui-ci, de relativiser aussi nos acquis, y sont développer, du jazz aux mathématiques. Savez-vous que le système arithmétique décimal ne va pas de soi, qu'il est totalement arbitraire et que nous aurions pu compter en base 7, 12 ou 60? Les choses évidentes que l'on partage dans nos sénacles universitaires peuvent alors est accessibles à tous. On avait repporché à Mozart en montant la Flute enchanté de mettre à nu les rites et les savoirs maçonniques, mais peut-on résolument faire le même reproche à la démarche d'Onfray? Cela serait bien injuste, même si il est évident que la contre-culture que constitue et que nourrit cette initiative n'est pas nécessairement apprécié par tous. Comme le dit Onfray, enseigner Platon, ça va, il n'y a pas trop de risque, Diogène... c'est dèja autre chose... C'est cette autre chose justement qui fait l'intérêt de la démarche.

Il y a cependant une polémique autour de l'Université populaire, qui porte à dire qu'elle ne serait pas si populaire que cela. Cette critique remontant des profondeurs de la gauche néglige toutefois une petite nuance. Ces universités se veulent populaires et non pas prolétariennes, elle est ouverte à tous sans distinction, et il n'appartient qu'à la volonté personnelle de chacun de s'y rendre, en cela elle est populaire, et pour cela son initiative est profondément estimable.

27 janvier, 2007

Café: le jour de gloire est arrivé!


Souvenir de Vienne, sur la Kätnergasse

Alors voilà, après 7 heures à plancher, je viens de passer sur le Blog Inside Paris que je fréquente de temps en temps, et là, réconfort absolu, le café est bon pour la santé!!! Je le savais, j'en avais l'intuition, je l'avais prédit. Non Céline je ne suis pas toxico, je prends juste soin de moi, c'est le Journal of Pain de la Georgia Univerty d'Athens qui l'écrit!

Déja mon éloge du chocolat, après de basses attaques de Nini à quelques jours de Noël, avait fédéré beaucoup de vrais connaisseurs. Restait alors à renverser le préjugé du café. La chose est faite. Certains d'entre vous l'auront remarqué, mes réflexions sur le café à Vienne ne sont pas anodines. Qui ne s'est pas assis au Café central, au Sperl ou au Café Museum à humer les parfums d'arabica en mangeant un Apfelstrudel ou une Sachertochte, ne connaît rien à l'art de vivre. Enfin j'exagère. Le café est ce petit truc de tous les jours qui va de la machine à café ou il se mélange avec un reste de thé et une goupe de chocolat qui perle dedans, jusqu'au raffinement des maisons de café - et j'essaierais votre recommandation chère Marie Simon - en passant par le latte Vanille ou le caramel Machiatto d'un starbucks en allant à la Sorbonne. Je sais même depuis Noel vous préparer un Affagato, un Coeur de braise ou un Cachaça. Bref, un américano le matin, un esspresso à 10h, un autre à 14, un cappucino pour finir la journée, le café est un petit art de vivre. Pas un repas sans café, il serait incomplet et frustrant. Or, en bon epicurien, je ne me dois pas de souffrir de frustration, surout pour cette petite chose qui nous fait tant de bien.

J'ouvre maintenant pour vous par hasard "Les cocktails base de café" de Sherri Johns, offerte par ma soeur à Noël, qui considérant que ma consommation de café est psychotique, voulait en finir plus vite avec moi...
ta ta ta...
Je vous présente la recette du "Macchiato espagnol"

Il vous faut: 1 expresso, une petite quantité de chocolat mexicain, une petite quantité de lait concentré sucré, simple non?
Alors, vous versez l'expresso fraïchement préparé dans une tasse à expresso tiède. Ensuite, vous devez chauffez ensemble le chocolat et le lait concentré à la buse vapeur de votre machine à expresso. Vous n'en avez pas? Mais enfin tout amateur de café en à une! Bon, après ça, vous versez le mélange à l'aide d'un pichet dansla tasse d'expresso, en agitant doucement le pichet d'un bord à l'autre de la tasse. Vous venez, si vous avez réussi votre tour, de créer de délicat effets marbrés dans l'expresso et le lait chocolaté.

23 janvier, 2007

Serbie: quand la démocratie fait douter

On apprend de Serbie, que dimanche soir, le parti radical (SRS) ultranotionaliste a remporté les élections législatives obtenant 28,5% des voix et 80 sièges parlementaires sur 250. La question du statut du Kosovo qui doit être fixé dans les prochains jours a joué un rôle central dans la campagne, les kosovars réclamant leur indépendance ce que refuse Belgrade et dans une plus forte mesure le SRS. En outre, depuis 2006, la Serbie fut contraite de reconnaître l'indépendance du Montenegro, et le sentiment latent d'une décadence serbe joue à plein dans cette poussée ultranationaliste. Il faut en effet rappeller que la Serbie fut au coeur de la construction de la Yougoslavie d'abord dans la seconde moitié du XIXe siècle contre l'Empire ottoman, puis au début du XXe sicèle contre l'Empire austro-hongrois. La Serbie a construit son idée nationale sur un fondement ethnique, celui de la fédération des populations slaves du sud quelque soit leurs confessions ou leur héritages socio-culturels. Ce volontarisme historique trouve rapidement ses limites...

