14 mars, 2008

La sensualité de l'historien

Dans les archives viennoises, comme dans toutes les archives, il y a des historiens de toutes sortes, le petit étudiant exaspéré de ne rien trouver, celui qui s'acharne à lire la cursive gothique, le psychopathe à la voix étrange et aux bruits de bouche bizarres, le type en salopette qui fait une pose pour sortir la bouteille de rhum de son casier et puis il y a moi, qui commence à me demander si Pascal Ory n'avait pas raison, si ma thèse est bien faisable tant je découvre de choses et qui à l'époque s'en était sorti par une pirouette et deux pas de danse...

Mais malgré les mines grises, la pluie et les psychopathes, l'histoire est une science sensible, pour ne pas dire sensuelle. Je me suis retrouvé tout à l'heure comme une poule aillant trouvé un couteau devant une liasse scellée d'une ficelle d'une façon dont on n'en fait plus depuis longtemps.
"C'est quoi ce truc? Ca s'ouvre comment? Bon si je tire là ça fait quoi? Heu faut peut etre que je demande à quelqu'un? Non j'aurais l'air trop con. Bon je tire! Zut ça résiste. Oups, j'ai le droit de faire ça?"
J'observe le truc, c'est pas logique. Quel esprit tordu ces administrateurs. Bon je tire encore en espérant qu'un bout de la ficelle moisie ne me reste pas dans les mains,
ah, ça vient, heu non, attend faut encore faire un truc, ça passe par là et par là.
Bref, je mets une demi-heure à défaire un noeud.
Bon j'en ai marre, j'enlève le truc comme je peux. Non déconne pas ça fait parti du jeu. Il faut prendre son temps
, et je m'amuse à comparer celà à une femme que je déshabille, un corset que je délasse ou je ne sais quelle idée tordue.

Ca y est la liasse est libre. Je tourne la couverture de papier. Aphrodisiaque pour historien, une odeur de poussière me monte tout de suite au nez (là je comprends pourquoi certains portent des masques...). Des tas de papiers en vrac devant moi, poisseux (là je comprends pourquoi certains portent des gants...). encore liés par dossiers par cette ficelle "impériale" noir et jaune que j'avais déjà vue d'en d'autre carton. Celle-ci est intacte, au sens propre du terme. Personne n'y a touché depuis que les papiers ont été classés. Les cahiers ont été compressés les uns sur les autres depuis 1765, ils craquent quand on les ouvre. Le sel qui a servi à sécher l'encre est encore là, ainsi que la cire des sceaux dont quelques miettes m'échappent. L'odorat, le touché, le bruit, la vue, tous les sens de l'historien transforment mon dépouillement en un petit jeu sensuel. Un pur moment de plaisir.

3 commentaires:

Marie-anne a dit…

Très bien écrit ... on croirait lire une nouvelle érotique ... tu devrais penser à une reconversion ...

Papageno a dit…

hmmm j'irais pas jusque là tout de même... et pas de reconversion prévue pour le moment... mais je ne nie pas que l'histoire possède un érotisme...

Marie-anne a dit…

En tout cas l'histoire telle que tu la narres, c'est sûr!
En cas de reconversion "accidentelle", je veux en lire un exemplaire...