10 février, 2007

La belle libre pensée du XIIIe siècle

Alors que le procès de Charlie Hebdo a été qualifié par certain de "médiéval", Patrick Boucheron réfléchit dans le numéro de février de L'histoire - consacré à "Peut-on parler de tout? Le retour de la censure" - à la liberté de pensée au Moyen-Âge, et rend comme il se doit, ses lettres de noblesse à une période qui lui est chère et qu'il sait si bien enseigner.

L'Université de Paris du XIIIe siècle connaît en effet une sorte de schisme intellectuel entre les tenants de la théologie classique et les nouveaux défenseurs de la l'aristotélisme commenté et connu alors en Europe grâce à un certain Ibn Ruchd, c'est-à-dire Averroès. En 1277, l'évêque de Paris Etienne Tempier promulgue un décret de condamnation des livres défendant les thèses d'Aristote. Mais que l'on ne si trompe pas, la condamnation ne nait pas tant du fait qu'Aristote soit connu en Europe d'un auteur Musulman que parce que les nouveaux aristotélitiens autonomisent la philosophie de la théologie et entendent fonder les dogmes sur la raison et non sur la croyance.



Une telle condamnation dans une période jugée si sombre que le Moyen-Âge ne surprend pas, et pourtant. Force est de constater que, même si la carrière d'un penseur comme Siger de Brabant en est brisée, les thèses aristotélitiennes et les commentaires d'Averroès continuent de se diffuser avant de s'imposer, malgré cette condamnation et les risques pris par les libres penseurs. Loin d'être obscur, le XIIIe siècle a connu de véritables débats intellectuels qui mettaient en cause la façon de voir le monde et de considérer la religion. Les enjeux n'étaient pas des caprices ou de simples spéculations mais impliquaient la vie de chacun et l'avenir de la société. Le Moyen-Âge a permis l'existence de telles controverses et a permis aussi au defenseurs d'une contre-culture de l'emporter finalement.

Alors, vraiment, sommes-nous plus libres aujourd'hui qu'au XIIIe siècle?

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