Les accords de Corfou de 1917 négligent les composantes albanaises et musulmanes de la future fédération yougoslave. En effet, la Bosnie a connu à l'époque ottomane de nombreuses conversion de slaves à l'Islam, de même que les albanais ont témoigné eux aussi d'un intérêt pour le monothéisme musulman. Les guerres de Bosnie résultent en partie de ce péché originel et de cette ignorance volontaire par les Serbes - et les Croates - de ces minorités qui aux yeux de Belgrade n'avaient pas le droit de citer. Si le Montenegro a fait valoire son héritage vénitien pour légitimer son indépendance, le cas du Kosovo est encore plus délicat que celui de la Bosnie. Le Kosovo est non seulement majoritairement albanais et musulman mais c'est aussi un lieu de mémoire de la culture serbe, un lieu sacralisé par la défaite de kosovo polje de 1389 ou les serbes se seraient sacrifiés dans la défense de leur terre contre les Ottomans. Le droit du sang versé semble légitimer pour Belgrade ses droits sur le Kosovo au détriment de la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes.



Pour en revenir aux élections, il est vraissemblable que le Parti démocrate (DS, 22,9% des voix) et le Parti démocrate de Serbie (DSS, 17% des voix) contracteront une alliance pour gouverner contre le SRS, mais la partie n'en est peut être pour autant pas tout à fait sauve. Le taux de participation de ces législatives n'est que de 51,5%, et à la poussée nationaliste s'ajoute l'illégitimité à gouverner des élus... La société politique serbe n'en finit donc pas de sortir de la crise de démantèlement yougoslave. Il faut du moins espérer. C'est ce que l'exemple de la belle petite Slovénie nous permet aujourd'hui, alors qu'elle est entrée dans l'indifférence totale le 1er janvier dernier dans l'Union européenne et dans la zone EURO. Il n'en est pas moins que cette Slovénie - si proche il est vrai de son Autriche originelle - a réussi parfaitement sa conversion européenne et j'espère que la Croatie suivra rapidement cet exemple. Quant à la Serbie...

22 janvier, 2007

Musicagenade, revoilà les Musclés


Alors voilà, cette vidéo tourne depuis un petit moment deja sur le net... et apres un regard dubutatif sur la chose, il s'est avéré que ce sont bien les Musclés qui ont pondu ça. Alors une question se pose à nous, les débileries du club Dorothée qui ont bercé notre enfance ne seraient pas tant des chansons de bauf' que des traits d'ironie stigmatisant le public lui-même? Mon dieu, il faut que je réinterprète toute mon enfance...

19 janvier, 2007

Peer polity interaction in the postmodern world?

En me rendant sur le Retrouved Time je suis tombé sur un article de l'auteur portant sur la cérémonie d'hier en hommage aux justes français de la seconde guerre mondiale. L'article qui se termine par un joli trait d'esprit propose un lien vers un article de Lucien Lazare, que je ne qualifirais pas d'historien pour ma part en raison de sa qualité de Membre de la comission pour la désignation des Justes des Nations, ce qui de fait que sa démarche n'est non pas scientifique mais politique. En ce sens l'auteur joue parfaitement son rôle, celui de la construction d'une mémoire sur la Seconde Guerre mondiale construite par Isreal, qui s'impose comme norme et qui conforte la légitimité à la fois morale, religieuse et politique de l'Etat-choisi, donc son influence internationale... Certes je désacralise, tout cela n'est que politique, pardon... il paraît que le monde est désenchanté.

Je veux cependant m'expliquer. Pour cela vous me permettrez une petite disgression démonstrative. En 2003, fut publié dans la très sérieuse revue oxfordienne Past and Present un article de John Ma portant sur le concept de Peer Polity Interaction à l'époque hellénistique, concept que je me suis réapproprié pour d'autres travaux, sous le nom d'interactions paritaires, mais je suis conscient que la traduction est inexacte et je vous invite à me proposer la vote. Cela dit, en 205 avant J.-C. la cité de Xanthos en Asie Mineur reçoit la visites d'ambassadeurs de la cité béotienne de Kyténion, qui au nom d'une filiation mémorielle commune avec Ilion (La Troie d'Homer) réclament aux magistrats de Xanthos une assistance financière pour reconstruire les murs de leur cité détruits suite à un tremblement de terre. Les magistrats de Xanthos se dérobent offrant un banquet aux ambassadeurs de Kyténion au nom de cette filliation commune. Cependant, quelques années plus tard, alors que la cité est ménacée par les vues du roi Antiochos III, Xanthos se sert de sa filliation avec Ilion pour demander à Rome son soutien contre l'ambitieux souverain, Rome étant selon la légende elle aussi héritière de la mythique Ilion... Comment est ce que Xanthos s'y prend pour assumer sa mémoire troienne? Tout simplement en promulgant des décrets en faveur des citoyens d'Ilion et en gravant dans la pierre cette mémoire commune qui de fait rend solidaires ceux qui y adhèrent: Xanthos, Kyténion, Ilion, Rome et bien d'autres...

