30 janvier, 2007

"Nul ne peut etre condamné à la peine de mort"

C'est cette phrase, qui sur proposition de Jacques Chirac, l'Assemblée Nationale a accepté d'ajouter à la Constitution. La question de l'abolition de la peine de mort, portée par Robert Badinter, à été l'un des enjeux symboliques de la campagne présidentielle de 1981, marquée par la déclaration ferme et sans ambiguité du candidat Mitterrand en faveur de l'abolition contre l'opinion publique et peut être même contre sa propre opinion. On se souvient peut être de ces images de Badinter, garde des sceaux, à l'assemblée nationale, le ton ému et solennelle prononçant, comme il sait si bien le faire..., les premiers mots de son discours: "j'ai l'honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale, l'abolition de la peine de mort en France". Bien sur, les choses n'ont pas été aussi simples pour Me Badinter. Après avoir convaincu le candidat Miterrand, il lui fallait s'assurer que celui-ci, une fois devenu président, tienne sa promesse contre la doxa. Il fallait ensuite convaincre une gauche plus prolétarienne, chez qui les grandes idées ne vont pas toujours d'elles-même, puis convaincre ses adversaires, notamment Chirac et obtenir le soutien de Schuman, président d'un Sénat terrien loin d'être acquis. Le climat de haine, encore qui suivait la condamnation de Patrick Henry, qu'avait defendu Badinter, ne simplifiait pas une prise de décision sereine sur la chose, comme le montre ce petit reportage.


Reste alors à s'interroger sur la raison de l'initiative de Chirac en pleine campagne électorale. L'abolitionisme du président est ici incontestable, mais cette décision intervient aussi dans un contexte où la question du rétablissement de la peine de mort à été soulévée à plus ou moins demi-mots et à plusieurs reprises par plusieurs candidats à l'élection. Jean-Marie Le Pen et Philippe De Villier ont toujours défendu ce rétablissement, mais quelques déclarations ambigues de Sarko pouvaient laisser peser le doute quant à sa conviction, doute légitime chez tout homme faisant l'éloge du pragmatisme... Cette petite phrase serait alors une sécurité, un mal tué dans l'oeuf, peut être aussi un moyen pour Chirac de soigner la fin de son mandat, ou, qui sait, de préparer une nouvelle quandidature...

4 commentaires:

clio a dit…

Une nouvelle candidature j'en doute..
ton article est pleins de bon sens. L'abolition de la peine de mort est une évidence pour beaucoup, mes élèves n'y pensent même plus... pourtant l'une de mes élèves m'a dit au sujet de l'exécution de sadam que la peine de mort avait du bon. que lui répondre quand des faits sont avérés sans sombrer dans la démagogie... c'est difficile. J'ai essayé, appueyrer par une autre élève de démontrer que la mort pouvait etre une peine trop douce pour des crimes et qu'en même temps trop souvent des hommes exécutés avaient été innocentés.. apres leur mort. donc au final, la peine de mort est à la fois trop définitive pour les innocents et trop douce pour les coupables.

de doux baisers mon bon david

Papageno a dit…

Cet argument était celui de Joseph II lorsqu'il a aboli la peine de mort en Autriche en 1783... oui 198 ans avant la France. Il considérait que la peine de mort était d'une certaine manière trop douce pour les condamnés et surtout inutile à l'Etat. Quitte à tuer quelqu'un autant que sa mort serve au bien commun, c'est ainsi que l'empereur suppléa les travaux forcés à la peine capitale...

J'aimerais cependant envisager deux contradictions internes à la peine de mort.
La Première est juridique: dans quelle mesure l'Etat peut-il faire ce qu'il interdit aux individus sans se déligitimer lui-même? Bien entendu on me parlera de Weber et du "monopole de la violence légitime", mais Weber ne fait que constater un fonctionnement, il ne légitime pas un principe.
La seconde contradiction que je vois est antrhopologique, le fait de pouvoir tuer, désacralise le tabou du meurtre et banalise dans les consciences une violence vécue comme légitime. Il serait alors intéressant d'envisager aujourd'hui l'évolution de l'argumentation qui voulait que l'on se fasse justice soi-même. Maintenant que la peine de mort est abolie l'autojustie moderne se fait-elle toujours autant par le biais du meutre ou bien n'emprunte-t-elle pas d'autres recours?

Quant à la condamnation à mort de Sadam, je la trouve inadmissible, car si la vie n'est pas sacré, même pour punir un sacrilège, alors la vie est futile.

David (l'Autre) a dit…

Entièrement d'accord avec les arguments de ce cher Papageno, et je rajouterai, en bon mécréant que je suis, qu'il faut aussi s'interroger sur le concept même de "mort": cela peut induire diverses considérations religieuses. Si le condamné est exécuté et va aux Enfers (ou en enfer, c'est selon), soite. Mais s'il y a "autre chose" après la mort, exécuter quelqu'un serait hasardeux : peut-on imaginer qu'après le trépas, tout le monde sans exception se retrouve dans un chouette petit paradis (sans majuscule, je précise)? De surcroît, s'il n'y rien d'autre que le néant après la mort, le condamné échappe d'une certaine façon au châtiment : il perd la vie, mais il n'a plus -néant oblige- conscience de sa culpabilité, plus rien... Je m'exprime maladroitement, mais d'un certain point de vue, ce serait à la fois un châtiment ET une peine trop douce, voire un échapatoire (j'exagère volontairement, rassurez-vous). Une telle réflexion peut paraître futile et biaisée, mais la notion de "néant" et tellement fascinante puisqu'elle est, au sens propre, inconcevable...

Constanz a dit…

Eh oui, nous l'avons abolie, il y a déjà un petit moment nous...