Vous voyez sans doute ou je veux en venir... en fixant les normes de la mémoire des "justes" Lucien Lazare et derrière lui Israël dont il est l'ambassadeur intellectuel revendiqué créént des solidarités politiques internationales confortant de fait la position géopolitique de l'état hébreu en rendant d'autres états solidaires à lui par le partage d'une mémoire commune. Loin de moi l'idée du complot ou de la manipulation du fantasme de Sion. Je pense seulement qu'il faut aussi voir cela dans la cérémonie d'hier apres-midi.

18 janvier, 2007

Sortir un jour de la Seconde Guerre mondiale

Cet après-midi, à 18h, Jacques Chirac et Dominique de Villepin rendront hommage aux "justes" de la Première Guerre mondiale, qui ont protégé sans autre intérêt que leur éthique et leur sentiment du devoir les juifs menacés par la déportation. Certes ici je trace les traits un peu trop simplement et il serait sans doute plus "juste" de voir dans nos justes des "Monsieur Batignole" ce qui d'une certaine mesure les rendrait bien plus humains que les demi-dieux que la mémoire politique veut nous présenter. Certes le regard de l'historien est souvent décalé lorsqu'il se pose sur ce genre d'évènements, il peut paraître provocateur, hérétique voir négationiste... En même tempsn il ne sert à rien de n'avoir qu'entre nous et entre les murs de la Sorbonne les reflexions qui suivent. Je m'abstiendrai donc de distribuer les bons points de moralité, cela n'est pas mon rôle.

Il est intéressant de se demander quand allons nous enfin sortir de la Seconde Guerre mondiale, quand allons nous cesser de nous commémorer, de régler nos comptes, de reconstruire l'histoire et de nous servir du passé pour gouverner au présent. Il ne faut pas nous y tromper, le XXe siècle ne fut pas pire qu'un autre, et il y eu des justes partout et dans toutes les époques, et ce n'est pas anodin de célébrer les justes de 39-45 plutot que ceux de la Saint-Barthélémy... Histoire, mémoire et politique, les lecteurs de ce blog savent à quel point cette trinité m'agace peut être encore plus qu'une autre... Ayons du moins conscience de ce qui est, que la mémoire est un acte de gouvernement et qu'elle n'a rien à voir avec cette science que l'on appelle histoire... Distribuons les médailles, rédigeons des discours, frappons notre Ethos collectifs de pathoï divers... mais un jour de grâce, sortons de la Seconde Guerre mondiale... nous travaillerons ensuite à sortir du XIXe siècle...

Je suis d'une génération qui n'a pas connu de guerre, et je comprend qu'au regard de tous cela me confère très peu le droit d'en parler... Peut importe, en bon hegelien je considére que l'expérience pollue la pensée et que seul les idées importent. Tout cela pour dire que ma génération n'est en rien redevable ou responsable de ce qu'il s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, je réfute tout sentiment de responsabilité ou toute gloire, je revendique le droit d'en avoir moralement rien à faire et refuse le concept même de devoir de mémoire. Pour moi, seul importe le devoir d'histoire, c'est à dire celui de comprendre et d'expliquer.

17 janvier, 2007

Istanbul, Mosquée bleue, aout 2005


« Vous serez peut être étonné d’apprendre que dans le grand nombre de voyageurs qui abordent en cette ville, il en soit très peu qui puisse en rapporter des idées un peu exactes. Rien cependant n’est plus vrai : les plus observateurs ont épuisé leur curiosité à visiter les monuments de la Grèce et n’envisagent les Turcs que comme les destructeurs des objets de leur culte. Ils arrivent plein de cette idée, se logent dans le quartier des Francs et daignent à peine une fois traverser le port pour aller voir la mosquée de Sainte-Sophie et revenir chez eux.
Nourrie par l’étude de l’histoire et de la littérature des Orientaux, ma curiosité m’a fait suivre une autre marche. »

Le 6 juin, à Constantinople
Jan Potocki, Voyage en Turquie et en Egypte, 1784

Coincidences alla turca

Alors voilà, 23h approche je viens de finir un article sur la société constantinopolitaine - oui Mathieu tu ne rêves pas - dans mon mug Starbucks Istanbul infuse un thé noir de là-bas. Ma lampe en fer forgée et en verre soufflé abrite une bougie inutile mais jolie quand même et mon fond d'écran me présente une vue du Bosphore prise de Topkapi... coïncidence que tout celà? Remarquez qu'il n'avait fallu à Proust qu'une tasse de thé et une madeleine pour écrire toute une oeuvre. Je ne suis pas Proust, il m'en faut un peu plus pour me souvenir d'Istanbul. Alors bien entendu Istanbul c'est le Grand Bazar ou les bijoux précieux cotoient les kilims et les strings, c'est Sainte-Sophie, la mosquée bleue, celle de Soliman ou le petite merveille de Rüsten Pacha... C'est cette vue sur la Corne d'or depuis la Pointe du Sérail, les calanars frais et fris dégustés en mars dernier sur, ou plutot sous, le pont de Galata, l'appel tea, le sis kebab véritable... Mais pour moi Istabul c'est aussi une petite émotion éprouvée en mars dernier ou il y a un an et demi des premiers pas dans le marché aux épices... Une giffle de safran, de cury, de parfum de fruits secs... la dégustation des loukoums d'une boutique à l'autre, la négociation de 300 g. d'infusion à la pomme séchée pour Emilie ou ce thé offert partout par plaisir... Bref, et après on me demande comment de l'étude de l'histoire moderne de l'Europe centrale je finis orientaliste...

Musicagenade: petite perle post-moderne...

God save the Queen... of France...?

J'ai reçu hier un mail d'Anne-Sophie attirant mon attention sur un article du Telegraph évoquant l'idée envisagée par Guy Mollet en 1956 de faire de la reine d'Angleterre le chef de l'Etat français... L'article évoque les discussions entre Mollet et Eden, Premier Ministre de Sa Majesté en marge des négociations qui se tiennent autour de la préparation du Traité de Rome. Faut-il s'en étonner?
Les archives du ministère des affaires étrangères sont pleines de ce genre de spéculations inabouties, qui a posteriori nous paraissent farfellues mais qui nous disent en fait beaucoup sur le paysage politique et culturel duquel elles émergent et dans lequel elles prennent sens. Déjà Jean-Baptiste Duroselle avait retrouvé dans les papiers de Jean Monet, daté du 6 juin 1940, soit deux jours avant la capitulation du gouvernement français, adressé au Président du Conseil Daladier, un projet d'union politique de la France et de l'Angleterre. Ce projet supposait en effet la mise en commun des principeaux ministères, la fusion des Parlements et la reconaissance d'une même autorité souveraine... Le gouvernement français retiré à Bordeaux refusa le projet du père de l'Europe mais ce genre de stratégies perdantes n'est pas à négliger. Les archives en sont pleines.
Quant à la souveraineté des rois d'Angleterre sur la France, la chose n'est pas neuve... elle remonte au début du XIVe siècle, à la mort de Louis X le Hutin sans enfant mal et, en 1316, à la revendication de sa soeur, Isabelle de France, fille également de Philippe le bel, reine d'Angleterre, pour son fils Edouard... La crise devient encore plus aiguë en 1328, lors que tous les fils de Philippe le bel, et donc frère d'Isabelle décèdent sans laisser derrière eux d'héritiers, et que la noblesse, pour repousser les prétentions du jeune Edouard III, est contraint de faire appel aux Valois. Nous sommes là à l'origine de la guerre de 100 ans et depuis, tous les souverains anglais portent le titre de roi ou de reine de France qui leur est octroyé à leur couronnement à Westminster.

14 janvier, 2007

Sarko candidat: un non-évènement?

Alors ça y est, Sarko est candidat officiel de l'UMP, candidat élu sans adversaire, faisant l'unanimité ou presque de son parti et candidat déclaré il y a presque dejà 3 ans avec une histoire de rasage matinal... Sarko candidat aujourd'hui, est-ce un évènement? Ripostes fait son emission hebdomadaire dessus et je suppose que les journaux télé vont en faire leur une. Mais est-ce un évènement? Je veux dire quelque chose de nouveau qui fait que les choses ne seront plus les mêmes? Est-ce un évènement alors que le président de la République réserve sa réflexion pour savoir s'il va défendre ou non son bilan? Qu'est ce qui crée l'évènement finalement? Est-ce l'action ou le discours autour de l'action auquel je participe? Bien entendu en faisant venir le maximum de bus affrétés par les bureaux umpistes de la France entière pour une réunion Porte de Versailles dont l'enjeu est scéllé davance participe à donner l'illusion de l'évènement, c'est de bonne guerre. Si l'évènement est dans le discours plus que dans l'action, il faut donc comprendre aussi qu'il y a un lien entre l'action et le discours, l'acteur pouvant influencer le discours et le discours pouvant transformer l'action...
Bref voilà une série de réflexions que l'historien se pose constament à l'égard de ses sources, et dont il ne me semble pas ininteressant de se poser à l'égard de notre temps présent.

Mehdi Rang Bast: singe savant du chiisme?

Alors je jétais en train de grignoter un petit quelque chose devant L'effet papillon, je suis arrêté dans mon machouillage par un reportage sur une petit singe savant du chiisme iranien, Mehdi Rang Bast. Mehdi a 7 ans et a remporté il y a 2 ans déja un concours national de récitation du Coran. Les quelques extraits de ses prestations stoppent définitivement mon machouillage, le petit type est impressionant, presque en transe, récitant avec tout l'art de la martyrologie chiite les versets du livre sacré... Soit ce garçon est un tres grand comédien soit son sentiment de piété est tel qu'il arrive déjà à ce sentiment de communion divine que les derviches tourneurs de Konya mettent des années à obtenir... J'ai écumé Youtube et Dailymotion pour trouver des extraits de ces "performances" et rien mais je ne désespère pas...

Bien sur vous vous attendez à ce que j'écrive que c'est inadmissible, que je pauvre petit chou est manipulé, qu'on lui prive de son enfance etc etc... Certes, mais écrire cela n'ici n'apporterait pas grand chose... Ce qui m'a étonné c'est l'étonnante répartie de Mehdi devant les journalistes, les Imans ou le président iranien. Son intelligence est certaine, le bonhomme apparaît même très fin et très mature pour son âge. Pourtant, il n'y a rien de neuf à cela. Toutes les religions connaissent ce genre de phénomènes d'enfants prodiges élevés dans la foi et qui ont très vite acquis une ferveur religieuse... Nous savons aussi que cela ne présage rien, et que la rigueur - je n'ose dire le fanatisme, je n'en sais rien - du petit Mehdi ne présage pas du fait qu'il se fera un jour sauter je ne sais où dans je ne sais quel Djihad...

Sentiment partagé donc devant l'intelligence brillante de ce garçon et la mise à disposition qu'il en fait envers une certaine lecture de sa religion... Mehdi, intrument du régime iranien? Pas certain... que ce régime se méfie de ne pas engendrer ceux qui le révoqueront plus tard... et cette révocation ne se fera pas nécessairement pour quelque chose de pire...

Rome, Via dei fori imperiali, aout 2006


Le dimanche, à Rome, n'est pas seulement le jour où les fidèles du monde entier se pressent le matin vers la place Saint Pierre pour y écouter la bénédiction d'un Père lui aussi dit saint... Rome le dimanche c'est une grande langueur des plus agréables où l'on traine à la terrasse d'un café du Campo dei Fiori, ou l'on papote sur la Piazza de Santa Maria de Trastevere et où Romains et étrangers peuvent se promer sur la Via dei Fori imperiali, laissée hebdomadairement aux déambulations vagabondes. Cet axe est épatant, le Colisée se révèle dans toute sa mise en scène - mais une mise en scène contemporaine et non ancienne - réapproprié qu'il est par la Rome d'aujourd'hui qui continue de construire son image autant pour nous autres transalpins que pour les Romains eux même. De part et d'autre de la voie, un peu en contre-bas, nous passons au milieux des fori anciens du marché de Trajan, de la Curie, des basiliques et entre les pins parassols nous abordons cette perspective stricte mais non moins efficace qui nous présente le Colisée comme horizon, peut être un horizon d'attente... du moins celui d'une scénographie séduisante.

11 janvier, 2007

Le rat et l'éléphant, La Fontaine, Livre VIII - Fable 15



Se croire un personnage est fort commun en France :
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois.
C’est proprement le mal françois :
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière :
Leur orgueil me semble, en un mot,
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre,
Qui, sans doute, en vaut bien un autre.

Un rat des plus petits voyait un éléphant
Des plus gros et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une sultane de renom,
Son chien, son chat et sa guenon,
Son perroquet, sa vieille et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
« Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins important !
Mais qu’admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?

Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les éléphants. »
Il en aurait dit davantage ;
Mais le chat, sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un rat n’est pas un éléphant.

08 janvier, 2007

Quel est votre taux de boboité? Comparons nous aux critères de Renaud



un peu artiste?
sans talent

Son boulot pour passion?
ma soeur dit que oui

Dans l'infiormaique, les media?
ah non, performer en free lance à l'Université

Fiers de payer beaucoup d'impôt?
non-imposable et de toute façon pas encore payé...

Vivre dans les beaux quartiers?
bon là j'avoue...

Dans un loft?
non une cave

A côté d'artiste branchés?
Une vieille cantatrice que je n'entends plus

Avoir lu le Petit prince à 7 ans?
Non je trouvais ça flippant quand j'étais petit...

Passer par des écoles privées?
mais heu....

Fume un join de temps en temps?
Non, moi c'est le café

Le bio?
Suis diderotien, rien n'est hors la nature

Rouler en 4x4?
heu en metro...

Preferer se déplacer en vélo?
A Paris, non merci

Houellebecq?
jamais accroché

Télérama?
Chez le coiffeur mais je n'y vais plus

Ikéa?
Pour mettre quoi où? je n'ai pas de place dans ma cave

Resto japonais?
Là ok, j'avoue

Cinéma coréen?
Je n'y connais rien

Arte?
suis plutot bon public en général

Les matchs du PSG?
en bon marsaillais pour rire un peu

Un petit porno?
bof

France info?
non Europe 1

Alain Bashung?
Katie Melua, voyons!

Bigard?
Un poète lol

Jack Lang?
non il soutient Ségo

Sarko?
Ah, la bonne blague....

Voter écolo?
Je l'ai fait, ils sont marrants entre eux

Delamoë?
Il est flippant

Ardison?
J'aime assez

Marc'O?
De fait, pas trop...

Armani ou Kenzo?
Sympa, surtout Armani, mais pas encore

Zadig & Voltaire?
Ils n'ont pas de collection homme, si?

Musées?
Oui, surtout expo

Les vieux bistros?
Mais non, l'excuse Modagor, voyons!

Conclusion? En voie de boboïsation

Musicagenade: humeurs souchoniennes

07 janvier, 2007

Quizz: testons vos conaissances artistiques...

Qui est l'auteur de ce tableau?



A/ Claude Monet, Rouen, 1876

B/ Edouard Manet, Paris, 1880

C/ Marie, Florence, 2006... et c'est une photo...

06 janvier, 2007

humeurs italiennes

Ce voyage en Italie est spécial – mais ne le sont-ils pas tous ? – en ce sens que ce n’est pas un premier séjour mais un retour en Italie, c’est donc un privilège, ou peut être tout simplement une habitude, voire un singe extérieur de boboïté. Oui, Marie m’a fait remarquer que j’inventais beaucoup de mots. On ne part pas en Italie sans rien, il y a toujours une émotion, une chose, des rituels qui nous rassurent, limitent le dépaysement, et transforment l’étranger en familier. Je me souviens de Nine million bicycles que je me repassais tous les soirs de l’été dernier dans cet hôtel de Levada di Ponte di Piave. Cette fois-ci ma chambre est juste à côté de la dernière, mais ce n’est plus Katie qui m’accompagne. Il y a des habitudes que l’on prend à l’étranger, c’est-à-dire une vie que l’on s’approprie et un autre chez soi que l’on recrée. Il y a ce restaurant romain de la Sagrestia, à deux pas du Panthéon, il y a Massimo, même si Massimo n’était pas de la partie cette fois-ci. Il y a encore ce sac de cuir hongrois ramené il y a déjà quelques années de Budapest et qui depuis ne me quitte plus. Il n’est pas beau, mais il a de la gueule, il a vécu, je l’ai très ingratement fait souffrir.
Alors que Mathieu se demandait comment me jeter dans les eaux de l’Arno pour récupérer Euterpe - mon ipod… –, Marie se serait bien vue avec mon pauvre petit sac… Ce n’est pas la première fois qu’on me l’envie, qu’on le trouve à son goût… Moi aussi je l’aime bien… Enfin, je me demande tout de même dans quelle mesure j’aime ce sac parce que les autres l’apprécient aussi et donc qu’il me valorise à le porter… Ce sac quelque part me pose et me donne un prix, on me voit avec et peut être qu’on a des a priori plus positifs à mon égard grâce à lui. Une personne portant un tel sac ne peut être que digne de le porter… Evidemment, j’ai acheté ce sac sans avis et les compliments ne sont venu qu’après… mais dans quelle mesure ces compliments n’ont pas transformé mon coup de cœur en affection prolongée ? Dans quelle mesure aussi mon coup de cœur n’est pas le produit d’une culture et qu’inconsciemment je voulais ce sac pour me mettre en valeur et susciter les compliments ? Et ce qui vaut pour ce sac, ne vaut-il pas aussi pour l’Italie ?
L’Italie est pour nous un horizon familier, il parle à nos mémoires d’écoliers, à nos souvenirs cinématographiques, à nos niaiseries amoureuses… L’Italie parle aux historiens, aux artistes, aux épicuriens. L’Italie me parle et parle aux miens. Dans quelle mesure je n’y retourne pas si souvent parce que cela fait bien d’y aller ? Dans quelle mesure je n’y vais pas pour que l’on m’envie d’y aller ? Dans quelle mesure je n’aime pas l’Italie parce qu’il est bon et gratifiant de l’aimer ? Ceci étant écrit, et ces limites étant avouées et assumées, je prêche trop pour le libre arbitre pour m’en tenir à cela. L’homme ne peut-il pas s’extraire de ses considérations temporelles par une certaine transcendance comme le pense V. Havel ? Je le crois, et je crois que mon voyage en Italie n’est pas le simple produit de ma culture et de ma vie en société, mais qu’il y a dans ma démarche, comme dans celle de chacun ou de presque tous, une part de transcendance dans le départ et dans l’étranger et que si l’on apprécie l’Italie pour soi, on peut aussi l’apprécier en soi.
Reste alors à poser une dernière question pour interroger le sens de mon récit. Dans quelle mesure les places que l’on visite ne sont-elles pas elles-aussi des mises en scène et dans quelle mesure ce qui nous est donné à voir ne conforte-t-il pas nos préjugés ? Un barman romain m’a raconté cet été qu’il avait des attitudes totalement différentes selon les étrangers qu’il servait dans son hôtel. La ville et ses habitants se conformeraient donc au regard des étrangers sur eux, avec une plasticité impressionnante. Inversement, cette plasticité conforte l’individu dans ses idées préconçues, qu’il voit reproduites par ceux qui en ont conscience… Tout voyage ne serait alors qu’un jeu de dupes ? Le voyage ne serait alors que des idées et des représentations ? Pourquoi Venise garde-t-elle ses gondoles ? Pourquoi y a-t-il encore des boutiques sur le Ponte Vecchio ? Pourquoi tant de parasols au milieu des ruines de Rome ?



Alors voilà, nous avons quitté Termini avec la ferme attention de profiter au mieux de Rome, de marcher plutôt que de nous laisser transporter, c’est-à-dire d’aller chercher les choses plutôt que de les consommer. Marie prend ses habitudes, elle a mon guide qui finit le séjour dans la poche de sa veste, dans l’autre, mon appareil photo ne tarde pas à le rejoindre. Mathieu prépare notre journée et moi j’essaie de convaincre la Sagrestia que nous préférons dîner alla Carta plutôt qu’al menu… Oui, j’ai le numéro d’un resto romain dans mon téléphone et alors ? Cela fait partie de mon kit de survie. Nous passons Santa Maria Maggiore avant de quitter la via Cavour pour des petites rues plus calmes. Je nous y perds un peu, tout le monde en profite, Marie regarde le ciel et Mathieu voit le Colisée à gauche au détour d’une rue… Voilà le genre de chose qui n’arrive qu’en le cherchant… Il aurait été aussi beaucoup plus simple à Venise de prendre le vaporetto de Tronchetto qui nous emmène directement à San Marco, droit au but de la visite, voyons ce qu’il y a à voir, ou plutôt, voyons ce qui nous est montré. Or, nous sommes descendus à Ferrovia, nous avons pris un petit-déjeuner dans un petit café de la Lista di Spagna, nous avons marché jusqu’au Rialto et puis nous nous sommes perdus. Il aurait été pourtant simple d’aller directement à San Marco… mais nous ne serions jamais arrivés sur la place par une petite galerie opposée, et la lumière, l’impression, le ressenti, bref la place en elle même n’aurait pas été la même.
Il faut croire qu’il y a toujours un endroit d’où l’on part, une route que l’on connaît et que le moment où le se perd devient indispensable pour percevoir différemment ce que tout le monde est venu voir. C’est peut-être un peu un parcours initiatique bien que l’image soit finalement trop simple. Je pense que c’est vraisemblablement une mise en perspective différente des choses, voir San Marco après avoir traversé tout Venise n’est pas la même chose que d’y arriver directement en vaporetto depuis Tronquetto. De même, arriver au Duomo florentin par la vieille ville, là où la cathédrale se fait surprenante, n’est pas identique au fait de la découvrir de face avec son baptistère et son campanile, là où elle se fait imposante. Nous avons eu le temps de l’observer ce Duomo avant d’aborder sa place, de l’apprivoiser, de remarquer sa complexité, ses couleurs originales, la diversité de ses détails. D’une certaine façon nous avons défié le mise-en-scène de la ville et nous nous sommes joués de l’autorité ecclésiale.
Florence est une ville où le pouvoir se scénarise, où le Duomo répond au Palazzo Vecchio, chacun ayant sa place, commandant ses propres représentations et s’autonomisant de l’autre. Florence est donc une ville duale qui n’obtient son unité que par l’enceinte de sa ville. Venise est un petit peu plus complexe encore, toute la vie sociale s’organise autour de ses campi au milieu desquels se situe le puit, commandé par un palais aristocratique, lequel possède sur le campo son église…. Venise devient une ville du privé, de la clientèle… une ville mitée, comme le montre si bien le campo S. Zaccharia, et qui ne réussit son union que le long du grand canal qui fédère les familles et leurs palais, c’est-à-dire leurs représentations d’elles-mêmes. A Rome, c’est le Colisée qui constitue le lieu de la représentation. C’est d’abord la représentation que la ville donne d’elle-même, mais qu’elle se donne aussi à elle-même. Dans l’Antiquité, les autorités romaines rejouaient dans le Colisée les batailles que le peuple ne pouvait pas voir sur le front. Les Romains se faisaient alors une idée de leur grandeur dans un lieu de communion sociale tout autant que de propagande politique. Qui profite aujourd’hui d’un dimanche ou d’un jour férié à Rome pour partir de la Piazza de Venezia et emprunter la via dei fori imperi en direction du Colisée comprend, que dans une certaine mesure, l’outil n’est pas totalement émoussé.



Lorsque l’on connaît une ville, on ne fait peut-être que passer, ce qui importe c’est d’aller d’un point à un autre parce que l’on sait où l’on va. Le point importe plus que la ligne. Lorsqu’on la découvre c’est différent, on sait vaguement où l’on veut aller, mais la démarche d’aller est au moins aussi importante que la destination finale. Le regard de Marie m’a montré en cela que l’on pouvait voir d’autres choses de ces villes que je connais, que l’on pouvait à leur égard développer une autre sensibilité, celle des lieux où l’on ne fait que passer et qui pourtant, parce qu’on y passe, constituent, modifient voire révoquent notre paysage construit. J’ai des images assez convenues de Rome, j'ai toujours beaucoup aimé le Trastevere ou Campo dei Fiori, mais aujourd’hui Rome c’est aussi l’eau d’une fontaine de la villa Borghese qui dans une fin de matinée d’hiver prend l’aspect d’un argent pur et liquide, Venise devient une couleur blanche éclatante de la mi-journée et Florence un ciel étrange en face de Santa Maria Novella…


Ces images ne sont pas des topoï, elles n’existent que parce que la ville est – et quand j’écris « la ville », je veux dire cette ville là particulièrement et pas une autre – et nous font remarqué qu’il n’y a pas de paysage en soit. Le paysage c’est une image que nous nous construisons d’un espace ou d’un lieu lequel rassemble les ingrédients que nous avons choisi d’utiliser pour le composer. Aussi le paysage florentin ce ne peut être que les lumières des boutiques du ponte Vecchio dans la nuit, je dis bien les lumières et seulement les lumières, sans le pont, sans la ville et sans même l’Arno. Cela est et reste Florence. Comme je l’entends, un paysage n’est-il jamais que subjectif ? Alors, est-il vraiment important de s’échiner comme je le fais à essayer de prendre en photo le Duomo dans son entier lorsqu’en arrivant à en saisir un détail unique on évoque l’intégralité de l’œuvre ? C’est cela aussi le regard de Marie.
Il y a finalement quelque chose d’une correspondance beaudelairienne dans ces villes d’Italie.

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans un ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clareté
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il y a des parfums frais comme des chairs d’enfants
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

L’esprit et les sens, tout Baudelaire se comprend en Italie. Tous ces lieux et ces sensations, qui nous touchent sont aussi profondément chargés de la mémoire dont les ont investis les hommes. J’ai toujours trouvé la ville de Florence comme fondamentalement violente et menaçante dans son architecture avec ses tours, ses fortifications, ses sculptures aux scènes sanglantes. Mathieu imagine volontiers dans le Duomo les marchands venus faire leurs affaires, ou sur le forum les conspirations se fomenter. Je devine plus volontiers encore quelques scènes galantes dans les ruelles de Venise dont je n’ai de cesse de répéter qu’elle est avant tout une ville d’amants et d’interdits et non une ville d’amoureux. Ismail répondrait que c’est toujours l’amour… Bien sûr je préfère Casanova à Byron, même si Byron ne serait pas Byron si Casanova n’avait pas été. Bien sûr cela n’est que ma vision des choses, mon ressenti vénitien… Bien sur il y a eu cette seconde journée ou Venise était plongée dans la brune, ce départ pour Burano et les feux des maisons de pêcheurs nous indiquant que l’on abordait le lieu. Mais la brune n’est elle pas un masque supplémentaire pour Venise ? C’est encore celui d’une ville à la fois de la dissimulation et de la permissivité, ou le grimage permet l’hypocrisie de faire sans être poursuivi… Puis-je parler de défoulement ? Marie me pardonnera, peut-être, cette concession à l’anthropologie.
Or s’il y a une ville où je pourrais vivre – et ne nous posons nous pas tous cette question lorsque nous voyageons ? – c’est bien Rome et non les deux autres. Rome est peut-être trop grande pour être réduite à l’état de musée comme le sont Venise et Florence. Aussi la ville échappe en grande partie à ce dialogue de fourbes entre le visiteur et le visité, le visité ne donnant au visiteur ce que celui-ci est venu chercher… La ville a une actualité autre que celle de sa commémoration, un héritage qui, paradoxalement à ce qu’il est, ne l’étouffe pas…, mais à l’égard duquel elle se détache. Combien croise-t-on de Romains sur le Forum? La Rome d’aujourd’hui à ses propres lieux, ses propres vies, ses propres mythes.

Je ne sais pas si Marie et Mathieu seront d’accord avec moi, je sais qu’ils sont peut être moins sévères que moi à l’encontre de Florence. C’est vrai que le Duomo était particulièrement séduisant cette fois-ci. Je sais aussi que Mathieu voit dans Florence tout ce que cette ville porte d’histoire, et sûrement comme toujours en voit-il encore plus que moi. Sans doute que l’on ne réduira pas cette ville à son Duomo, à trois heures de queue pour la Galerie des Offices où à un plat si bon soit-il de gnocchi al pesto. Mais je pense que nous avons su, quoiqu’il arrive, nous octroyer cet espace de liberté et nous affranchir tant bien que mal du recherché et de l’attendu et qu’en se sens ce voyage fut d’une belle réussite, d’autant plus que je crois que les voyageurs se sont aussi mutuellement trouvés…

Vacances à la neige


le ski
envoyé par lola84

03 janvier, 2007

Voyage en Italie: je me torture l'esprit


Un récit de voyage est à la fois un exercice littéraire classique et complexe. Il est classique parce qu'il constitue une pratique propre à une certaine culture moderne et romantique, et complexe parce qu'avec lui une série de questions de se pose. Celui qui part ne le fait que pour trouver quelque chose dont la précision est plus au moins consciente, si bien que la trame de son récit est en partie déjà tissée d'avance. Le voyage n'est alors que la découverte du déjà connu: la culture. Et celui qui écrit pour être lu, ou simplement, celui qui publie - la chose est différente mais la démarche est la même - écrit aussi et dans une certaine mesure ce qu'il croit que l'on aimerait lire de lui.
Un voyage en Italie est à la fois investi de ce clacissisme et de cette complexité. Pourquoi l'Italie? Pour ce qu'elle représente? Pour le plaisirs d'y retrouver des habitudes et des douceurs? Simplement parce que l'occasion s'est présentée et que partir au moment où l'on en fait le choix est plus important que là où l'on va? "Reste si tu le peux, pars s'il le faut" écrit Baudelaire. Toutes ces raisons se vallent bien et peuvent s'embrasser, se séparer et se réembrasser comme peuvent le faire les identités des voyageurs: le pélerin, l'étudiant ou le dilétant. Le voyageur peut épouser successivement et simultanément ces identités. Le regard ne s'embrouille alors pas tant qu'il s'enrichit. La chronologie se dissipe au profit d'un libertinage des idées, les émotions rythment un objet et non plus un temps, c'est pour quoi le récit de voyage véritable doit s'affranchir de la linéarité évenementielle du carnet.
Aussi, de Venise, de Florence et de Rome, ma mémoire - et l'écriture du vécu n'est que mémoriel - assume et revendique de donner l'image biaisée, choisie et imparfaite, en un mot malhonnête de l'expérience, mais ce vice est complexe et beau. Une chose est par ailleurs certaine, c'est qu'il n'y à pas une Italie mais des Italies et chaque cité en elle-même est porteuse de cette réalité. J'écris donc qu'il n'y a pas une Venise, une Florence et une Rome, mais des Venises, des Florences et des Romes. Ces villes sont plurielles en elles-mêmes, mais aussi par la pluralité des regards que l'on porte sur elles: ce sont des rencontres de ces pluralités que j'écris ici.